Inprecor 1974–2004

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PAKISTAN

L'héritage empoisonné

· Inprecor n° 278, 13 décembre 1988 · p. 3-5 · 3 331 mots

Inde et Asie du Sud Afghanistan Économie mondiale Syndicalisme

ZULFIKAR ALI BHUTTO, seul Premier ministre élu de toute l'histoire du Pakistan, était renversé par le général Zia Ul Haq, en juillet 1971.

Onze ans après, sa fille Benazir Bhutto, à la tête du Parti populaire du

Après de nombreuses années en exil, à la suite de l'exécution de son père en 1979, Benazir Bhutto est rentrée au Pakistan en avril 1986, depuis le coup d'Etat. Elle était alors accueillie par près d'un million de personnes à l'aéroport. Dans les semaines qui ont suivi, Benazir a

La disparition subite de Zia, au mois d'août demier, avec la moitié de

Mais Benazir a fait un héritage empoisonné : faillite économique,

Quant aux masses populaires, elles attendent beaucoup du nouveau

Premier ministre. A ce propos, Tariq Ali, auteur de plusieurs livres sur

PAKISTAN

L'héritage empoisonné

Pakistan (PPP) a remporté les élections du 16 novembre 1988 et vient de former le gouvernement.

juste après la grève générale de mars 1986, la première rassemblé des foules immenses, notamment à Karachi, centre industriel, où 2 millions de personnes se sont réunies.

Mais ces mobilisations populaires n'ont pas suffi à renverser la dictature.

son état-major et l'ambassadeur des Etats-Unis, dans un obscur accident d'avion, a ouvert le chemin du pouvoir à Bhutto.

dépendance totale par rapport aux Etats-Unis, divisions ethnico-religieuses. Il faut y ajouter le problème afghan.

le sous-continent indien, a répondu aux questions d'Inprecor.

• INPRECOR : Comment la campagne électorale s'est-elle déroulée ?

— Tariq ALI : Une semaine avant les élections, la Cour suprême du Pakistan a décidé que seuls ceux qui étaient en possession d'une carte d'identité pouvaient participer au vote. Dans un pays où l'écrasante majorité de la population (70%) vit dans les campagnes, cette décision revenait en fait à supprimer le droit de vote à une frange importante de l'électorat, surtout aux pauvres des régions rurales et aux femmes. La participation a donc été très faible, environ 40%. Dans les deux élections précédentes, avant le coup d'Etat de

Zia, la participation était très élevée, entre 80 et 90%

Un second point qu'il faut souligner c'est que le Parti populaire pakistanais

(PPP), principale force d'opposition aux militaires, a suivi un cours très modéré, révisant à la baisse la plupart de ses propositions. En matière de programme social et économique, les choix étaient très limités. Il n'y a donc pas eu de mobilisation de classe au niveau du vote. Tout au plus, peut-on dire qu'en majorité, les pauvres ont voté pour le PPP.

Une dernière remarque importante, le

PPP a été le seul parti politique qui a gagné des voix dans les quatre provinces du pays. Dans la province du Sindh, au sud du pays, le PPP a remporté tous les sièges et n'a laissé aucune chance aux partis réactionnaires islamistes. Tous les seigneurs locaux traditionnels ont perdu les élections dans le Sindh. On peut donc dire que dans cette province, la mobilisation a eu un caractère autant nationaliste que populiste, la population du Sindh a voté pour placer la fille de Bhutto au pouvoir.

• Zia était opposé à la participation des partis aux élections, pourquoi ses successeurs ont-ils changé d'avis ?

- Tout simplement parce que tout l'état-major avait disparu. Il n'y avait aucune autre alternative crédible. Un nouveau coup d'Etat militaire aurait été totalement contre-productif. (1)

Par ailleurs, le pouvoir était conscient du danger d'éclatement, dans un pays où les tensions nationales sont si fortes, s'il n'y avait pas d'élections correctes. La province du Sindh, au moins, aurait pu faire sécession.

Ceci dit, le pouvoir a tout fait pour barrer la route à Bhutto, en l'empêchant par exemple d'avoir accès aux médias contrôlés par l'Etat.

