1988-1992" que l'on peut comprendre comme le plan quinquennal
ETAT ESPAGNOL
L'austérité fardée
DANS LE CADRE DE L'ELABORATION du budget de 1989, le gouvernement de Felipe Gonzalez a présenté un volumineux travail sur le "scénario macro-économique et budgetaire des socialistes. L'objectif de l'article que nous reproduisons ci-dessous est d'exposer et analyser les traits fondamentaux de ce scénario, en faisant ressortir ses objectifs politiques et ses conséquences pour les travailleurs.
Cet article a été publié conjointement dans le journal du
Mouvement communiste (MC) Hacer et dans celui de la LCR, Combate.
Jesus ALBARRACIN
Pedro MONTES
A REPRISE ECONOMIQUE de ces trois dernières années et leuphorie qu'elle a engendrée, ont amené le gouvernement à projeter comme tendance les résultats de la période récente. Le document dont il est question ici le reconnaît en affirmant :
"le scénario macro-économique attribue donc un caractère de permanence aux principaux traits de l'évolution macro-économique que l'on peut voir dans l'économie espagnole en 1986-1987". Mais c'est malheureusement là le point faible de l'histoire.
Projeter que l'activité économique maintiendra durant les quatre années qui viennent une croissance soutenue et relativement haute — de l'ordre de 4% du PIB — est un exercice assez risqué, pour les raisons suivantes:
Un scénario peu probant a) L'économie mondiale est grosse
L'évolution après le d'une récession.
krach de l'automne passé a été, à la grande surprise de tous, plus favorable que prévue, mais le panorama économique reste toujours sombre : forts déséquilibres internationaux, instabilité financière, dette du Tiers-monde, tensions inflationnistes, déficits extérieur et budgétaire américain, etc. Une récession va se produire et il est assez peu sensé de penser que le capitalisme espagnol pourra y échapper. Les exportations auront du mal à atteindre la croissance prévue de 8%, et les investissements se ressentiront du climat international.
b) La croissance prévue pour l'investissement au cours de ces quatre années qui tourne aussi autour de 8% — paraît excessive si l'on prend en compte l'environnement intérieur, sans même parler des problèmes mentionnés antérieurement. Le niveau élevé d'investissements de la période précédente doit nous conduire à des situations d'excédents de capacité. D'autre part, les entreprises ont épuisé leur capacité autonome de financement à travers les importants bénéfices obtenus et dépendront chaque fois plus de financements extérieurs, dont les conditions ne seront pas particulièrement stic) En effet, la politique économique implicite dans le scénario élaboré par le gouvernement, a un caractère restrictif. Pour essayer de contenir l'inflation dans les 3% prévus, un objectif que l'on peut considérer comme irréaliste ainsi que le montre l'expérience de cette année, il faudrait mettre en place une politique monétariste dure, politique qui sera également nécessaire en raison de la forte détérioration de la balance des paiements comme le prévoit le projet.
Les taux d'intérêts intérieurs devront être relevés pour satisfaire à l'exigence de stabilité des prix et pour faciliter l'entrée des capitaux qui financent le déficit extérieur. Et c'est là un financement qui se fait au détriment de l'investissement.
Tassement du cycle d'expansion
Pour ce qui est de la politique fiscale, la correction du déficit public prévu — il aura pratiquement disparu en 1992 — entraîne également une politique restrictive, contraire au maintien d'une croissance soutenue.
d) L'expansion de la consommation privée — presque 3,5% par an — est basée sur une évolution des prix, une croissance de l'emploi et une distribution des revenus qui ne semblent pas très cohérentes. Il faut prendre en compte que les pronostics sur le PIB ne se realisant pas, à cause des facteurs que nous avons considérés, cela aura des conséquences sur la non-réalisation des prévisions sur la consommation, qui dépend fondamentalement des revenus.
Ces réserves sur les estimations des principales composantes de la demande jusqu'en 1992, mettent en lumière la faible probabilité que se réalise la croissance escomptée du PIB. Il faut, d'un autre côté, examiner lévolution récente pour voir dans quelle mesure il est justifié de déduire de la situation actuelle, une prolongation de la croissance économique.
Comme on le sait, certains analystes y compris dans l'administration socialiste, ont attiré l'attention sur le tassement de ce cycle d'expansion et l'imminence d'une récession. D'autres, en revanche, soutiennent que l'activité se maintiendra avec vigueur.
