Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LIVRES

Comprendre le monde pour le transformer

· Inprecor n° 250, 5 octobre 1987 · p. 21-22 · 1 359 mots

Palestine et Israël Femmes

U

NE THEORIE scientifique adéquate interprète correctement les grandes tendances d'évolution de la réalité sociale, et les explosions auxquelles toute évolution aboutit tôt ou tard. Elle permet donc à la fois de les comprendre et d'en prédire les étapes ultérieures, du moins dans leurs grandes lignes. En même temps, elle analyse soigneusement la réalité donnée, corrigeant des affirmations antérieures à la lumière des faits, tout en évitant des extrapolations prématurées et des généraréalité dans sa totalité mouvante, voilà la tâche de la théorie.

Le test suprême de la vitalité du marxisme révolutionnaire, c'est sa capacité d'effectuer ce travail théorique dans les principaux domaines de la réalité sociale changeante de siècle. C'est une condition inévitable pour que la pratique révolutionnaire ne soit pas entachée d'empirisme grossier et de pragmatisme à courte vue, ce qui la condamnerait à une succession d'échecs au moins partiels, sinon de défaites catastrophiques.

Après un quart de siècle de glaciation produit de Noske, d'Hitler et de Staline, la créativité du marxisme-révolutionnaire à commencé à rebondir à partir du début des années 60. Contrairement à son épanouissement précédent, ce nouvel essor n'est plus principalement axé sur l'Europe centrale et avant tout l'Allemagne et la Russie.

Il devient universel. les apports anglo- français, italiens, latinosaxons, américains, asiatiques, ceux d'Europe orientale, se multiplient. Ceux des pays arabes et d'Afrique s'amorcent. L'arbre fait souche de tous côtés.

Ceux qui, pour la quatrième fois depuis un siècle, avait proclamé "l'agonie" voire,

"la mort" du marxisme, en ont été une fois de plus pour leurs frais. Jamais on n'a connu tant de livres sérieux, abordant les sujets sociaux les plus divers, sous l'éclairage marxiste, qu'il n'en paraît actuellement. Et jamais les analyses marxistes de grande valeur scientifique et théorique, surtout par leur aspect innovateur, ne se sont succédé à un rythme aussi rapide.

C'est ce qui nous incite à entamer une rubrique de critiques de livres, que nous espérons régulière. Elle exprime une fierté, sans doute légitime puisque de nombreux ouvrages auxquels nous faisons référence, sont le produit de notre courant historique, même si leurs auteurs ne sont pas toujours membres de la IVe Internationale. Mais elle exprime aussi une nécessité militante.

Des militants, des cadres, des dirigeants révolutionnaires, à l'aide des livres que nous mentionnons, sont disposés à mieux

LIVRES

Comprendre le monde pour le transformer

L'UNE DES PREUVES les plus importantes de la vitalité d'un courant politique historique, c'est sa créativité théorique à long terme.

Pour compléter une formule célèbre de Marx, on ne peut consciemment - et valablement - transformer le monde, que si on l'interprète correctement, si on le comprend dans son devenir essentiel.

Voilà la fonction objective et irremplaçable de la théorie, armer les hommesque nous publierons dans le numéro et les femmes qui luttent pour leur émancipation à comprendre les causes de l'exploitation et de l'oppression qu'ils subissent et les possibilités effectives de les faire disparaître.

Ernest MANDEL comprendre la réalité dans laquelle iis agissent, sont mieux armés pour y intervenir, plus aptes à aider efficacement le combat des travailleurs, sont davantage capables de construire de véritables organisations révolutionnaires.

2o Wintried WOLF

Eisenbahn und Aufobahn

(Rasch & Röhring Verlag, 1987)

Ce livre présente une analyse d'ensemble des effets de la révolution provoquée d'abord aux Etats-Unis, puis dans de plus en plus de régions du monde, par l'essor de l'industrie automobile.

révolution n'a pas seulement bouleversé la technologie, la structure de l'industrie, les modes de transport, la psychologie des automobilistes (et celle des piétons !), elle a aussi profondément modifié l'urbanisme, l'habitat, l'écologie.

Le nombre de ses victimes sont incalculables. Rien qu'au Japon, et uniquement pour la période 1966-1967, il y eu 50 000 morts dans des accidents de la route.

Dans le monde entier, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce chiffre s'élève à des millions, et n'est sans doute guère inférieur au nombre total des morts de la Première Guerre mondiale.

