Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Tony Benn candidat de la gauche travailliste

· Inprecor n° 267, 6 juin 1988 · p. 7-8 · 2 008 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme Femmes

de la gauche travailliste du groupe Campagne du Parti travailliste, composé de députés comme candidats à la présidence et à la vice-présidence du parti à la majorité de la direction travailliste qui glisse vers la droite sous la pression du thatchérisme, la gauche a saisi cette occasion pour

GRANDE-BRETAGNE

Tony Benn candidat

TONY BENN ET ERIC HEFFER, deux membres bien connus de l'aile gauche du parti travailliste, ont décidé de se présenter lors du prochain congrès qui doit se tenir à l'automne. Face proposer une alternative socialiste qui puisse faire contre-poids à ce glissement droitier.

Inprecor a interrogé Tony Benn, dans sa circonscription de Chesterfield (Middlands), sur sa décision de se présenter et sur la campagne faite autour de ces candidatures.

PRECOR : Pourquol vous presentez-vous, Eric Heffer et tol, a la présidence et à la vice-présidence du Parti travailliste (LP) ? Tout le monde semgagnerez ble penser que vous ne pas, surtout a cause du vote bloqué des syndicats (1) ?

- TONY BENN : Cela fait cinq ans que je suis proposé pour le poste de direction du LP. Mais à cette époque nous voulions tout faire pour vaincre Margaret

Thatcher. Il y a donc environ un an, juste avant les élections générales de juin, quelques-uns d'entre nous, qui s'étaient réunis régulièrement ensemble, ont pensé que la meilleure chose à faire serait d'avoir une conférence sur le socialisme, dont la préparation débuterait aussitôt après les

Nous avons tenu cette étonnante conférence à Chesterfield en octobre de l'an dernier. Nous attendions 500 personnes.

Il en vint 2000. Et la deuxième conférence, prévue pour juin de cette année, pourrait bien être encore plus importante à cause de la bataille pour la direction. Ce mouvement donne beaucoup d'espoir aux gens. C'est pourquoi, en janvier 1988, le groupe Campagne a discuté de l'opportunité de présenter un candidat pour le poste de président du parti. Tout le monde pensait qu'il était erroné de le faire si rapidement après les élections générales.

Mais la pression pour se dresser con-

Neil Kinnock, a tre l'actuel président, commencé à monter à nouveau. Personnellement, j'avais les plus grands doutes là-dessus, car je craignais que cela ne détourne l'attention des conférences de

Chesterfield sur le socialisme, et que cela puisse mener à une grande défaite qui causerait du tort à la gauche. Mais nous avons consulté les gens qui nous suivent.

Nous avons envoyé une lettre à chaque circonscription et nous avons reçu des réponses encourageantes. Et, le 21 mars, lors d'une réunion à laquelle je n'assistais pas, ils ont décidé de me proposer ainsi qu'Eric. Je n'ai donc pas recherché la nomination pour la direction, mais quand on me l'a proposée, j'ai accepté.

• Quelles ont été les réactions à cette nomination ?

- La première réaction a été une vigoureuse opposition à l'idée même de courir le risque de cette élection, mais cela s'est retourné contre ceux qui s'y opposaient, car comment s'opposer à une élection en tant que telle ? Aussi nous avons gagné cette bataille. Nous aurons maintenant des élections locales le 5 mai, et nous allons concentrer tous nos efforts pour gagner cette première étape avant de lancer la campagne pour les postes de président et de vice-président.

A l'heure actuelle, la direction nationale du LP n'est même pas attirée vers le centrisme, mais vers le consensus avec Thatcher : sur l'OTAN, la Communauté économique européenne, l'Acte unique européen, les mécanismes de marché, et le reste. Et la croissance de l'opposition est très forte. Bien que je sois un peu sceptique là-dessus, selon un sondage paru dans l'Observer, dimanche dernier, 39% des personnes déclarent vouloir voter travailliste et 14% de la population totale veut me voir gagner comme président du parti. Cela représente plus de 6 millions de gens !

