Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

« Ne revenez pas à la maison sans Solidarité ! »

Inprecor n° 273, 3 octobre 1988 · p. 28 · 1 132 mots

Pologne Syndicalisme Femmes

Ne revenez pas à la maison de l'Entreprise départementale des transports en commun (WPKM)

de Szczecin. Une fois n'est pas coutume, cet événement a conduit central de grève de Szczecin (composé de 9 hommes) a consacrer

POLOGNE sans Solidarité !

LES FEMMES constituaient la majorité des grévistes les rédacteurs du bulletin Kurier Strajkowy édité par le comité aux femmes grévistes, un article que nous reproduisons ici. DOCUMENT

D ANS LES DEPOTS de tramways,

les femmes forment la majorité des travailleurs. Nous ne savons pas si cela a facilité au pouvoir, la décision d'y pacifier les grèves. En tout cas, cela ne fait que souligner le caractère barbare de l'action de la milice. Peut être ces messieurs pensaient-ils que leur boulot serait plus facile en s'attaquant à des femmes.

L'honneur perdu de la milice

Malheureusement pour eux, dans les dépôts de Niemierzyn et de Golecin, ils ont vite compris leur erreur. Les uniformes et les armes menaçantes n'ont pas apeuré les cœurs féminins. La milice a dû porter les femmes en dehors des dépôts. Souvent les gaillards armés devaient s'y mettre à plusieurs pour traîner les conductrices de tramway. De telles batailles sont vraiment déshonorantes pour le pouvoir populaire. Mais même Gandhi serait fier de telles combattantes.

Celina Mosa a derrière elle toute la grève. Depuis la pacification du dépôt de Niemierzyn, où elle était membre du comité de grève, en passant par le centre d'information et d'aide où elle s'occupait avec ses amies d'organiser les groupes de grévistes venant des dépôts occupés par la police. Et aujourd'hui ? Elle est bien sûr là où la grève continue, dans le dépôt Dabie, rue Struga.

Qu'en disent leurs familles?

"Les familles se conduisent de manière exemplaire. Mon fils Artur a presque appris à cuisiner, il fait les courses et le ménage. Il se débrouille même avec le chien - prétend-il. Il me rendait visite ici auparavant, il continue à venir. Il comprend que je dois faire ça.

Mais ce n'était pas aussi rose toujours et partout. Souvent, au début, les jeunes femmes venaient voir en pleurs leurs maris en grève pour les disputer. Il y avait des pleurs et des cris. Il fallait expliquer, convaincre. Et aujourd'hui, vous n'allez pas me croire, mais ce sont souvent elles qui viennent voir les grévistes et crient : sans Solidarité ne revenez pas à la maison! "

s'agitent autour des questions "d'hommes". Les négociations avec la direction, le dialogue. Eugeniusz Gierczak cite un fait curieux : les syndicats officiels font partie de la commission de médiation en tant que représentants de... la direction.

"Ils n'ont pas remarqué cette, ment dire... inconvenance et on laissera à l'histoire un document officiel sur les discussions entre les ouvriers et la direction appuyé Comment vont-ils s'en sortir ? Mais de toute façon comme leur président Marian Kowalewski prend part à l'attaque contre les grévistes aux côtés de la milice..." Le président du comité de grève Romuald Ziolkowski et Miroslaw Kedzierski soulignent la maturité politique des grévistes: "Ils sont prêts à laisser tomber les autres questions sur l'autel du pluralisme. Les salaires ne sont pas le seul enjeu. Ils voient les problèmes des retraités, des pensionnés, des travailleurs de la santé et d'autres."

Le dernier carré

Et estiment-ils à sa juste valeur le rôle des femmes?

"Les hommes? Bien sûr - répond Celina. Si encore ils voulaient bien mettre un peu d'ordre autour d'eux. C'est important lorsque tant de personnes sont concentrées en si peu d'espace. Mais on se comprend. Les copains me disent: 'T'en fais pas, on se débrouillera pour être dans la même cellule.''

Le dépôt de Dabie est le dernier carré de la grève de WPKM, le plus fort. Il y a là des gens de tous les dépôts, les récits impressions "Discutez avec Maryla Pozniak, Pogodno. C'est quelqu un ! Toute la nuit elle était dans la grève de l'entreprise ZB Kol. Au moment où la grève commençait à flancher, elle a couru jusqu'au SOS et y a trouvé quinze personnes.

Elle expliquait, encourageait. Les ouvriers étaient impressionnés par cette blonde menue qui a laissé deux enfants à la maison. Le lendemain ils étaient déjà plusieurs dizaines à occuper l'entreprise. Et Wanda Jarocka de Niemierzyn, son enfant doit se débrouiller seul à la maison. Ou encore Ewa Walicka, véritable étincelle de bonne humeur, qui remonte le moral de tous. Personne ne sait quand elle dort et personne ne l'a entendu se plaindre de la fatigue."

Parmi les revendications de WPKM il y en a une qui ne concerne que les temmes : lexigence d'une journée de travail de six heures, payées huit, pour elles. "Six heures par jour? Je pense que cela devrait aller de soi - dit Celina. Je préférerais ne pas être obligée de travailler et en plus de m'occuper des enfants, comme ma grand-mère. Je travaille souvent de 4 heures du matin jusqu'à 17 heures. Et après, encore les courses, courir comme un chameau jusqu'à la maison, préparer le repas du lendemain, un peu de sommeil et de nouveau au boulot. Où y a-t-il une place pour les enfants? Absurdes, nos revendications salariales? Moi, j'avoue, je dépasse les 70 000 zlotys par mois, pour 280 heures mensuelles, et tout le salaire va.. pour la nourriture."

Un bougeoir en forme de V ... comme Victoire

"Je ne me rendais pas compte à quel point l'organisme humain peut être fort -répond Celina. Je viens opération gynécologique. Je ne dois pas prendre froid, ni me baigner bien que j'adore la natation. J'ai passé tout l'été à l'hôpital. Les copains le savent et, au début, ils me ménageaient. Et alors? Les nuits froides, la fatigue : les quatre premières nuits, j'ai dû dormir en tout et pour tout une heure et demie et rien. Je n'utilise même pas la vibramycine qu'on a arrangé pour moi."

A la fin nous visitons la chapelle improvisée dans le lavoir des bus. La croix, devant un bus, l'autel fleuri, un bougeoir en forme de V fabriqué avec deux pistons. Le père Marian, de l'église du quartier Sloneczne, qui rend aux grévistes a déjà annoncé qu'il trouvera plus tard une place de choix pour ce bougeoir. Dans cette chapelle, il y a chaque jour des prières et une messe. On peut également y écouter des chansons et de la guitare, grâce aux fréquentes visites de jeunes de l'Oaza du quartier.

Celina Mosa ne va pas souvent à ces rencontres chantées. "Certaines chansons - surtout La Vierge noire - me font pleurer et je dois m'enfuir lorsque je sens mes yeux se mouiller"

Mais nous savons déjà, pour ce qui est des femmes de WPKM, il ne s'agit pas là d'un signe de faiblesse.

Traduit de Kurier Strajkowy, numéro 9 du 28 août 1988 journal du Comité de grève inter-entreprises de Solidarité de Szczecin

Une erreur sur cette page ?