LE 5e CONGRES du PRT s'est tenu dans une période de renouveau de la lutte de classe, une sorte de carrefour de la situation sociale et politique mexicaine et à une date anniversaire particulièrement importante de la révolution internationale.
Tous les groupes et tendances qui ont rejoint le PRT dans la période récente étaient représentés.
A l'ouverture du congrès a été annoncé l'accord qui vient d'être conclu entre plusieurs partis de la gauche révolutionnaire pour former un Front politico-électoral, une
Fédération de partis et rechercher une large alliance électorale pour 1988.
Nous publions ci-dessous de larges extraits du rapport d'ouverture prononcé par Edgard Sanchez au nom du Comité central.
RACE AUX LUTTES récentes, l'air raréfié du parlementarisme et de l'électoralisme des derniers temps commence à se dissiper. Avec leur entrée en action, des secteurs de masses commencent à reprendre confiance en leurs forces et dans la lutte directe. Naturellement, le PRT a immédiatement trouvé sa place dans ces nouvelles mobilisations.
Ses militants s'engagent non seulement en solidarité, de l'extérieur, envers de telles luttes, mais les construisent également, respectant et renforçant l'autonomie des organisations dont les masses se dotent.
Dans ce cadre ont mûri les conditions d'une opposition généralisée à l'ensemble de la politique du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et de son gouvernement.
Le Ve congrès du PRT aidera à la construction de cette opposition générale, non seulement parce qu'il peut offrir une alternative sur le terrain électoral mais, parallèlement et en dehors du cadre électoral, en proposant et impulsant une Journée nationale de protestation,
Une telle Journée doit servir à augmenter la confiance des masses en elles- mêmes et offrir une perspective politique d'ensemble contre la politique gouvernementale, au-delà des luttes sectorielles.
Proposer une Journée de ce type exige de forger l'unité la plus large possible pour parvenir à la réaliser. Mais la nécessité de l'unité d'action ne doit pas engendrer de confusions. En effet, la logique électorale des dernières années a entraîné certains à proposer l'unité à tout prix, unité qui sans résoudre les divergences et qui en se subordonnant aux nécessités électorales, affaiblit au lieu de renforcer.
En tout cas, l'existence d'un seul parti de gauche fondé à la chaleur et en fonction des élections, susceptible d'éclater à la moindre divergence, nous aurait placés dans une situation de faiblesse plus grande devant l'ennemi que la simple existence de deux pôles de gauche sur le terrain électoral.
"Le début des mobilisations
La montré que la perspective de lutte, la perspective révolutionnaire, n'étaient pas une illusion"
Car l'autre élément important de la situation c'est que ce début de changement dans le rapport de forces, la réapparition des luttes, ont contribué à une clarification politique, à la redéfinition des objectifs. Il y a quelques mois, la confusion et le scepticisme prévalaient. La gauche pasations. Donc, pour beaucoup, avancer sur le terrain électoral et parlementaire est devenu une obsession et le seul moyen résoudre les problèmes. Le début des mobilisations a montré que la perspective de lutte, que la perspective révolutionnaire n'étaient pas une illusion. Et les camps se sont redéfinis à travers leur attitude vis-àvis du mouvement de masse.
Mais cela n'implique pas une perspective purement liée au mouvement, apolitique. Nous ne sommes pas des abstentionnistes. Nous ne l'avons jamais été car nous avons opté pour la construction d'un parti politique et pas seulement pour un mouvement de lutte sociale.
C'est dans la perspective plus large de la lutte pour le pouvoir que nous plaçons notre participation électorale. Nous ne pensons pas que nous prendrons le pouvoir par la voie électorale et nous ne faisons donc pas une propagande démagogique demandant des voix pour prendre le pouvoir. Cela ne veut pas dire que nous utilisions les élections uniquement pour dénoncer et contester comme le disent certains. Nous luttons pour le pouvoir. Mais la voie, passive, des élections ne suffit pas pour mener cette lutte. Il faut construire et renforcer l'organisation des masses dans l'indépendance vis-à-vis de la bourgeoisie. Sans cette base concrète que constitue l'action indépendante des masses, toute perspective de lutte pour le pouvoir est illusoire. C'est pourquoi, à l'occasion des élections (1) nous visons un regroupement autour d'un projet politique dont l'objectif soit de stimuler l'organisation et l'action indépendantes des masses et de construire ainsi le parti, instrument nécessaire pour remplir notre objectif.