Le Syndicat des mécaniciens (AEU) a tenu son Comité national le week-end dernier et 35% des délégués ont voté en ma faveur. Le soutien des circonscriptions arrive. Ce n'est pas que nous ayons calculé d'avance que nous allions gagner. Mais ce que nous faisons, c'est d'injecter dans la politique britannique la question du socialisme d'une façon qui ne s'est pas produite depuis des années et des années.

Et avec la combativité croissante des marins, des mineurs, des enseignants, des travailleurs de l'imprimerie, de ceux du Service de santé, des transports, etc., il y a aujourd'hui une propension au renforcement de l'opposition à Madame Thatcher, en faveur d'une opposition plus claire, pour que les membres du Parlement sortent pour soutenir les luttes, comme je lal tait la nuit dernière en allant à Douvres (où les marins sont en grève, ndlr).

Je pense que les arguments en faveur du socialisme sont des arguments très puissants, surtout en ce moment. Et c'est bien sûr le fondement de tout ce qui se passera par la suite. Savoir si nous devrions nous présenter à l'élection tous les ans (pour la présidence) est un choix tactique dont nous pourrons décider par la suite. Mais il est clair que tandis que le parti est en train d'aller vers la droite, cet argument a un impact, et peut même avoir un impact sur la direction elle-même. Par exemple, la direction est d'accord pour une motion de soutien aux marins. Je ne sais pas s'ils l'auraient fait en l'absence de contestation de la direction. La direction n'a pas soutenu les mineurs, ni les travailleurs de la santé, mais elle a soutenu les marins mercredi. J'ai reçu 2 à 3 000 lettres, qui se prononcent à 12 contre 1 en faveur de ma candidature à la présidence.

• Comment voyez-vous la campagne concernant la lutte de classe en dehors du parti travailliste ?

- J'ai déjà relié la lutte au sein du Parti travailliste à la lutte de classe en général. Durant la grève des mineurs, j'ai fait 211 meetings pour les mineurs. Chaque semaine j'ai rendu visite au piquet de grève de cinq puits de la région de Chesterfield. Ce n'est donc pas chose nouvelle. Mais l'un des arguments de notre campagne c'est que nous pensons que tous les députés devraient soutenir les gens qui luttent, et ne pas se limiter à l'arène parlemencombattre pour leur opinion au Parlement, présenter une alternative claire et faire campagne en sa faveur. Le parti devrait être internationaliste, socialiste et démocratique. Et je pense que parmi les membres individuels du Parti travailliste, c'est cela que beaucoup veulent.

Il se peut que les syndicats votent contre nous au congrès du LP à cause de la façon dont le vote est organisé. Mais si les circonscriptions du parti soutiennent notre campagne ce serait un immense pas en avant si nous obtenions la moitié de leurs votes. Et cela rendrait plus difficile pour la direction de se débarraser du socialisme.

Votre campagne causé quelques problèmes dans le group

Campagne. Quelques femmes ont quitte ce groupe, et vous n'avez pas été à même de présenter une femme à la présidence du parti.

1) L'élection de la direction est déterminée par un collège électoral formé à 40% par les syndicats, 30% par les instances locales et 30% par les députés.

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- Ce n'est pas que n'ayons pas essayé. J'aurais aimé que l'une des deux candidatures soit celle d'une femme. Nous avons essayé de persuader Audrey Wise, qui aurait été la meilleure candidate, mais elle n'y était pas prête.

A propos des gens qui ont quitté le groupe Campagne, je suis désolé qu'ils soient partis (pour certains ce n'est que temporaire). L'un de ceux qui sont partis soutient aujourd'hui la candidature de John Prescott (qui doit remplacer Hattersley au poste de vice-président), il y a donc une certaine confusion politique chez eux... Dans une certaine mesure, ils représentent une position politique différente.

Si les dirigeants actuels, Neil Kinnock et Roy Hattersley, réussissent a introduire toutes leurs options droitières dans la polifique du parti, penses-tu que cela pourrait réellement conduire à une scission du Parti travailliste, à plus long

- Non. Historiquement l'aile droite a quitté le parti (avec la scission de 1981 qui a créé le Parti social-démocrate, SDP). Quelque chose comme 18 députés ont quitté le LP, y compris un ancien président et deux anciens vice-présidents. Mais la gauche est très loyale envers le parti parce qu'il est l'instrument du mouvement de la classe ouvrière. Je ne suis pas pour diviser le parti. En outre, le gros des options politiques du parti sont celles que nous soutenons. Donc si notre campagne connaît le succès nous risquons de voir davantage de gens rejoindre les sociaux-démocrates.