Durcissement de la politique économique
Nous avons quant à nous, une position intermédiaire. Il semble indiscutable d'affirmer que la croissance économique a aujourd'hui perdu de sa force par rapport à la période plus favorable du cycle — qui se situe entre les derniers mois de 1986 et les premiers de 1987 — mais on ne peut prévoir, avec l'ensemble des informations dont nous disposons, une entrée rapide dans la récession.
La croissance de l'économie n'atteindra sans doute pas les 4% annuels qui sont prévus pour les quatre prochaines années, mais à partir du niveau actuel, la baisse de croissance se fera en douceur.
On doit préciser deux choses. Il faut écarter l'idée que l'activité économique pourrait entrer dans une période plus favorable que celle d'aujourd'hui.
Les indicateurs ne vont pas dans ce sens et, en tous cas, ce qui est en marche, c'est un durcissement de la politique économique, avant-goût des menaces que le des Finances, Solchaga, a lancées et qui sont les conséquences de l'incapacité du gouvernement à remplir ses objectifs en matière d'inflation. D'autre part, il ne faut pas écarter qu'à un moment quelconque, puisse se produire une commotion économique internationale avec d'inévitables répercussions à l'intérieur du pays qui pourraient provoquer une détérioration rapide de la situation et du climat économique, fait qualitativement différent des répercussions négatives d'une récession internationale. Le système se meut dans des conditions si instables et potentiellement si déstabilisatrices qu'il faut considérer comme une possibilité le déclenchement d'une grave convulsion.
Ainsi donc, la conjoncture actuelle, sans contredire de front les projections du gouvernement, n'offre pas non plus une base à partir de laquelle on pourrait atteindre les objectifs énoncés. Quatre années de relative expansion à partir de mainte-
nant, c'est bien long pour les maux profonds qui existent.
Examinons maintenant les variables fondamentales pour les travailleurs : les salaires et l'emploi, qui constituent le point clé des "cohérences" que recherche et tente de stabiliser le scénario, et des conséquences politiques que le gouvernement veut en tirer.
Selon lui, la croissance du PIB avec une moyenne annuelle de 4% permettra une croissance de l'emploi à un rythme de 2,5%, par an, ce qui correspond plus ou moins à une création de 300 000 postes de travail chaque année. En conséquence, on s'attend à ce que la productivité ne croisse, elle, que de 1,5%, ce qui suppose un taux inférieur à ceux qui furent enregistrés dans le passé récent, mais que le gouvernement considère comme raisonnable ("Dans les prochaines années, revanche, les améliorations de la productivité qui seront obtenues devront se faire dans le contexte d'une expansion substantielle de l'emploi") bien que l'augmentation de la productivité soit l'un des objectifs fondamentaux de la politique économique et soit le but qui oriente toutes les mesures prises pour parvenir à une flexibilité du marché du travail.
L'inflation programmée pour les quatre années qui viennent, est comme nous l'avons dit, de 3%. Si le salaire nominal moyen croît seulement de 1,1% au-dessus de l'inflation, le pouvoir d'achat des travailleurs augmentera de 1,1% par an, grâce à quoi ils bénéficieront d'une bonne partie des 1,5% d'augmentation de la productivité. Si l'on prend en compte le fait que Temploi salarié, selon le gouvernement, s'accroîtra plus que l'emploi total, cela signifie que le nombre des non-salariés diminuera, et donc que la part des salaires dans le PIB augmentera de 1% pendant ces quatre ans.
Arguties pour vendre l'austérité
En conclusion, si les travailleurs admettent l'austérité et se satisfont d'un point au-dessus de l'inflation prévue, amélioreront leur pouvoir d'achat et leur part du PIB, et 300 000 postes de travail par an pourront être créés. Quelqu'un pourrait-il offrir plus en période de crise ? L'extrapolation des tendances actuelles et les inventions du gouvernement servent donc à justifier la politique d'austérité et vendre les bienfaits que sont censés en obtenir les travailleurs.
Les plans du gouvernement appellent quelques commentaires. Il faut commencer par dire que même si toutes ces hypothèses se vérifiaient, et que 300 000 des travail étaient effectivement crées per an, le chômage ne se réduirait que très modérément, puisque la population active continuerait de croître. De plus, ces plans ne se concrétiseront jamais puisque ce ne sont que des arguties pour vendre l'austérité.
