Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Naissance du NUMSA

· Inprecor n° 246, 6 juillet 1987 · p. 22-23 · 1 329 mots

Afrique australe Syndicalisme

Lors de son congrès de fondation en novembre 1985, le congrès des syndicats sud-africains

(COSATU) adoptait une résolution se fixant comme objectif une série de fusions syndicales se

Les rythmes ont été un peu plus lents, mais le COSATU vient de franchir une étape importante dans la réalisation de son objectif, avec la création en mai 1987 du Syndicat national des

Fort de ses 140 000 adhérents, le NUMSA devient le deuxième syndicat en importance du

COSATU, après le Syndicat national des mineurs (NUM). Nous reproduisons le compte-rendu de son congrès de fondation paru dans le numéro du 29 mai du Weekly Mail, publié à traduisant par l'existence d'un seul syndicat par branche industrielle dans les six mois. travailleurs de la métallurgie (NUMSA). Johannesburg. DOCUMENT

Quelques heures à peine après sa création à Johannesburg, le NUMSA, second syndicat en importance de l'histoire du pays, a sommé le gouvernement de démanteler le système du travail migrant, et de prendre des mesures d'urgence pour améliorer les conditions de vie des travailleurs migrants.

En élisant à l'unanimité, secrétaire général Moses Mayekiso de l'ex-Syndicat des travailleurs de la métallurgie et des métiers annexes, (MAWU) au poste de secrétaire génral du NUMSA, les délégués lui ont montré leurs reconnaissance pour ses leurs de la métallurgie. Dirigeant communautaire d'Alexandra, Mayekiso attend de passer en procès pour trahison. Parmi les autres membres de l'exécutif du NUMSA notons Daniel Dube (président), son premier adjoint, David Madupela et Percy Thomas, deuxième adjoint.

Le syndical a clairement affirmé son engagement dans la lutte pour une société socialiste, où serait appliqué le contrôle ouvrier sur le gouvernement et l'industrie. C'est peut-être ce qui a poussé le syndicat a adopté la "Charte de la liberté" comme "comprenant les revendications politiques minimum qui reflètent le point de vue de la majorité des travailleurs de la métallurgie et leur vision d'une Afrique du Sud libre, démocratique et non-discriminatoire" d'après le préambule de la résolution. Ces deux résolutions ne sont pas spécifiques au seul NUMSA. Le Syndicat national des mineurs (NUM) les a adoptées au cours de son Sème congrès annuel, voilà trois

Alors que parmi les adhérents potentiels du NUM se trouvent des travailleurs du Lesotho, du Mozambique el du Botswana, le recrutement du

AFRIQUE DU SUD

Naissance d'un géant syndical

NUMSA est largement limité à des travailleurs venant de l'intérieur des frontières de l'Afrique du Sud même.

En adoptant la Charte de la liberté le NUMSA s'engageait à "développer parmi les travailleurs de la métallurgie en particulier et la classe ouvrière organisée et ses alliés en général une compréhension cohé rente que les revendications de la Charte de la liberté, et toutes les autres revendications des travailleurs organisés, ne peuvent être réalisées dans les vies de masses prolétariennes qu'à travers la direction pratique de la classe ouvrière"

Le NUMSA espère compléter la Charte de la liberté par une "Charte des travailleurs". Dans le but d'aller vers l'élaboration de cette charte, "le syndicat organisera des consultations et discutera les buts et le programme avec la classe ouvrière aux niveaux des usines, des comités des délégués d'atelier et au congrès national". Il cherchera aussi des consultations avec ses alliés, surtout la jeunesse organisée, afin d'élaborer un programme qui peut rassembler le plus grand nombre possible de groupes dans la société.

Le fait le plus frappant des trois jours du congrès qui ont eu lieu dans la salle de la Société agricole de Witwatersrand à Crown Mines, c'est que des syndicats qui étaient dans le passé hostiles et antagoniques les uns envers les autres ont réussi à enterrer le sectarisme pour rechercher l'unité ouvrière.

Deux des syndicats qui ont participé au congrès, le Syndicat de la métallurgie des mines et des métiers annexes d'Afrique du Sud et le Syndicat des travailleurs du montage de l'automobile et de la fabrication de composantes d'Afrique du Sud avaient scissionné il y a quelques années respectivement du MAWU et du Syndicat national des travailleurs de l'automobile et des mé tiers annexes (NAAWU) au moment où les

Indrecor numéro 246 du 6 iuillet 1987

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organisations ouvrières s'engageaient le plus dans la politique.

