EL SALVADOR Tripatouillage post-électoral
Alors que les premiers décomptes électoraux donnaient la majorité à l'organisation d'extrême-droite ARENA avec 31 sièges contre 22 au Parti démocrate-chrétien (PDC) au pouvoir et 7 au Parti de conciliation nationale (PCN, l'autre parti de l'opposition bourgeoise), le président de la Commission électorale (membre du PDC) et le président du PCN viennent d'annoncer après nouveau comptage, qu'ARENA perdait deux sièges. Cette modification n'est pas innocente puisqu'elle permet à la démocratie-chrétienne de faire alliance au parlement avec le PCN (parti de la bourgeoisie latifundiste) avec une voix de majorité.
La réaction du major d'Aubuisson, le président d'ARENA, ne s'est guère fait attendre, menaçant de mesures de rétorsion "les poissons" du PDC, si les résultats du scrutin étaient altérés.
Intervenant à la télévision, d'Aubuisson déclarait qu'il "n'est jusqu'aux forces armées qui comprennent qu'il se passe quelque chose de pas propre ici"
Cet appel du pied à l'objectivité des militaires a visiblement été reçu cinq sur ces derniers, puisque peu temps après, le général Blandon, chef du commandement général des forces armées mettait en garde contre les risques " de troubles de l'ordre public dans les rues (...) si le conseil électoral ne sait pas mener la situation, agir honnêtement et appliquer correctement le code électoral" Mais , il ajoutait, s'adressant cette fois à l'ARENA : "Nous nous sentons concernés par le fait qu'un parti avec des intérêts propres en jeux (ARENA, ndlr) puisse mobiliser ses partisans dans les rues, semant ainsi le malaise et le doute parmi la population"
De fait, la victoire électorale de l'extrême-droite place dans une position inconfortable le Département d'Etat américain qui avait porté Napoléon Duarte sur les fonts baptismaux du pouvoir en 1984. Les élections présidentielles sont prévues pour l'an prochain et Washington souhaite qu'un "modéré" remplace d'Aubuisson à la tête de ce parti, craignant qu'une autre victoire de ce dernier ne remette en cause toute l'opération de redorage du blason démocratique du Salvador menée à partir de 1984.