Inprecor 1974–2004

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MEXIQUE

Une victoire ouvrière

· Inprecor n° 253, 16 novembre 1987 · p. 11 · 618 mots

Mexique Syndicalisme

Mexique une

Victoire

ouvrière

LES GREVES VICTORIEUSES ne courent pas les rues ces temps-ci... Aussi, la victoire que viennent de remporter les ouvriers de l'usine Volkswagen à Puebla au Mexique après trois mois de conflit, n'en est-elle que plus remarquable. José Luis H. AYALA

ES 10 300 SALARIES de l'usine

L

avait demandé 100% d'augmentation. La direction, quant à elle, exigeait une baisse des salaires de 15%. Les travailleurs ont obtenu 78% d'augmentation. En outre, le prochain réajustement salarial gouvernemantal en fonction de l'inflation sera intégralement payé par la firme (la dernière s'élevait à 23%).

Enfin, la direction a retiré les menaces de licenciements et de suppression de primes. Au taux de change actuel, mais qui se modifie constamment, vue la dépréciation du peso, le salaire quotidien passe de 40 francs français à 70 francs français.

Modernisation capitaliste contre intérêts des travailleurs

Pressées par l'aiguillon de la concurrence, les entreprises capitalistes de la branche automobile se voient obligées de réduire au maximum leurs coûts de production pour augmenter leurs profits et éliminer du marché ceux avec qui ils sont en compétition. Comme il est fréquent, ils ne parviennent à le faire qu'en attaquant les droits les plus élémentaires des travailleurs. De quelle manière ? En réduisant le salaire réel, augmentant le rythme de travail, en introduisant de nouvelles machines entraînant la suppression de milliers de postes, en éliminant des prestations sociales et, comme c'est aujourd'hui de mode, en transférant une partie de leur production vers les pays semi-coloniaux comme le Mexique, pour économiser des millions de dollars en utilisant une main-d'œuvre bon marché.

Les dirigeants impérialistes de Volkswagen avaient ce type d'objectifs en tête. Mais la réponse donnée par les ouvriers de VW a évité que leur salaire et leur convention collective soient mis à mal par le patronat. Leur secret, c'est qu'ils n'ont fait confiance qu'à la force de la mobilisation et celle de leurs alliés, tout en maintenant une totale indépendance politique vis-à-vis du patronat et du gouvernement.

Faire plier le gouvernement

Effectivement, il est peu fréquent qu'un syndicat de ce type parvienne à s'attirer autant de sympathie et à mettre à genoux le gouvernement et le patronat par ses mobilisations.

Dès le départ, le syndicat de VW n'a pas assumé sa lutte comme une affaire "privée" mais comme partie prenante de la lutte de tous les travailleurs contre les attaques de leur niveau de vie. Voilà pourquoi la grève fut accompagnée d'un appel à la Table de concertation syndicale (organisme de solidarité qui rassemble près de cent organisations syndicales appartenant ou pas au Congrès du travail, lié au PRI, ndlr.) pour coordonner l'aide et les mobilisations de solidarité. C'est ainsi que furent organisés des manifestations et des meetings massifs , tant dans la ville de Puebla que dans la capitale : barrages de la route Mexico-Puebla, brigades volantes, conférences de solidarité dans diverses parties du pays, assemblées générales etc.

De même, le syndicat marquait un autre point très important, avec l'ouverture du débat public sur la question de la prétendue "incapacité de VW" d'offrir une augmentation de salaire à ses travailleurs. Une étude de l'Université autonome de Puebla devait démontrer, preuves à l'appui, que l'entreprise mentait et qu'elle était bien solvable économiquement.

Plus importante encore fut la solidarité des ouvriers allemands qui se refusèrent à jouer les "jaunes", face à la manœuvre de la transnationale qui voulait que les travailleurs allemands, en faisant des heures supplémentaires et en introduisant une équipe de plus, fabriquent une partie de ce qui est produit au Mexique. Cette magnifique démonstration de solidarité internationaliste démontre que celle-ci n'est pas une question sentimenle mais bien une nécessité vitale pour affronter un ennemi commun.

D'après Bandera Socialista ; 28 septembre 1987

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