Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

Naissance de l'Assemblée nationale populaire

Inprecor n° 261, 14 mars 1988 · p. 27-28 · 576 mots

En présence de plus de 3 000 délégués, représentant des organisations syndicales, populaires, étudiantes, paysannes, des Centres d'études, lectuels et des députés, sénateurs et militants des forces politiques de la gauche péruvienne, l'Assemblée nationale populaire (ANP) s'est constituée en novembre dernier, comme instrument de centralisation des luttes, et selon ses organisateurs, comme "instrument et alternative de pouvoir pour les masses populaires".

Des délégations venues des coins les plus reculés du pays, du Cuzco, et des villages de l'Ayacucho, jusqu'aux banlieues de Lima ont discuté avec ferveur, pendant quatre jours, des problèmes centraux qui se posent dans la conjoncture ouverte par la profonde crise du régime d'Alan Garcia. Toutes les analyses tendaient à démontrer que malgré les illusions qui, à un certain moment, ont pu donner naissance au gouvernement apriste, dorénavant de larges secteurs des masses le considèrent comme l'ennemi fondamental à combattre, le représentant du capital et de l'impérialisme. L'Assemblée nationale populaire a voté une grève civique générale pour le mois de février, contre la politique de famine et de répression du gouvernement.

Fraternellement, les délégués ont aussi débattu du programme et de la plate-forme de lutte que devait approuver la réunion. On y trouve la nécessité d'une alternative populaire et nationale à la crise du pays et des questions fondamentales comme celle de la souveraineté nationale et de l'expropriation des monopoles impérialistes ; de la paix basée sur la justice sociale et l'élimination de la militarisation et de la guerre sale ; une politique internationale anti-impérialiste et non-alignée ; et la solidarité avec tous les peuples qui luttent pour leur libération.

Autre problème, assez largement débattu, celui de la direction organisationnelle de l'ANP, quelles instances en feront partie, quel type de délégation de pouvoir et de représentativité aura-t-elle ?

Sur ce point, il a été décidé de constituer un organisme représentatif, de caractère permanent, formé de 37 représentants d'organisations syndicales, paysannes, populaires et régionales avec une présidence collégiale de 7 membres pour assurer sa coordination.

L'Assemblée nationale populaire péruvienne reflète, non seulement un progrès et un développement de la lutte populaire, mais aussi un processus avancé de centralisation des différents secteurs sociaux. Par exemple, la Confédération générale des travailleurs péruviens (CGTP) la Confédération paysannne du Pérou (CCP), la Confédération intersyndicale des travailleurs de la Fonction publique (CITE), le Syndi-

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cat national unique des travailleurs de l'Enseignement (SUTEP), et beaucoup d'autres concourent à améliorer la centralisation de ce processus. Les forces politiques de la gauche comme le Parti communiste péruvien (PCP), le Parti d'unification mariatéguiste (PUM), le Parti communiste Patrie rouge et l'Union démocratique populaire (UDP), et des regroupements plus petits sont également partie prenante de l'ANP. L'Assemblée reflète aussi une croissance et une consolidation de la gauche radicale, en particulier le PUM et l'UDP qui, de loin, sortent les plus renforcés de cette réunion.

Le débat le plus intéressant, du fait de l'actualité qu'il a en Amérique latine était le suivant : l'ANP est-elle une alternative de pouvoir ou est-ce seulement un mécanisme de centralisation des masses ? C'est un fait que lors des débats de l'Assemblée des positions ont affleuré qui visaient à affaiblir ou limiter les aspects les plus révolutionnaires de l'ANP, mais la grande majorité était d'accord pour caractériser l'ANP comme un embryon de pouvoir populaire, qu'il faut renforcer, développer et opposer au gouvernement bourgeois. Enfin, l'organisation armée Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru a envoyé son salut à l'Assemblée, s'engageant à promouvoir et à développer ses conclusions.

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