Durant 11 ans, le régime militaro-bureaucratique d'Islamabad a répété que le "bhuttoïsme" était mort; que le PPP n'était plus qu'un cadavre; que les nouvelles figures du régime, comme Muhammed Khan Junejo ou Fakhr Imam représentaient l'avenir; qu'une jeune femme ne pourrait jamais gagner le respect, et encore moins les voix, des pieux musulmans; que la population avait oublié le passé ; que le général Zia était un homme d'Etat sobre et digne qui avait ramené la stabilité dans le pays. Washington et Londres ont beaucoup fait pour donner de la crédibilité à cette propagande officielle. Avec beaucoup de désinvolture, les journalistes occidentaux les ont docilement suivis. Aujourd'hui, l'électorat pakistanais a fermement rejeté l'héritage de Zia.

• Quels étaient les thèmes de la campagne du PPP ?

— La campagne était essentiellement basée sur l'alternative démocratie ou dictature. Il ne s'agissait que de cela et la population a fait un choix très clair là-dessus. Huit des ministres du cabinet fédéral ont perdu leur siège. Les Pakistanais ont donc voté contre l'héritage de Zia, contre l'intégrisme, contre la loi coranique, pour avoir le droit de respirer à nouveau. C'était le principal contenu de la campagne.

• Peut-il y avoir de réels changements à ce niveau ?

— Dès qu'elle est arrivée au pouvoir, Bhutto a donné l'ordre de libérer tous les prisonniers politiques, la peine de mort pour les délits politiques a été abolie, des mesures ont été prises pour permettre le retour des exilés, le Trust national de la presse, l'organe à travers lequel le gouvernement contrôlait l'ensemble de la presse, va être aboli. Donc à ce niveau, certains changements importants sont en route. Mais vu l'étendue du problème, il ne faut pas se faire beaucoup d'illusions.

La personne qu'elle a choisie pour être ministre de l'Intérieur et de la Justice, Aitzaz Ahsan est un avocat très respecté et connu pour sa lutte pour les droits de l'Homme. Il a été lui-même emprisonné 11 fois sous l'ancien régime. C'est un homme de principes. Il est donc très significatif que ce soit lui qui ait été choisi pour cette tâche. Il aura en charge la direction de la police, la réforme de la justice et la rédaction de la nouvelle constitution et tout le monde attend beaucoup de lui.

Elle a déclaré par ailleurs que les lois coraniques édictées par Zia allaient être supprimées et que tous les droits des femmes allaient leur être restitués.

• Et au niveau social ?

— Le PPP n'a pas fait beaucoup de promesses sur le plan social. Il est vrai,

1) Voir l'article de Tariq Ali, dans Inprecor numéro 271, du 5 septembre 1988.

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cependant que l'un des points les plus radicaux du manifeste électoral du PPP portait sur la question cruciale de la réforme agraire. Une telle réforme apporterait un énorme soutien populaire, surtout dans la paysannerie, à Benazir. Elle aurait alors également le soutien des simples soldats qui viennent en majorité des régions rurales. Mais les grands propriétaires terriens dont certains sont membres de son propre parti la laisseront-ils faire ? Nous verrons si elle aura la possibilité de la faire appliquer.

• Bhutto a-t-elle également pris position en faveur des libertés syndicales ?

- En effet, les libertés syndicales vont être restaurées. Mais dans les conditions économiques actuelles, les syndicats vont se développer tout en devant rester prudents. Ce qui va se passer lorsque les syndicats vont se construire, c'est qu'ils seront confrontés à des lock-outs, dès qu'ils tenteront de mettre sur pied la moindre grève.

Il n'y a pas encore de noyaux syndicaux consistants et il ne faut pas non plus s'attendre à la construction de partis des travailleurs à court terme.

Il ne faut pas s'attendre à une grande évolution à ce sujet dans l'année à venir. Ali Bhutto, le père de Benazir, avait à un certain moment nationalisé quelques industries. Mais elle n'est pas en position d'en faire autant.

• Il semble que son succès électoral ait été plus limité que prévu ?

- Essentiellement à cause de la décision de la Cour suprême qui a privé le PPP d'une partie de ses électeurs potentiels, les ruraux pauvres et les femmes.

Dans la province du Sindh, le PPP a balayé les mollahs. Junejo, Jatoi, personnalités importantes du régime, et le Pir de Pagara (un devin religieux pro-Zia) ont subi des défaites personnelles humiliantes.

