Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SUISSE

Zaffaraya

Inprecor n° 256, 28 décembre 1987 · p. 19 · 612 mots

SUISSE Zaffaraya

Inconnue il y a peu, la communauté de Zaffaraya, à Berne, où habitaient jusqu'au 17 novembre environ 25 personnes, est devenue en quelques jours le symbole de tout une partie de la jeunesse bernoise.

La destruction de cette communauté par 200 grenadiers a manifesté au grand jour la contradiction entre les aspirations à une vie alternative de larges de couches de la jeunesse et l'esprit borné, intolérant et répressif de la majorité de droite de la municipalité de la capitale fédérale. Une fois de plus, cette dernière a montré sa volonté de marginaliser, et si nécessaire d'étouffer toute forme d'organisation et d'expression culturelles autonomes et alternatives des jeunes. nome de la Reithalle en 1982, l'absence de locaux et de moyens pour le développement d'une vie culturelle différente se faisaient cruellement sentir. Ajoutons-y la crise du logement qui touche en particulier les jeunes pressés de quitter le foyer familial.

C'est dans ce contexte que s'était créée la communauté de Zaffaraya. En mars 1984, elle s'installait dans un immeuble abandonné depuis longtemps, où elle accueillait diverses manifestations culturelles. Délogée par la police, elle avait élu domicile sur les bords de l'Aar en 1985.

Depuis le mois d'octobre dernier, le mouvement pour demander la réouverture d'un centre autonome de jeunes à la Reithalle avait pris de l'ampleur. Plusieurs concerts sauvages furent organisés dans le bâtiment provisoirement occupé et des manifestations mises sur pied pour appuy-

La police est très brutalement intervenue pour déloger Zaffaraya. La réaction des jeunes Bernois a impressionné son ampleur. Dès le lendemain de l'exploit" des flics, des grèves ont démarré dans de nombreuses écoles et à l'uni-

26 établissement scolaires mobilisés ont voté une résolution récla

- la décriminalisation immédiate des 25 habitant(e)s de Zaffaraya ;

- que le terrain occupé par la communauté lui soit rendu ;

- la réouverture de la Reithalle pour des activités culturelles et comme lieu d'hébergement pour les jeunes sans abri ; et que la municipalité mette à disposition les moyens nécessaires pour sa rénovation ;

- la création d'un fond géré par les jeunes pour une culture alternative ;

- la mise sur pied d'espaces d'habitation à bon marché en ville et le droit pour les jeunes d'être représentés dans les commissions de la municipalité bernoise qui s'occupent du problème du logement ;

- la démission du maire et du chef de la police.

Ils demandent aussi la non-prise de sanctions à l'encontre des élèves grévistes et l'instauration d'un véritable dialogue entre les autorités et les jeunes.

La solidarité s'est également exprimée par une grève des travailleurs sociaux de la ville protestant contre la politique des

Les manifestations de jeunes se poursuivies tous les jours de la semaine, regroupant à chaque fois plusieurs milliers de personnes. Elles ont culminé avec la grande manifestation du samedi 21 novembre qui a réuni plus de 10 000 per-

Dimanche 22 novembre, l'assemblée générale du mouvement a décidé de fixer un ultimatum au jeudi 26 pour que la municipalité restitue un terrain à Zaffaraya et pour la réouverture de la Reithalle. Quelle que soit l'attitude des autorités communales, la volonté de nombreux jeunes Bernois de vouloir vivre et de se battre pour, en dehors des cadres étriqués du "comme il faut" helvétique s'est d'ores et déjà claire-

Le mouvement ne s'est pas laissé entraîner dans des actions dures, ce qui a grandement facilité l'émergence large solidarité et d'un bon capital de sympathie. Mais il est à craindre que les autorités, elles, ne cherchent la confrontation : ainsi la façon dont la police est intervenue lors des manifestations du 26 novembre au gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc, brutale évacuation d'une maison occupée et interpellations de 102 personnes.

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