Inprecor 1974–2004

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GUATEMALA

"La répression est devenue plus sélective" ; Interview de Nineth de Garcia, présidente du GAM

· Inprecor n° 242, 11 mai 1987 · p. 24, 23 · 1 244 mots

Amérique centrale

Interview de Nineth de Garcia, présidente du GAM parler de la crise économique qui frappe le change. C'est de la mascarade ! Les

GUATEMALA

Le gouvernement de Cerezo a fêté son premier anniversaire au mois de mars. Ce président s'efforce de montrer à l'opinion publique internationale l'image d'un pays revenu à la démocratie après tant d'années de terreur militaire. Mais il y a loin du discours à la réalité et cette réalité se traduit toujours en assassinats, "disparitions", et tortures.

- INPRECOR : Peux-tu résumer les objectifs du GAM et dire ce qui t'a motivé à contribuer à sa création ?

- Nineth de GARCIA: En ce qui concerne les objectifs essentiels du GAM, ils sont au nombre de trois :

- Le retour des personnes disparues ou qui ont été séquestrées par les forces de sécurité ;

- l'éclaircissement des conditions dans lesquelles des personnes ont été assassinées;

- obtenir pour toutes ces personnes ou pour leur famille que justice leur soit rendue.

Quant à la deuxième partie de la question, il me faut évoquer l'histoire de mon mari, ce qui est douloureux. En 1984, le 18 février, à 10 heure du matin, mon époux, Edgar Fernando Garcia, étudiant ingénieur à l'université San Carlos et dirigeant syndical de l'usine de verrerie Cavissa, a été arrêté au coin de la 3ème avenue et de la Tème rue de la zone 11. Il a été détenu par des éléments de la brigades des Opérations Spéciales pendant 15 jours dans le petit château où sévissait cette brigade. Il a été torturé et puis, plus aucune nouvelle. Cela m'a décidé à mener une lutte acharnée pour que plus jamais les droits de l'homme ne soient ainsi bafoués. Ce qui est arrivé à mon mari, est arrivé à des milliers de Guatemaltèques, hommes, femmes et enfants. - Quel est le bilan du gouvernement civil de Venicio Cerezo après un an d'existence ?

- Je voudrais pouvoir être positive mais ce n'est pas possible. Nous considérons que Venicio Cerezo a oublié très vite les promesses qu'il avait faites pendant sa campagne électorale et au début de son mandat présidentiel. Il avait condamné la répression, la concentration de la richesse dans quelques mains ; il s'était identifié verbalement aux secteurs les plus opprimés du peuple. C'est pour -quoi, il avait gagné la sympathie popu -laire. Au cours de sa première année de présidence, Cerezo a montré son inca -pacité à garantir le respect des droits élémentaires du peuple, à savoir, la démocratie, la liberté et la vie. Sans terriblement le peuple et qui entraîne des mobilisations populaires. De plus, ont refait surface des chefs militaires de l'ancienne dictature, notamment l'actuel ministre de la défense, très connu pour sa participation à la dictature de Lucas Garcia.

- Est-ce que les disparitions et les assassinats politiques ont diminué en 1986 ?

- Du point de vue des droits de l'homme, cette année a été véritablement néfaste : on en est revenu à des méthodes fascistes. Les séquestrations de la part des corps de répression sont nombreuses et visent à créer un climat de peur pour empêcher les masses de retrouver la voie de l'organisation et de la revendication. Il est possible que la répression ait quelque peu diminué. Mais quant à la réalité profonde, rien n'a changé fondamentalement. La répression est plus

Le Groupe d'appui mutuel (GAM) est né à l'initiative des parents de disparus et de prisonniers politiques en juin Depuis, il continue inlassablement son action contre toute atteinte aux droits de l'homme au Guatemala, jouant un rôle clé dans la vie politique. Inprecor a rencontré sa présidente Nineth de Garcia. sélective et le régime affiche publiquement une figure sympathique pour donner structures politiques et sociales restent fondamentalement celles qui existaient pendant la dictature militaire. L'appareil répressif est intact. Aujourd'hui encore, l'armée et les groupes para-militaires assassinent des gens du peuple.