Dans la province de la Frontière, au Nord-Ouest, le PPP a gagné 6 sièges aux dépens du groupe nationaliste radical de Wali Khan. Le PPP a même pu gagner un siège au Baloutchistan, ce qui n'est pas une mince affaire.

Plus de la moitié des sièges au Parlement sont cependant occupés par les représentants du Pendjab. Là aussi le PPP a été victorieux. Beaucoup des hommes de Zia, y compris Fakhr Imam, ont été éjectés. Mais au lieu du raz-de-marée électoral attendu, le PPP n'a pu remporter qu'une petite majorité. A côté du faible taux de participation, il faut y voir le résultat des manœuvres et des intimidations adroitement orchestrées en coulisse, par le pouvoir.

Le protégé de Zia, Nawaz Sharif, principal dirigeant de l'Alliance démocratique islamiste (IDA), s'est présenté dans 4 circonscriptions, en a perdu 2 et n'a pu gagner qu'à Lahore, grâce aux manipulations sur les cartes d'identité.

• Le PPP n'ayant pas obtenu la majorité absolue, le pouvoir a tenté de manœuvrer pour désigner Nawaz Sharif comme Premier ministre ?

- Certains des éléments les plus conservateurs ont en effet tenté de faire nommer Sharif à la place de Bhutto. S'il y avait eu le moindre doute quant à l'issue générale du scrutin, des éléments de la bureaucratie et des services secrets, qui avaient orchestré la campagne de la droite, auraient pu tenter de faire pression sur les nouveaux élus et de les attirer dans leur camp par l'intimidation. Mais dans

Benazir Bhutto les circonstances actuelles, une telle manœuvre aurait provoqué une véritable explosion de colère populaire et aurait eu des conséquences très graves.

Le PPP a tout de même pu obtenir la majorité absolue grâce au ralliement de certains indépendants. Il a également gagné 11 des 20 sièges réservés aux femmes. Benazir a donc été nommée Premier

Par ailleurs, le Parti Mahadjir Quami (QMP) a également décidé de faire partie de la majorité gouvernementale. Il s'agit des descendants des réfugiés musulmans qui sont arrivés au Pakistan après la partition du sous-continent indien en 1947. Ce groupe, essentiellement basé à Karachi, est en conflit permanent avec la population locale et se considère toujours comme opprimé. Ces réfugiés se sont donc constitués en organisation indépendante sur la base de revendications très régionalistes, et sous leur pression, l'un des partis islamistes importants, le Jamaat-i-Islami a perdu toute son influence dans la région. Le QMP a donc gagné la plupart des sièges à Karachi et a annoncé son soutien au nouveau gouvernement ce qui est assez important du point de vue des rapports de forces.

• Lors des élections provinciales du 19 novembre, qui ont suivi les législatives, l'IDA semble avoir obtenu de meilleurs résultats, comment peut-on l'expliquer ?

— En réalité, l'IDA n'a amélioré son score que dans la province du Pendjab. Au Sindh, elle n'a pas gagné un seul siège ; elle a gagné quelques sièges au Baloutchistan et à la Frontière. Mais dans cette dernière province le PPP a fait alliance avec le Parti national Awami (ANP) et a formé le gouvernement. Au Pendjab, la situation est un peu confuse, car bien qu'arrivée en tête en tant que groupe, l'IDA a eu des problèmes pour former le gouvernement, ce qui a été un coup très dur pour ce parti. Ses partisans se sont plaints des intimidations, de la corruption et des chicaneries locales. Mais il faut attendre pour voir comment cela va se développer.

• Après sa victoire électorale, Bhutto a dû négocier avec les militaires pour obtenir son investiture. Quelles concessions a-t-elle faites ?

- Il y a eu d'intenses tractations après les élections et le chef de l'armée, le général Aslam Baig a joué un rôle prépondérant dans ces négociations, ainsi que... l'ambassadeur des Etats-Unis ! En fait si l'on étudie la façon dont a évolué la politique au Pakistan ces 12-15 dernières années, il apparaît très clairement que ce pays est devenu une néo-colonie des Etats-Unis, en Asie. C'est probablement l'un des seuls pays asiatiques qui a des rapports aussi étroits avec les EtatsUnis. On peut comparer cela avec les relations qu'avait Marcos aux Philippines, avec les Etats-Unis. L'ambassadeur américain était presque l'une des principales personnalités politiques du pays. Et il agissait assez ouvertement dans ce sens. A mon avis, le Pakistan aurait eu de meilleures chances s'il avait été formellement intégré dans les Etats-Unis comme 5le Etat fédéral !