• Votre campagne semble plus forte dans les circonscriptions locales du LP que dans les syndicats. Pourquol ?

- Cela dépend de la façon dont les syndicats prennent leur décision sur la candidature à soutenir pour l'élection à la direction. J'ai envoyé une lettre aux syndicats, en leur disant : "Voulez-vous, s'il vous plaît, consulter tous vos adhérents", parce qu'un des principaux objectifs de la campagne est l'ouverture d'un débat. Si la décision est prise au sommet, il n'y aura pas de discussion. Nous sommes avant tout intéressés à la plus large discussion. Et si toutes les circonscriptions, chacune avec 5 à 10 sous-branches, ont une discussion, cela fera 8 à 12 000 débats sur le socialisme. En additionnant toutes ces minorités, on a une idée de la force de l'argument. Le but est de réétablir la légitimité de l'idée de socialisme, dans la politique, en Grande-Bretagne.

• La gauche qui soutient Tony Benn a souvent été comparée aux nouveaux courants polifiques européens, tels que le Parti socialiste populaire (SF) du Danemark, les Verts allemands, Pierre Juquin et les Rénovateurs en France. Vous considérez-vous comme faisant partie d'un nouveau courant politique en Europe ?

- Non, je viens d'une très ancienne tradition politique. Quand la tradition socialdémocrate européenne s'est tournée vers la bureaucratie, le capitalisme et le militarisme, nous avons vu réapparaître une vieille tradition radicale, démocratique et socialiste, avec de nouvelles dimensions, autour des femmes, de l'écologie, etc. Je suis certain que si le débat était posé dans le LP, il s'y trouverait une majorité pour ces options-là ; mais cela demande du temps. La conférence de Chesterfield n'est qu'un début. Nous ne sommes donc pas dans un cours scissionniste. Nous voulons garder les liens avec les syndicats, qui sont, en Grande-Bretagne, unis dans le Congrès des syndicats (TUC) et qui ne sont pas divisés selon des lignes parti-

• Est-ce que la conférence de Chesterfield, en juin, sera axée sur la campagne Benn/Heffer?

- Non, elle sera plus large. C'est un mouvement pour le socialisme, pas un parti politique. C'est en partie à cause du succès rencontré par cette initiative que la campagne pour la direction a été proposée. Mais nous espérons aussi que les idées socialistes se répandront dans le mouvement féministe, écologiste, pacifiste, le mouvement noir et le Parti travailliste lui-même. La campagne Benn/ Heffer concerne tous les membres du LP et les adhérents des syndicats.

• La grève des marins connaît une escalade et prend une importance polltique...

- Ce qui rend cette lutte différente, c'est la dé-reconnaissance du Syndicat national des marins (NUS). La Compagnie maritime P&O, ne veut plus négocier avec le syndicat. C'est la première tentative importante de passer outre les syndicats. Avec la grève des mineurs et celle de Ford, les patrons voulaient battre les syndicats. Maintenant ils veulent les anéantir. Et cela a entrainé une formidable riposte. P&0 a versé 100 000 livres ( 1 livre = 10 FF) au Parti conservateur. Le directeur de la firme a été un des conseillers clés de Norman Tebbit (ancien président du Parti conservateur). les lois anti-syndicales. Nous assistons à des attaques semblables à celles du siècle dernier quand les paysans et les ouvriers étaient déportés en Australie afin de détruire leur mouvement. Nous devons donc mobiliser le soutien maximum pour les marins et leur syndicat. A Chesterfield, par exemple, un marin viendra parler pour notre rassemblement du Premier mai. Tous les membres du Parti travailliste et tous les syndicalistes doivent se prononcer en faveur des marins en lutte.

Propos recueillis par Finn Jensen, le 29 avril 1988.

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