La démonstration de notre camarade

Winfried Wolf, remarquable de rigueur, !

s'appuyant sur une foule de données empiriques, explique ce bouleversement, sans doute le plus important du 20e siècle, avec l'apparition des comme résultant en dernière analyse des besoins en qu'exige un régime fondé sur la propriété privée et motivé par la recherche du profit privé

Si on en globalise tous les coûts sociaux - y compris ceux provoqués par l'empoisonnement de l'atmosphère et ses retombées dans le domaine de la santé - la substitution de l'auto au rail a été une "erreur" désastreuse du point de vue de l'intérêt de l'humanité dans son ensemble. Mais du point de vue du Capital, c'est la meilleure

Winfried Wolf, dont l'ouvrage est désormais une référence sur ce sujet, a tiré de son livre une synthèse des points principaux, économique d'Inprecor du mois de

La Collectit pouvoir des hommes

La Brèche, Paris 1987 américaines, se sont penchées sur le problème des origines de l'oppression des femmes dans la préhistoire.

Comment la division sexuelle du travail se développe-t-elle au sein de la société de communisme primitif du clan ?

L'oppression des femmes a-t-elle des racines économiques avant l'émergence de la société de classes, de la propriété privée et de la famille ? Est-elle fonction de changements plus généraux, c'est-à-dire reflète-t- elle une véritable transition de la société sans classes vers la société de classes ? Ou bien les femmes constituent-elles la première classe exploitée à proprement parler, c'est-à-dire, la société caractérisée par l'oppression de la femme, est-elle la première forme de la société de classes, avant l'apparition de la société esclavagiste ?

Ces interrogations passionnantes, produit du mûrissement du mouvement féministe au cours des dernières décennies, saisissent à bras-le-corps, une problématique posée par Friedrich Engels dans la tradition classique du marxisme.

Les anthropologues n'apportent pas toutes des réponses identiques. Celles-ci ne sont point définitives. Le débat continue, mais l'ouvrage en question apporte une contribution essentielle, que de futures contributions sérieuses, ne pourront pas ignorer.

Page 22

A Jacob TAUT Judenfrage und Zionismus

ISP Verlag, Frankfurt : 1986

Cet ouvrage poursuit l'analyse marxiste de la question juive au point ou s'arrêtait le travail dorénavant classique de notre camarade Abram Leon "Interprétation matérialiste de la question l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale, l'Holocauste, puis la fondation de l'Etat d'Israël. Taut est ressortissant de cet Etat, mais, internationaliste logique avec lui-même, il rejette cette fondation comme aux intérêts des masses laborieuses, tant juives (en Palestine comme dans la Dias-pora) qu'arabes.

Cette position qui a été celle de notre courant depuis 1948, se trouve confirmée l'évolution ultérieure. L'Etat d'Israël représente une impasse historique tragique pour les rescapés de l'Holocauste, autant que pour les sabras, nés sur place. Sans une vie commune librement acceptée avec les masses arabes, il n'y a aucun avenir pour les travailleurs juifs d'Israël. Et cette vie commune ne poura être acquise sans prendre pleinement en charge la défense des masses arabes de Palestine, qui sont aujourd'hui opprimées, dénuées droits nationaux, surexploitées économiquement. Toute cette démonstration faite de manière convaincante par Jacob Taut, sans tomber dans l'excès de nier la réalité nationale de la population juive d'Israël et ses droits à l'autonomie et à l'auto-administration. Ici aussi le débat se poursuit sur l'articulation précise des droits et des vœux des Palestiniens. Mais la plupart des formules de Jacob Taut sont acceptables pour tout marxiste internationaliste.

L Nathan WEINSTOCK

Le pain de misère : histolre du mouvement ouvrier juif en Europe,

La Découverte, Paris : 1986

Si le livre de Taut projette l'analyse d'Abram Leon vers le présent et l'avenir, celle de Weinstock la projette vers le passé. L'auteur brosse une fresque impressionnante de la montée du mouvement ouvrier juif, qui a joué un rôle de pionnier pour créer le mouvement ouvrier en Russie et en Pologne (Lénine a appris davantage du Bund juif que de n'importe quel autre groupement ouvrier).

Sa contribution à la création du mouvement ouvrier européen (notamment à Amsterdam) n'est pas non plus oubliée. Puis, succède à cette montée, un lent déclin qui s'achève par la tragédie de l'Holocauste, avec la destruction physique de plus de 90% du prolétariat juif d'europe par les Nazis. Là encore, il s'agit d'un véritable classique, désormais incontournable pour de futurs historiens.

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