"Laisser de côté toute volonté d'hégémonie, tout chantage" L'unité de toute la gauche pour les élections stimulerait les masses à rompre avec les partis bourgeois. Il est possible d'éviter l'existence de deux pôles lors des élections. Mais pour que cette unité soit solide il faut laisser de côté toute attitude hégémoniste, tout chantage et toute volonté de prépondérance. Le PRT n'échangera pas son projet politique contre un plat de lentilles; il n'est pas disposé à se dissoudre pour un simple accord électoral.
Depuis l'an dernier, nous insistons sur la nécessité d'une coalition complète des deux partis de gauche, afin de servir de cadre à une alliance de toute la gauche, avec ou sans enregistrement (2). Il faut bien comprendre que cette coalition doit concerner tous les aspects du champ électoral, et apparaître vraiment comme une alternative cohérente. Cela implique aussi, dans le cadre d'un accord sans hégémonie, un emblème commun, qu'il soit composé des emblèmes des divers partis constitutifs ou qu'il soit entièrement neuf et différent, symbolisant cette coalition. C'est là le critère que nous avons adopté, en tant que PRT, par rapport aux organisations politiques avec lesquelles nous avons constitué un front politico-électoral et une fédération de partis de la gauche révolu-
1) Tous les quatre ans ont lieu au Mexique des élections générales pour les mandats de Président de la République, de députés et de sénateurs, qui ne sont pas renouvelables. Les prochaines élections doivent avoir lieu en juillet 1988.
2) La législation mexicaine, particulièrement antidémocratique en matière d'élections, prévoit que la coalition électorale de plusieurs partis annule l'enregistrement de chacun de ces derniers au profit du regroupement ainsi formé. Les partis doivent de nouveau se faire enregistrer, ce qui est une véritable course d'obstacles juridiques
tionnaire. (voir encadré ci-dessus). Mais le PRT ne peut attendre que soit conclu un accord concret de coalition de toute la gauche, pour commencer les préparatifs de sa campagne électorale. Nous avançons donc dans la formation de ce front politico-électoral et nous avons fait des propositions pour la principale candidature en jeu aux élections de 1988: la candidature présidentielle.
Le Comité central du PRT a proposé à l'ensemble de la gauche, et propose à ce congrès, la candidature de la camarade Rosario Ibarra de Piedra. Nous sommes prêts à prendre en compte d'autres pré-candidatures que ce soit dans le cadre d'une coalition de toute la gauche ou dans celui de l'actuelle Fédération de partis. Si nécessaire, nous acceptons l'organisation d'élections primaires pour définir une candidature unitaire.
Cependant nous sommes convaincus que la camarade Rosario est la meilleure proposition possible de candidature unitaire de la gauche, surtout pour une campagne s'identifiant avec les luttes acvoyons pas d'autre dirigeant du mouvement de masse possédant une dimension nationale comme celle de Rosario et qui puisse être identifié avec les luttes actuelles les plus importantes. Il y a, bien sûr, d'autres dirigeants de partis de gauche d'envergure nationale mais ils ne se sont pas reconnus dans ces mouvements et ils s'y sont même opposés.
Certes la camarade Rosario est populaire dans les mouvements de masse, mais elle est aussi le symbole d'une certaine position politique. Comme chacun le sait, Rosario symbolise la lutte tenace pour les libertés démocratiques et pour le respect des droits de l'homme dans notre pays. Dans ce cadre, l'accord pour une fédération de partis, signé il y a quelques jours, prend toute sa signification. Le Comité central du PRT l'a ratifié à l'unanimité
Il s'agit d'un accord très important, car ce qui nous unit a la majorité de ces forces, comme avec d'autres dont nous espérons qu'elles le ratifieront prochainement,
c'est tout un passé d'action commune dans le mouvement de masse. Mais cet accord, ne doit pas rester purement électoral, il doit faire avancer et permettre d'approfondir les relations entre nos organisations afin d'arriver à une orientation commune dans les luttes et d'asseoir les bases d'un accord à un niveau supérieur. Pour nous, l'accord à un niveau supérieur implique la perspective d'une convergence organisationnelle. C'est en ce sens que nous orientons nos efforts.
