militaires le 13 mai dernier, Mladina, l'hebdomadaire de l'Alliance des jeunes socialistes de Slovénie s'est vu interdire de publier des extraits des minutes de la réunion du Comité central de la Ligue
YOUGOSLAVIE
Répression :
l'armée s'en mêle
"SOUS LA MENACE d'être saisi pour avoir "révélé" des secrets des communistes de Yougoslavie.
Dans ce matériel qui avait été publié dans le numéro 19 de
Mladina, Milan Kucan (responsable du parti) a mis en cause la déclaration sur la situation politique en Slovénie faite par le Conseil militaire.
Michele LEE
OILA L'INTRODUCTION d'une
V pétition qui a commencé à circuler récemment à Belgrade, appelant à la libération de Janez
Jansa, l'un des candidats officiels au présidium de l'Association de la jeunesse slovène, qui a été arrêté à Ljubljana et remis aux mains de l'Armée, sous prétexte qu'il était en possession de documents concernant des secrets militaires. Une campagne de pétitions similaire a également été organisée à Zagreb. Pourtant, en même temps que ces pétitions circulaient, deux autres personnes étaient transférées dans des prisons militaires, Ivan Borstner et David Tasic.
Danger armée !
Les trois arrestations eurent lieu en l'espace de 5 jours. A Ljubljana, un comité pour la justice a été formé pour exiger leur libération. Ce comité a reçu un très large soutien dans toutes les couches de la société slovène, chez les ouvriers, les journalistes, les membres du gouvernement local et les officiels du Parti, l'Eglise, l'Association des écrivains, etc. L'organisation de jeunesse du parti elle-même est intervenue énergiquement, exigeant des explications sur l'arrestation de Jansa, qui est un militant connu, membre du mouvement pacifiste, auteur de nombreux articles sur l'Armée populaire yougoslave et théoricien de l'auto-défense populaire. Beaucoup des articles de Jansa étaient écrits spécialement pour Mladina. De fait, il est un des rédacteurs du journal.
Ces arrestations représentent une attaque flagrante contre Mladina, l'Alliance des jeunes socialistes de Slovénie, et la démocratie yougoslave dans son ensem-
Il semble clair que l'opinion publique yougoslave de tout le pays a pris conscience du danger de l'utilisation de l'armée contre les critiques "indésirables". Dans ce sens, sous le prétexte facile de protection des secrets militaires, on peut passer outre aux autorités locales des républiques. La possibilité d'une kosovisation de la Slovénie est aujourd'hui en débat. (Le Kosovo est une région autonome dont la population est majoritairement albanaise et où les tensions nationales sont constantes). Cela signifie une criminalisation délibérée des revendications embarrassantes et un large recours à la prison.
La pétition mentionnée plus haut exprime "notre solidarité avec les protestations et les revendications (slovènes)". Aussi, "afin de prévenir d'autres utilisations abusives possibles des articles de loi concernant les secrets officiels, d'Etat ou militaires", elle demande à l'Assemblée fédérale d'impulser un large débat sur les implications de ce qui s'est produit en Slovénie. Les réponses en provenance de Ljubljana, Belgrade et Zagreb ont démontré un remarquable degré de solidarité de la part des forces démocratiques en Yougoslavie, à l'intérieur comme à l'extérieur de la Ligue des communistes.
Des rumeurs inquiétantes
Cette vive reaction sexplique également par le tait quau début du mois de mai, des rumeurs bien fondées se sont répandues en Slovénie, disant qu'en mars dernier, l'armée avait projeté une vague d'arrestations dans la république (on mentionnait le nombre de 300 personnes) qui aurait touché toutes les personnalités de la vie publique. La réunion du Présidium du parti à laquelle la pétition se réfère, de même que les minutes de la réunion que Mladina fut empêchée de publier, tout cela se rapporte à cet incident.
Les circonstances de cette affaire n'ont pas été vraiment clarifiées. Ceux qui, initialement, ont rejeté l'idée d'une intervention militaire en Slovénie peuvent aujourd'hui être rassurés sur le "rationnel" de leur attitude. En fait, les déclarations des gens qui ont été témoins de la perquisition des bureaux de Jansa, et celles des rédacteurs en chef et adjoint responsables de Mladina (respectivement Robert Botteri et France Zavrl) (1) montrent qu'aucun matériel suspect ne fut trouvé pendant cette fouille. Par exemple, la feuille de papier confisquée dans un dossier qui était ouvert sur le dessus du bureau de Tasic à Mladina ne portait aucune indication ou tampon indiquant qu'il s'agissait d'un document secret.
La dernière chose dont la Yougoslavie ait besoin c'est d'une armée hors de tout contrôle civil. Tout au contraire, ce dont le pays a besoin par dessus tout c'est de la démocratie. Selon la loi yougoslave les gens accusés d'avoir révélé des secrets militaires peuvent être détenus sans inculpation ni jugement pendant six mois.
Le temps est venu d'abord d'un réexamen critique de la loi et/ou de la coutume qui permet à des organismes informels comme le Conseil militaire d'intervenir politiquement ; et en second lieu de retirer à l'armée son droit de détenir et de juger des civils.
15 juin 1988
1) France Zavrl est lui-même impliqué dans une procédure judiciaire ouverte contre lui sur l'insistance du Procureur public fédéral pour avoir publié un article sur un voyage non officiel de Branko Mamula, qui était alors ministre de la Défense. Intitulé "Mamula, rentre à la maison", l'article condamnait les ventes d'armes yougoslaves au gouvemement éthiopien.