Les principaux sujets de négociation étaient l'Afghanistan et le programme du Fonds monétaire international (FMI) que le régime précédent avait déjà commencé à mettre en route.

Le général en retraite Yakoub Khan, ancien ministre des Affaires étrangères du général Zia, a gardé son poste dans le

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nouveau gouvernement de Benazir Bhutto. C'est le prix qu'elle a dû payer pour devenir Premier ministre.

• La politique extérieure du gouvernement Bhutto, surtout par rapport à l'Afghanistan, va-t-elle demeurer identique ?

- Non. Durant la campagne électorale, les intégristes islamiques prédisaient que la bannière verte de l'Islam flotterait bientôt sur Kaboul et Delhi. Bhutto, par contre, a dit qu'elle respecterait les accords de Genève. Or les accords de Genève prévoient un gouvernement de coalition en Afghanistan, la non-ingérence des forces étrangères et un règlement pacifique du conflit. Et surtout après les récentes déclarations de Gorbatchev à New-York, il serait très difficile de la forcer à suivre la même politique que Zia, c'est-à-dire le soutien aux fractions les plus réactionnaires des intégristes afghans et de mettre au pouvoir à Kaboul, Hekmatyar, chef du Hezb-i Islami, la plus puissante et la plus fanatique de ces organisations.

Le gouvernement pakistanais fera sans doute pression pour l'instauration d'un gouvernement de coalition à Kaboul, mais un gouvernement excluant le Parti démocratique populaire d'Afghanistan (PDPA), actuellement au pouvoir. L'aide militaire sera aussi très probablement mieux répartie entre les groupes afghans.

Cependant, compte-tenu des rapports étroits entre ces fractions afghanes réactionnaires et récalcitrantes et les services secrets américains, elle aura besoin de l'accord de Washington pour aller dans ce sens. Mais il n'est pas impossible que dans une certaine mesure, les Etats-Unis infléchissent, maintenant, leurs positions.

• Autre problème de politique étrangère, les relations avec l'Inde ?

- Tous les indices montrent que Bhutto va essayer de trouver des arrangements pour résoudre le conflit avec l'Inde. D'ailleurs, la réaction de la presse et des milieux politiques indiens à son élection a été très positive.

• Quels sont les problèmes économiques auxquels Bhutto doit faire face ?

- Le pays est exsangue, il n'a pas d'argent et se trouve endetté jusqu'au cou à la Banque mondiale et aux Etats-Unis. La dette extérieure atteint les 12,7 milliards de dollars pour un produit national brut (PNB) par habitant de 304 dollars. Si dans les deux mois, les Etats-Unis ne lui accordent pas un nouveau prêt massif, le Pakistan ne pourra même plus payer ses fonctionnaires.

Il faut trouver de l'argent pour construire des écoles et des hôpitaux et apporter une aide alimentaire aux plus démunis. Mais il n'y a pas la moindre somme pour mener une politique sociale en faveur des pauvres. Les "reaganomics" ont mené le pays à la faillite.

L'armée avale 50% du budget de l'Etat. C'est là que se trouve le vrai problème. La seule solution serait donc de réduire radicalement le budget de l'armée, mais Benazir Bhutto ne pourra pas le faire, de peur d'un coup d'Etat immédiat. Le commandement militaire n'acceptera pas de se priver de ses privilèges. Donc la situation est très très difficile. Ce n'est déjà pas facile d'être social-démocrate dans les pays impérialistes, mais c'est une chose impossible dans le Tiers-monde !

• Il y a aussi les pression du FMI ?

- On a dû également lui dire qu'il n'était pas question pour elle de modifier le contenu de l'accord avec le FMI. Mais les conditions de cet accord sont telles que si elle essaye de l'appliquer, elle sera rapidement confrontée à une révolte populaire. Cependant pour les Américains et l'armée, c'est une condition sine qua non.