Nous n'en faisons donc pas une ouverture purement circonstancielle, cela entre dans notre conception générale de construction du parti. Notre congrès précédent avait déjà assumé une telle conception qui part de la constatation qu'un parti révolutionnaire de masse, dans notre pays, sera le résultat de la convergence organisationnelle de diverses forces révolutionnaires. Parler de convergences implique expériences et traditions distinctes nous ne concevons pas la construction du parti comme le simple développement graduel d'un noyau militant, mais le résultat des progrès réalisés dans la confluence de courants différents. C'est une conception qui s'est révélée correcte dans la pratique.
"La viabilité d'un projet de convergence des révolutionnaires" Par exemple, ce congrès va ratifier la conclusion du processus pratiquement simultané d'unification avec les anciens militants de la Ligue ouvrière marxiste (LOM) et du Courant de gauche révolutionnaire (CIR) (3). Le congrès et le parti lui-même doivent souhaiter la bienvenue à ces camarades et saluer l'effort, aujourd'hui commun, de construire une direction révolutionnaire des masses travailleuses de notre pays.
L'unification avec les camarades de la LOM et du CIR va indubitablement enrichir, grâce à leur patrimoine politique respectif, le processus de construction du PRT. Elle conforte la conception du PRT, parti en construction, qui ne se considère pas lui-même comme le parti. Elle confirme également le caractère démocratique du PRT capable d'assurer l'intégration de ces deux organisations qui auront le droit de se former en tendances temporaires à l'intérieur du PRT.
Elle confirme, enfin, et c'est là le plus important, la viabilité d'un projet de convergence des révolutionnaires.
La richesse de ce type de confluence apparaît dans ces unifications parallèles avec un courant à la forte tradition de parti internationaliste et un autre qui s'identifie aux racines nationales de nos luttes.(...)
C'est un 26 juillet que nous ouvrons ce Se congrès du PRT. Nous n'aurions pu trouver une date de meilleur augure.
Le 26 juillet nous renvoie, immé- l diatement, à la première révolution victorieuse de notre continent: celle de Cuba socialiste, celle du Mouvement du 26 juillet dirigée par Fidel, par Camilo, par le Che.
"Le 26 Juillet, un carrefour historique"
Et le 26 juillet nous ramène également à 1968. Aux débuts du mouvement étudiant populaire de 1968 dans lequel notre organisation trouve ses racines immédiates.
Ce carrefour historique est intéressant et nous permet quelques réflexions appropriées au moment présent.
L'impact du mouvement de 1968 fut très profond. Il a marqué toute une génération. Il l'a gagnée à la perspective révolutionnaire qui se trouvait stimulée par la montée de la révolution à cette époque : le Vietnam, le Che, les mobilisations étudiantes, le Mai français, le Printemps de Prague.
Cet élan était si puissant qu'il engendra chez nous l'illusion de la possibilité d'un triomphe à court terme de la révolution. Cette perspective était incorrecte, l'évidence. Aujourd'hui, Il est facile de le dire. Mais il a fallu de nombreuses années pour que nous le comprenions. Pour comprendre qu'il était nécessaire de passer par une série de phases de construction d'un
Rosario Ibarrade de Piedra instrument révolutionnaire, d'organiser et d'élever le niveau de conscience des masses.
L'adhésion au programme de la révolution n'était pas incorrecte. Ce sont les délais envisagés qui l'étaient. Ils nous ont souvent conduits au volontarisme. Et pas seulement notre courant, mais la majorité de la nouvelle gauche qui a surgi après 1968.(...)
