Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER AFRIQUE DU SUD

"Nous voulons un salaire décent"

Inprecor n° 244, 8 juin 1987 · p. 20-21 · 1 153 mots

Afrique australe

La campagne pour un salaire décent représente un défi fondamental au capitalisme en Afrique du Sud. La lutte pour un salaire minimum national décent frappera au cœur le système des oppresseurs et des exploiteurs. Car le capitalisme de l'apartheid est bâti sur une force de travail extrêmement peu coûteuse, hyper-exploitable et hyper-contrôlable. Les contrôles sur la classe ouvrière sud-africaine ont commencé à être développés voilà cent ans. L'apartheid, nom sous lequel ces contrôles ont commencé à être connus, a été créé pour aider les patrons à faire des profits dans l'industrie des mines d'or, qui a constitué la véritable base pour le développement du capitalisme industriel en Afrique du Sud.

La rentabilité des mines d'or fut limitée parce que le minerai se trouvait à une grande profondeur et était de faible teneur. Les machines nécessaires pour extraire l'or des mines étaient importées et onéreuses. Ces coûts élevés ne pouvaient pas être reportés sur les acheteurs parce que le prix de l'or était fixé à priori.

Les patrons croyaient donc que la seule manière de faire des bénéfices très élevés étaient de se procurer une main d'œuvre extrêmement bon marché, en exploitant leurs travailleurs beaucoup plus que dans d'autres parties du monde capitaliste.

UN SYSTEME BASE

SUR LA SUREXPLOITATION

Après une lutte prolongée les capitalistes des mines ont réussi à contraindre les ouvriers à travailler pour des salaires très bas. Ceci à d'abord été possible en obligeant les Africains à dépendre d'un salaire pour survivre, en leur enlevant leurs terres s'appuyant sur la loi sur les terres, de 1913 et en les obligeant à payer des impôts ; puis en contrôlant leurs déplacements (par le système des lotissements ouvriers et du passeport intérieur) ainsi que leur accès aux emplois (par le système du travail migrant et les bureaux du travail) ; en exerçant un contrôle sur les zones où les travailleurs résident (par la création des zones raciales et par le passeport intérieur), et en maintenant un taux élevé de chômeurs qui exerçait une concurrence pour les emplois et une pression pour la baisse des salaires.

Au départ, ce système de surexploita-

INJURY 10 un salaire décent"

tion fut créé pour les mines. Mais d'autres capitalistes engagés dans l'industrie manufacturière, l'agriculture etc. ont également bâti leurs entreprises et leurs bénéfices sur le dos des travailleurs totalement encadrés et surexploités.

La tâche du gouvernement a été de maintenir ce système d'exploitation d'oppression jusqu'à aujourd'hui. Depuis un siècle, les gouvernements successifs ont soigneusement maintenu la classe ouvrière sous le joug de la classe dominante. Ils perpétué, en les modifiant, contrôles de l'apartheid dont la raison d'être est d'assurer des niveaux d'exploitation élevés. L'économie d'aujourd'hui a donc été bâtie sur le travail de plusieurs générations de travailleurs surexploités. Les profits des capitalistes en Afrique du Sud ont toujours dépendu d'un taux d'exploitation élevé. Et qu'est-ce qu'un taux d'exploitation élévé, sinon de distriLuttez contre la surexploitation (dr)

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buer la partie la plus réduite possible des richesses aux travailleurs qui les produisent.

L'APARTHEID SE PAIE AUSSI ECONOMIQUEMENT

Le fait d'avoir une économie fondée sur des niveaux de contrôle et d'exploitation particulièrement élevés a aussi introduit des problèmes politiques. Alors que la minorité capitaliste récoltait les bénéfices, elle semait en même temps les graines de sa propre destruction. Plus que par le passé, la classe ouvrière d'aujourd'hui s'organise pour lutter autour d'un programme pour transformer la société dans un sens socialiste. Il y a aussi un prix économique à payer pour le capitalisme de l'apartheid. Le système des bas salaires a produit des bénéfices élevés, mais il laisse en même temps un marché de consommation populaire énorme qui a de nombreux besoins, en matière de logements, de nourritures, de vêtements, etc, mais qui n'a pas d'argent pour satisfaire ces besoins.

A cause des bas salaires, la classe ouvrière et les pauvres, qui constituent la majorité de la population, ont peu d'argent à dépenser. Ce qui signifie qu'il y a une demande très restreinte pour les biens et les services, que l'industrie se limite à fournir fort peu de choses à la classe ouvrière et que le secteur manufacturier est plus petit qu'il ne pourrait l'être. Par conséquent cela signifie un taux de croissance plus restreint pour l'économie sud-africaine en général, ce qui implique la création de moins d'emplois. Ainsi en essayant de faire des bénéfices élevés en payant des salaires de misère, les capitalistes finissent par faire moins de profits parce qu'ils paient des petits salaires.

Au lieu d'avoir une économie en expansion qui serait capable de répondre aux besoins des travailleurs, il y a une économie qui se rétrécit, ce qui mène à des fermetures d'entreprises, des licenciements et la pauvreté.

LA LOGIQUE DU PROFIT CONTRE LA CROISSANCE

C'est un problème que les capitalistes sont incapables de résoudre. Leur logique leur dicterait de payer plus pour que plus d'argent soit en circulation afin d'être dépensé pour des biens de consommation, conduisant à des profits plus élevés.

Mais leur avidité l'emporte sur leur propre logique. L'avidité leur prescrit que plus élevés sont les salaires qu'ils paient, moins ils auront de bénéfices. Par conséquent toute l'économie en souffre. Le secteur manufacturier reste réduit, il y a très peu de croissance économique et donc trop peu de nouveaux emplois sont créés chaque année pour combattre le chômage. Si les patrons étaient obligés de payer des salaires plus élevés, ils s'inquièteraient d'un déclin de leurs profits à cause de l'augmentation des coûts salariaux. S'ils étaient autorisés à reporter ces nouveaux coûts salariaux sur les consommateurs en augmentant leurs prix, l'inflation augmenterait, ce qui signifierait que les produits deviendraient plus chers. Ce qui impliquerait que même avec des salaires plus élevés, les travailleurs n'auraient pas les moyens de s'acheter ce qu'ils veulent. Donc, même avec des salaires plus élevés, les travailleurs et l'économie se retrouveraient au point de départ. C'est-à-dire aussi longtemps que les patrons auront la possibilité d'augmenter simplement le prix des marchandises pour maintenir leurs profits.

LES TRAVAILLEURS DOIVENT

CONTROLER L'ECONOMIE

La solution à ce problème ne peut pas être laissé entre les mains des capitalistes. Les travailleurs et leurs organisations doivent prendre l'initiative et établir leur contrôle sur l'économie. Des salaires ouUn seul vriers augmentés contribueraient profondément à l'amélioration de la situation économique. Avec davantage d'argent dans les poches des travailleurs, il y aura plus de demandes pour les biens et les services. Cela conduira à la croissance économique et à la création de nouveaux emplois.

La revendication d'un salaire décent pourrait avoir des effets positifs conduisant à la croissance économique, fournissant plus d'emplois et une meilleure qualité de vie pour la classe ouvrière. Mais aussi longtemps que les patrons pourront donner la priorité à leurs propres intérêts, il y a peu de chance que cela se produise. Soit ils resisteront aux demandes d'augmentations de salaires, soit ils cèderont mais en augmentant les prix. Ni l'une ni l'autre solution profiteront aux travailleurs ou l'économie.

SI syndicat !

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