BELGIQUE Sur l'unité des révolutionnaires
Le Bureau politique du Parti ouvrier socialiste (POS), section belge de la IVe Internationale, a adressé, en date du ler mai 1988, une longue lettre au Parti du travail de Belgique (PTB), parti ex-maoïste. Cette lettre a été diffusée massivement lors de la fête organisée par le PTB à l'occasion du ler mai. Le POS y Lance un appel unitaire à former des listes électorales de cartel entre le PTB, le POS et le PCB (Parti communiste de Belgique) et à envisager le cadre d'un parti commu-
La lettre ouverte a eu un large écho notamment auprès de militants syndicaux importants, mais aussi dans les rangs du PTB lui-même. Nous reproduisons, ci-dessous, la dernière partie de cette lettre, qui porte notamment sur l'unité entre révolu-
"Dans une lettre du Comité central (CC) du PTB (adressée au BP du PCB), ces suivante : le PTB et le PCB sont des partis communistes ; le POS, par contre est un parti 'anticommuniste'!
Nous pensons que cela ne constitue pas une présentation exacte de la réalité.
Dans cette analyse du PTB, il y a manifestement deux erreurs.
1. Il n'est pas vrai que le PCB soit un parti révolutionnaire qui prétend préparer la révolution socialiste ; ne dit-il pas de lui-même que son but est l'application d'un programme de réformes pour avancer vers une transformation fondamentale (de la société capitaliste)'. (Louis Van Geyt, président du PCB, interview dans Faits et arguments, périodique bimestriel du PCB,
2. Il n'est pas vrai que le POS serait 'le parti anticommuniste qui utilise constamment 'une terminologie d'extrême-droite' (Ludo Martens dans Solidaire, 23 décembre 1987). La vérité c'est que, dans la lutte des classes courante en Belgique, le POS défend un programme analogue à celui du PTB. La vérité, c'est que tout au long des années 70, le POS a lutté contre l'offensive anticommuniste et anti-URSS de l'impérialisme belge et international. La vérité c'est qu'il y a en Belgique, deux partis révolutionnaires, le PTB et le POS.
Selon Marx et Lénine, la différence essentielle entre révolutionnaires et réformistes tourne autour de la question de l'Etat.
1. Les révolutionnaires reconnaissent que l'appareil d'Etat est exclusivement une machine de domination aux mains de la classe dirigeante.
2. Les révolutionnaires en concluent qu'il est impossible de réformer progressivement cet appareil d'Etat, mais qu'il faut au contraire le démanteler.
3. Les révolutionnaires sont convaincus que la transition du capitalisme au socialisme passera par l'expropriation de la bourgeoisie dominante, comme classe.
4. Les révolutionnaires misent sur la lutte extra-parlementaire des masses en vue de la prise du pouvoir politique et reconnaissent, dès lors, la nécessité de la dictature du prolétariat en tant que période historique de transition vers le socialisme.
En appliquant ces quatre critères fondamentaux, nous constatons que 1) le POS est un parti révolutionnaire, et 2) que les
programmes du POS et du PTB sont identiques sur ces points essentiels.
Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas de divergences politiques importantes entre le PTB et le POS. Le POS insiste fortement sur l'unité du front commun syndical et sur la perspective du gouvernement des travailleurs. C'est-à-dire un gouvernement des grands mouvements ouvriers socialiste et chrétien sans les partis du grand Capital.
Le POS est fermement opposé à ce que les partis politiques manipulent les travailleurs, et se prononce donc en faveur de la plus large démocratie ouvrière dans les syndicats et dans les comités de grève. La reconquête des syndicats ne sera pas l'œuvre du Parti, mais d'un large courant de gauche syndicale, comprenant des militants de la gauche socialiste et chrétienne, du PCB, du POS, du PTB, et les innombrables syndicalistes indépendants sans-Parti.
Le POS insiste sur l'importance de la démocratie et de l'égalité sociale dans la construction du socialisme : d'où par exemple, notre espoir en la révolution sandiniste, notre appui aux mesures démocratiques découlant de la glasnost de Gorbatchev, mais aussi notre opposition à la perestroïka avec ses mesures anti-sociales et pro-capitalistes ; d'où notre soutien a la politique de Lénine entre 1917-1924, et notre opposition au stalinisme dans les années 30-40.
Le POS considère l'URSS, la Chine, l'Europe orientale comme des pays non-capitalistes, en transition vers le socialisme', mais où une caste bureaucratique privilégiée est au pouvoir. Dès lors, nous soutenons les travailleurs et les minorités nationales pour une véritable démocratie socialiste par exemple Solidarité contre le général Jaruzelski.
Le POS considère le PTB comme un parti révolutionnaire. Au fil des années, notre analyse du PTB a changé.
Lorsque le POS tenait son troisième congrès (1976), le PTB (à l'époque encore Amadalpo) soutenait à fond la politique étrangère de la Chine et considérait T'URSS, 'social-fasciste et social-impérialiste', comme l'ennemi principal. Toute la ligne politique du PTB de ces années-là (1973-1981) était imprégnée de l'idée que la question fondamentale était la troisième guerre mondiale et l'invasion imminente de l'armée russe en Belgique. Cela amenait le PTB à se rapprocher politiquement de la bourgeoisie belge, à approuver le budget militaire belge, à exiger la construction d'abris anti-atomiques, à s'opposer à la sortie de la Belgique de l'OTAN, à refuser son soutien à la révolution au Nicaragua (à cause de l'influence russe, par Cubains interposés), etc.
Nous pensions et nous craignions, ce moment-là, que le PTB ne sombre dans une attitude contre-révolutionnaire et anticommuniste, comme cela arriva, à plusieurs partis marxistes-léninistes en Europe occidentale. Ainsi la résolution politique de notre troisième congrès (1976) concluait : 'Sans un tournant politique radical dans sa stratégie, la sectarisation et en fin de compte, la dégénérescence (du
PTB) seront inévitables.' Le PTB a opéré un tournant stratégique, pas à pas, après
1981.
des objectif
POS"