"La révolution sandiniste inspire aujourd hui la nouvelle génération"
Mais cette erreur de croire à une perspective révolutionnaire à court terme coûta très cher. Non seulement en erreurs, mais en certaines désillusions, en scepticisme. La répression, les défaites et la vision à courte vue jalonnèrent le chemin, entraînant chez certains une perte de confiance dans cette perspective révolutionnaire. Ces dernières années, nous l'avons déjà dit, ont vu l'étouffement des luttes de masses, une situation difficile dans la-
3) LOM : organisation ayant quitté le Centre international de reconstruction de la Quatrième Internationale (CIRQI) lors de la conférence de Caracas en avril 1987 et qui a rejoint le PRT (Voir Inprecor numéro 246 du 6 juillet 1987).CIR : tendance qui a quitté le Parti mexicain du travail (PMT) lorsque celui-ci a rejoint le regoupement PMS et qui a rejoint le PRT.
quelle il semblait qu'il n'y avait guère d'autre voie pour l'expression du mécontentement que le terrain électoral. La confusion et le scepticisme se répandirent.
Dans ces conditions le PRT rencontra de grandes difficultés à défendre un programme révolutionnaire.
C'est pourquoi il est si important, aujourd'hui de reconnaître un début de changement dans les rapports de forces. Il faut se préparer et préparer les nouvelles générations pour la lutte.(...)
Si, donc, le 26 juillet a vu le triomphe de la révolution cubaine, celle qui inspire, aujourd'hui, la nouvelle génération, c'est la révolution sandiniste.
C'est des enseignements de cette révolution que se nourrit la nouvelle génération de combattants révolutionnaires. Le PRT a aussi appris de la revolution sandiniste, il en a enrichi ses conceptions et ses orientations. Notre conception de la convergence des révolutionnaires, notre attitude envers les chrétiens engagés dans les luttes du peuple travailleur et qui militent au sein de notre parti, notre recherche des racines nationales de notre combat sont quelques-uns des domaines dans lesquels notre pensée s'est vue indubitablement influencée par la révolution nicaraguayenne, et centro-américaine en général.
"Le 20e anniversaire de la disparition au combat du Commandant Che Guevara"
Le 8 octobre prochain, comme nous l'avons déjà mentionné, ce sera précisément le 20e anniversaire de la disparition, au combat, du Commandant Che Guevara. Se revendiquer de sa conviction révolutionnaire, de son internationalisme, de l'exemple de sa lutte, de sa modestie et de son dévouement à la révolution est aujourd'hui nécessaire, précisément pour maintenir la continuité révolutionnaire de notre programme. D'une continuité révolutionnaire que d'autres ont honteusement abandonnée, ce qui ne doit pas être le cas du PRT.
Et si le 26 juillet c'est aussi se revendiquer de l'esprit de 1968, nous pouvons dire également que cela valait la peine de maintenir cette continuité. Cela valait la peine et nous pouvons nous en rendre compte dans notre convergence avec une nouvelle génération de jeunes qui revenant aux méthodes de luttes par la mobilisation, la grève, les piquets de grève, à la
| solidarité, à l'égalitarisme et à l'antiautoritarisme fondent pour un nouvel essor politique de meilleures conditions que celles de 1968.
Si la mobilisation de la jeunesse étudiante, dirigée par le Comité étudiant universitaire (CEU), se trouvera encore confrontée à de rudes épreuves dans les prochaines semaines et les prochains mois, de toutes façons l'expérience acquise y est déjà restée marquée. Et elle aura marqué cette génération, au-delà de la jeunesse étudiante.
Ce sont ces conditions qui nous permettent, à l'ouverture de ce 5e congrès, d'être très optimistes quant aux perspectives de la gauche révolutionnaire et de notre parti en particulier.
Ce sont ces conditions qui doivent nous conduire à continuer avec un courage renouvelé, à renforcer les valeurs de l'effort militant et l'engagement contre les valeurs de la politique bourgeoise. Ce sont ces conditions qui nous permettent d'assurer la continuité de la construction du parti à laquelle nous contribuons tous.
Mexico D.F ; 24juillet 1987