Autre problème crucial, la maffia de la drogue et du trafic d'armes. Ces dix dernières années, elle a rongé toutes les institutions du pays. La maffia est présente partout, dans l'armée, la police, les partis politiques, l'administration.

En ce moment, cette maffia est très nerveuse et a peur que le nouveau gouvernement ne tente d'attaquer ses positions, car Benazir a promis de tout faire pour la liquider. Mais c'est un problème très compliqué.

• Quelles sont les tractations en cours en vue des prochaines élections présidentielles pour la succession de Zia ?

- Après son élection, Bhutto a dû faire trois concessions. La reconduction du ministre des Affaires étrangères, le respect des accords avec le FMI et enfin, le soutien à la candidature de Ishaq Khan, ce bureaucrate véreux qui a remplacé Zia

Il s'agit là, à mon avis, d'une concession très regrettable. Lorsqu'il était memagent des services secrets. Il rapportait immédiatement aux chefs militaires, toutes les discussions qui avaient lieu dans le cabinet. Il faisait également partie de ceux qui ont ordonné l'exécution de Bhutto. Donc soutenir l'élection d'un personnage aussi antipathique et si peu populaire, à la tête de l'Etat, est une très grande concession aux Etats-Unis et à l'armée.

Mais il y aura d'autres candidats. Le plus sérieux rival d'Ishaq Khan sera Nasrullah Khan, un démocrate bourgeois, qui est l'un des dirigeants du mouvement pour la restauration de la démocratie. Il a décidé de se présenter, en disant qu'il savait qu'Ishaq allait l'emporter, mais qu'il fallait que les représentants de la démocratie tentent de s'opposer à lui. Et certaines personnalités au Parlement, essentiellement des indépendants, le soutiennent. Donc Ishaq sera élu, car le PPP sera obligé de le soutenir, mais cela sera moins facile qu'il pouvait l'espérer. En tout cas, cela montre la relative faiblesse actuelle du PPP.

• Quels sont les rapports de force au sein du PPP ?

- Il y a eu quelques problèmes lors des élections. Certains des anciens de l'aile gauche sont dehors. A Jhelum, Pendjab, Benazir a refusé de soutenir l'un des vétérans de Taile gauche du parti, Ghulam Hussein qui s'était opposé à la ligne modérée du PPP envers les EtatsUnis. Il a donc perdu sa place sur la liste électorale du parti. Il s'est alors présenté comme indépendant dans deux circonscriptions différentes et a ramassé 80 000 voix, plus qu'assez pour battre le candidat de la droite.

Dans la capitale, à Islamabad, Benazir s'est appuyée sur le général en retraite Tikka Khan qui est réputé peu compétent et peu populaire dans le choix des candidats. Ses choix ont provoqué une véritable insurrection populaire contre la liste du PPP qui n'a pu remporter qu'un seul siège.

Mais tout cela s'est calmé après la victoire électorale. Pour le moment, le parti est euphorique et unifié derrière Benazir, victorieuse.

• Comment peut-on évaluer l'évolution politique de Bhutto depuis son retour au Pakistan ?

— Après avoir pensé qu'elle pourrait facilement renverser Zia, grâce à la pression populaire, elle s'est rendue compte que c'étaient en fait les Etats-Unis qui dirigeaient totalement le pays et que par conséquent rien ne pouvait être fait au Pakistan, sans l'assentiment des Américains. A moins, bien sûr, de faire une révolution. Mais elle n'a rien d'une révolutionnaire. Ni par tempérament, ni idéologiquement, ni politiquement. Cette op tion était donc exclue depuis le début, et pour elle, il n'y avait pas d'autre solution que de s'accomoder avec les Etats-Unis, elle a donc dû modérer son profil poli-

• Ce changement d'attitude lui a-t-il fait perdre une partie de son soutien populaire ?

— Pour le moment ce n'est pas le cas, semble-t-il, nous verrons dans les années à venir. En tout cas, la première année sera très difficile et cruciale pour l'avenir du pays. Nul ne sous-estime l'étendue des problèmes. Mais tout le monde espère que Benazir va réussir, car il n'y a pas d'autre alternative. Si elle échoue, ce sera le retour des militaires et ce sera une véritable catastrophe. Donc elle est "condamnée" à faire quelque chose. Nous verrons quoi.

propos recueillis par Marc Renard, le 8 décembre 1988

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