Pour ce qui est de la productivité en 1987-1988, elle s'est accrue respective-
BENEFICES BRUTS ment de 2,1% et 1,8%, taux inférieurs à ceux enregistrés dans le passé. La raison en est qu'au début d'une reprise cyclique l'emploi tend à croître au détriment de la productivité, puisque l'intérêt des capitalistes est de mettre à fonctionner à plein les machines qui auparavant étaient à mirendement.
Diminution du pouvoir d'achat des travailleurs
Au fur et à mesure que diminuent les capacités productives oisives, l'emploi tend à augmenter moins rapidement, parce que le nouveau processus d'accumulation tend à remplacer la force de travail par des machines. C'est-à-dire que la productivité remonte de nouveau, mais au détriment de l'emploi. Résultat, même si le PIB croît de 4%, il ne tient pas debout de dire que l'emploi augmentera lui de 2,5%, autrement dit, ces 300 000 postes de travail annuels ne verront jamais le jour.
Passons maintenant aux salaires. Nous avons signalé plus haut qu'il sera difficile de s'en tenir aux 3% d'inflation taux sur lequel le gouvernement prétend élaborer sa politique salariale. Si font confiance ils perdront de leur pouvoir d'achat et n'en gagneront pas, contrairement à ce que prétend ce dernier, même si les prévisions d'inflation étaient justes. Si les travailleurs n'obtiennent qu'un pourcent au-dessus de l'inflation prévue, comme le recommande le gouvernement, la part des salaires dans l'économie non seulement ne s'accroîtra pas, mais au contraire, diminuera.
En effet, un pourcent de plus serait l'augmentation de pouvoir d'achat obtenue par les travailleurs à emploi fixe, conservant leur poste de travail, qui constituent une catégorie diminuant rapidement d'année en année et que le gouvernement prétend réduire encore avec le plan d'emploi pour les jeunes. La substitution de l'emploi fixe par des emplois temporaires, ou des personnes qui prennent leur retraite par des jeunes, implique une réduction importante des coûts salariaux pour les patrons et, par conséquent, une réduction de la part moyenne des salaires dans l'économie. Donc, il ne faut pas s'attendre à ce que l'ensemble de la classe ouvrière obtienne un gain de pouvoir d'achat, mais au contraire, une perte.
SACRIFICES De même qu'on ne peut se fier à la prévision sur l'inflation, qui n'est jamais un engagement, mais une formule élaborée pour parvenir à une diminution du pouvoir d'achat des salariés, les plans concernant l'emploi, la productivité et la hausse du pouvoir d'achat ne se réaliseront pas davantage, leur objectif étant seulement de faire admettre la politique d'austérité. Les plans du gouvernement, ne permettront pas de créer 300 000 postes de travail par an, parce que le PIB augmentera de moins de 4% par an et la productivité, elle, de plus de 1,5%. Il n'y aura pas gain de pouvoir d'achat, car la réduction de l'inflation ne sera pas aussi importante que le prétend le gouvernement. En conséquence, ce n'est pas la part des salaires dans le PIB qui augmentera, mais celle des bénéfices, ce qui constitue le véritable objectif de la politique économique du gouvernement.
Seule certitude:
la rigueur salariale
Dans le document que nous commentons, il existe un contraste accusé entre le manque de certitude d'atteindre les objectifs fixés par le scénario et la fermeté avec laquelle est soulignée la nécessité du maintien d'une politique de rigueur salariale pour y parvenir.
C'est dans ce contraste que réside le piège politique des plans du gouvernement. Il demande à ce que les salaires évoluent de façon à ne pas mettre en danger les prévisions sur l'inflation, mais il n'y a aucune garantie que les hausses de prix s'ajusteront effectivement aux prévisions (comme ce fut le cas cette année), pas plus qu'il n'est garanti qu'on atteindra la croissance prévue et encore moins que les emplois augmenteront, tel que déduit des hypothèses avancées par le document, ou que la distribution des revenus se maintiendra.
Le gouvernement prétend obtenir un chèque en blanc des travailleurs en échange de vagues promesses qui, dans le meilleur des cas, ne signifient en rien une amélioration de leur situation. Des promesses et des prévisions du gouvernement socialiste, il n'y a rien d'autre à découvrir.
6 octobre 1988