Le NUMSA représente également une convergence entre trois traditions syndicales sud-africaines : celle de la Fédération des syndicats sud-africains (FOSATU), du Conseil syndical d'Afrique du Sud (TUCSA) et celle des syndicats étroitement liés au Front démocratique uni (UDF). Pour le Syndicat uni des travailleurs de l'industrie de l'automobile (MICWU) la politique fut un tabou jusqu'à il y a quelques années. De leur côté, les syndicats du FOSATU ont commencé par se méfier des alliances avec des mouvements politiques, déclarant que leur priorité était de construire leur force lans les ateliers plutôt que d'affronter 'Etat sur le terrain politique. Les syndicats alignés sur TUDF, quant à eux, avaient outjours adopté une position politique sien définie.

Deux ans de négociations intensives ont réussi à rapprocher les trois traditions largement. Le ton du congrès fut donné par John Gomomo, membre de l'excécutif de l'ancien NAAWU, qui le présidait, quand il a appelé les syndicats à oublier leurs badges et leurs labels et s'unir pour créer ce "géant d'un syndicat" Le secrétaire général du COSATU, Jay Naidoo lui a fait écho, appelant les délégués à ne pas se laisser piéger par des étiquettes telles "ouvriéristes" ou "populiste" : "Le recours à de telles étiquettes détruit la possibilité d'un débat ouvert et démocratique et nous détourne de notre but de développer une politique ouvrière et de remplir notre rôle historique de direction dans la lutte de libération".

Daniel Dube fut réticent à discuter des syndicats "auxquels nous appartenions" lors de la conférence de presse après le congrès de fondation. Il a déclaré que ces syndicats avaient cessé d'exister à partir du moment où le NUMSA fut créé. Dube a lancé un appel passionné aux "travailleurs à l'extérieur du NUMSA" pour qu'ils adhèrent au nouveau syndicat. Le NUMSA, avec 140 000 cotisants, représente 30% des travailleurs de la métallurgie et de

Dube s'est empressé de faire remarquer que bien que le Syndicat uni des travailleurs d'Afrique du Sud (SAAWU) ait été au dernier moment laissé en dehors du nouveau syndicat, la porte lui restait ouverte. Le SAAWU a été accordé un statut d'observateur après ne pas avoir soumis un bilan financier qui aurait indiqué le nombre de ses cotisants. C'est ce dernier chiffre qui aurait déterminé le nombre de ses délégués au congrès.

La création du nouveau syndicat a aussi vu se forger une unité renforcée entre la jeunesse et les travailleurs. Dans le passé, ces derniers semblent avoir été effrayé par la combativité et l'impatience de la jeunesse dans les campagnes qu'elle a impulsées.

Le président du Congrès sud-africain de la jeunesse, Peter Mokaba a déclaré devant les délégués que la recherche de salaires plus élevés et de meilleurs conditions de travail fut lié de manière indissociable à la "libération nationale".

Le nouveau syndicat est certain de modifier radicalement les rapports de forces dans les négociations de l'année prochaine avec les organisations des employeurs. Pour la première fois la SSEIFASA (organisation patronale, ndlr) se trouvera confrontée à une voix unifiée dans les deux industries.

Bien que le NUMSA ait adopté une position politique fortement marquée, il soulignait l'importance des luttes ouvrières dans les entreprises, comme le montrent

Ces dernières comprennent les revendications suivantes :

"salaire décent" national de R

- la semaine de 40 heures ;

- le droit de grève ;

- congé maternité payé de six mois ;

- l'extension des possibilités de formation professionnelle aux femmes et aux jeunes sur la base de l'égalité ;

- la reconnaissance du ler mai, du 21 mars et du 16 juin comme des jours fériés

Le NUMSA demandera son affiliation au COSATU, à la Fédération internationale des trvailleurs de la métallurgie et à la Fédération internationale de la chimie et de l'énergie.

Weekly Mail, Johannesburg, 29 mai 1987

(1) Le 21 mars est l'anniversaire du massacre de Sharpeville en 1960 ; le 16 juin marque le début des émeutes de SOWETO en 1976.

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