- Est-ce que le régime de Venicio Cerezo a fait la clarté sur les disparitions et les assassinats politiques massifs qui eurent lieu sous la dictature ?

- Non, c'est clair qu'il ne l'a pas fait.

Cerezo n'a pas essayé véritablement de faire la clarté là-dessus. Cerezo a décidé de composer avec l'armée guatemaltèque et celle-ci avait fait voter, avant de quitter officiellement le pouvoir, un décret de loi l'amnistiant complètement. Les militaires bénéficient donc de l'immunité.

Cerezo nous a dès lors demandé d'oublier et de vivre au présent. Nous avons répondu qu'il n'était pas possible d'oublier les innombrables crimes commis. Nous avons exigé la mise en place d'une commission d'investigation et depuis un an, nous n'avons rien obtenu de sérieux. Cerezo ne fait preuve d'aucune bonne volonté réelle pour satisfaire notre revendication qui trouve un large écho dans la population.

Malgré les déclarations de Cerezo aux

Nations-Unies, ou face à la communauté européenne, il n'y a pas de véritable ouverture démocratique.

- Quels sont les différents moyens utilisés par le GAM pour atteindre ses objectifs ?

- Ils sont d'ordre technique et pratique.

Une des difficultés que nous avons à vaincre, à part la répression, c'est le haut taux d'analphabétisme, près de 80% de la population est illettrée. Par ailleurs, beaucoup d'entre eux ne connaissent pas l'espagnol, ne parlant que leur dialecte. Il est donc très difficile d'entrer en contact avec les larges masses ; cela prend des

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(suite de la page 24) mois, des années d'efforts. D'autant plus que l'armée et l'Etat combinent la répres-

Get l'intimidation avec l'embrigaNous faisons d'abord un travail de conscientisation, nous leur apprenons les méthodes d'organisation. Un dirigeant de pas ressembler à un dirigeant bourgeois, employer les mêmes méthodes démagogiques que lui.

Au deuxième niveau, nous organisons des manifestations, des jeûnes, des bâtiment officiels de pacifique,..Le gouvernement nous accuse de subversion.

Au troisième niveau, nous structurons notre mouvement, nous approtondissons nos liens avec les autres organisations populaires du pays et nous développons nos liens avec la solidarité

- Quels sont les points d'appui dont dispose le GAM auprès de la population ?

- Nous cherchons à développer les liens avec tous les secteurs populaires que ce soient les organisations étudiantes, les groupes indigènes etc.

Nous avons essayé de développer les avec l'Eglise mais jusqu'à maintenant, nous avons échoué car la hiérarchie a adopté une attitude assez passive à l'égard de la lutte pour le respect des droits de l'homme.

Les organisations syndicales nous ont accordé un soutien puissant d'autant plus que beaucoup de militants syndicaux ont été durement frappés par la répression (assassinats, disparitions,...) En discutant avec des délégations syndicales comme celles de Cavisa et de Coca-Cola, nous nous sommes rendus compte que le GAM bénéficiait d'un soutien actif du côté du syndicalisme de combat. Des centaines d'étudiants ont été également victimes de - Qui détient réellement le pouvoir ? Cerezo

- Il est plus qu'évident que le pouvoir réel est détenu par l'armée, Cerezo ne détient que le pouvoir formel. Et la part de pouvoir qu'il détient, se réduit de plus en plus. L'appui populaire dont il disposait au début s'amenuise également.

- Le GAM joue un rôle moteur dans la vie politique. Comment l'expliquer?

- C'est dû à la lutte tenace, acharnée que nous avons menée. Nous avons déjà perdu 4 camarades dans cette lutte, ils ont été assassinés par la dictature. Cela a renforcé notre volonté de combattre.

Notre lutte concerne tout le peuple car nous combattons l'oppression, la faim, la minorité exploiteuse.

Propos recueillis par Arnold BERTHU; Ciudad-Guatemala, Mars 1987

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