RAREMENT événement politique aura-t-il suscité une convergence aussi paradoxale de réactions positives ! La 19e session du Conseil nationale palestinien (CNP) de l'OLP, qui s'est tenue à Alger du 12 au de la majorité des masses de Cisjordanie et de Gaza en lutte contre l'occupation sioniste. La même session du CNP s'est vu décemer un satisfecit unanime des puissances impérialistes, depuis le "c'est très, très bon" de George Bush, jusqu'à la salutation officielle de la CEE.
PALESTINE
La proclamation
de l'Etat palestinien
15 novembre, a provoqué l'espérance et un regain de combativité Salah JABER
UIPROQUO monumental ou réactions croisées à des décisions différentes, elles-mêmes contradictoires ? En réalité, la direction bourgeoise de l'OLP a transmis, au nom du CNP, deux messages divergents destinés à deux audiences antagoniques. Le premier message était adressé aux masses de l'intifada : Arafat a proclamé "au nom de Dieu et du peuple arabe palestinien, l'instauration de l'Etat de Palestine". Il répondait ainsi à l'attente des habitants de Cisjordanie et de Gaza, dont le soulèvement contre l'occupant entame, ce 9 décembre, sa deuxième année.
L'objectif de l'intifada
L'objectif central, immédiat presque, de l'intifada est d'obtenir l'évacuation par les sionistes des territoires qu'ils occupent depuis juin 1967, sans pour autant que ceux-ci retombent sous la tutelle répressive d'un quelconque régime arabe. Elle aspire à l'instauration d'un pouvoir palestinien libre sur ces portions de la Palestine où les Arabes palestiniens sont encore l'écrasante majorité, après plus de vingt ans d'occupation et de colonisation. Elle s'est dotée des organes d'un véritable pouvoir clandestin : les comités populaires qui organisent le combat des masses à la base, mais aussi divers aspects de leur vie au quotidien, et qui sont coiffés par une Direction patriotique unifiée, cartel des tendances agissantes sur le terrain et représentées au sein de l'OLP à l'extérieur.
La proclamation par l'OLP de l'Etat palestinien, conforme en partie aux aspirations des masses de l'intifada, était devenue à la fois indispensable et plus aisée depuis la décision du roi Hussein de Jordanie, en juillet dernier, de renoncer à la Cisjordanie qui avait été annexée par son royaume à la suite de la première guerre israélo-arabe de 1948. Cette décision, motivée par l'effet dissuasif de l'intifada, créait un vide juridique que l'OLP ne pouvait éviter de remplir. Elle ôtait, en outre, à la proclamation d'un Etat palestinien, le caractère de défi à la monarchie d'Amman et à ses alliés réactionnaires qu'elle aurait pu avoir si elle était survenue auparavant.
La déclaration du 15 novembre était néanmoins acompagnée d'un message d'une toute autre signification, adressé celui-ci à Washington, à l'Europe impérialiste et aux sionistes "modérés". Le texte même de la proclamation lue par Arafat contient un refus de toute "utilisation de la violence ou du terrorisme" contre l'Etat certes, mais aussi contre "tout autre Etat" ! La condamnation du "terrorisme" est réitérée dans la résolution politique du CNP, là où celle de la session précédente (avril 1987) réaffirmait "le droit légitime de notre peuple d'exercer la lutte armée contre l'occupation sioniste raciste".
La nouvelle résolution réaffirme le principe de la "confédération" palestinienne, adopté par le CNP en 1983 en écho au plan Reagan préconisant une "entité palestinienne liée à la Jordanie". Elle réitère l'appel à une "conférence internationale" sous l'égide des grandes puissances pour régler le conflit israélo-arabe.
La résolution 242
Cependant, tandis qu'en 1987 une "paix juste et durable" devait être fondée sur le "droit au retour" des Palestiniens expulsés en 1948 et le droit à l'autodétermination du peuple palestinien, la nouvelle résolution stipule qu'outre ce dernier droit, "la conférence internationale se réunira sur la base des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité" (de l'ONU).
Pour mesurer l'importance de cette innovation, il faut savoir que les organisations palestiniennes se sont construites après 1967 contre la résolution 242 (novembre 1967), en dénonçant comme capitulard et traître tout régime arabe y souscrivant. Le représentant de l'OLP à Paris, Ibrahim Souss, a d'ailleurs parfaitement raison lorsqu'il affirme candidement que "la déclaration politique du CNP annule la charte de l'OLP" (Le Monde du 22 novembre 1988). En effet, la résolution 242 prévoit qu'en échange du retrait israélien "de territoires occupés" en 1967 (et non de tous les territoires), il y aura "cessation de toutes revendications ou états de belligérence", ainsi que reconnaissance de chaque Etat de la région et de son "droit de vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues, à l'abri de menaces ou d'actes
Dans ce but, la résolution 242 prévoyait des "mesures comprenant l'établissement de zones démilitarisées". Sans même mentionner le peuple palestinien, elle se contentait de préconiser "un juste règlement du problème des réfugiés". nière formulation est reprise, pour la première fois, par la nouvelle résolution du CNP qui ne mentionne plus explicitement le droit au retour.
Faut-il rappeler que l'OLP comme le Fatah ont été fondés bien avant 1967 pour, comme leur nom l'indique, la "libération de la Palestine" dont la Cisjordanie et Gaza ne constituent que 20% du territoire ? C'est un véritable effeuillage politique que la direction bourgeoise de l'OLP a accompli au fil des ans, de sorte qu'elle n'a plus aujourd'hui pour couvrir sa nudité qu'un "rameau d'olivier".
Les intégristes
Malheureusement pour elle, les dirigeants israéliens et américains restent de marbre, car ils savent que la direction Arafat ne peut se porter garante de la docilité des Palestiniens. Le rapport des forces réel leur permet d'être intransigeants. C'est pourquoi il est possible d'affirmer que, par sa nouvelle capitulation, la direction de l'OLP s'est une fois de plus engagée dans une impasse.
Les masses palestiniennes tireront elles-mêmes cette leçon évidente : seule même aujourd'hui d'attirer ceux qui, de plus en plus nombreux notamment parmi les réfugiés de 1948 (la grande majorité des Palestiniens), perdent toute illusion quant à la direction de l'OLP, n'est autre que le courant intégriste islamique.
Hamas (acronyme du Mouvement de la résistance islamique, agissant à Gaza et en Cisjordanie) a appelé à trois jours de deuil en réaction à la reconnaissance de l'Etat sioniste par l'OLP. Là comme ailleurs, les intégristes expriment de manière dévoyée une certaine radicalisation. Hamas rejette "toutes les propositions de paix et de conférences internationales" et appelle à la "guerre sainte" pour un "Etat musulman sur toute la Palestine". Le défi est considérable pour les révolutionnaires, palestiniens, israéliens et arabes.
24 novembre 1988