Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ILE MAURICE

Le MMM aux portes du gouvernement

· Inprecor n° 28, 12 mai 1978 · p. 12-16 · 3 976 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

Syndicalisme Femmes Inde et Asie du Sud Afrique australe

Nos lecteurs se reporteront à l'article d'Inprecor, No 65 du 13 janvier 1977 en ce qui concerne les élections de décembre 76 à Maurice, qui voyaient d'une part la percée du Mouvement militant mauricien (MMM) en tant que principal parti et, d'autre part la formation d'une coalition de droite formée par le Parti travailliste (PT) et le Parti mauricien social-démocrate (PMSD) pour maintenir une majorité gouvernementale.

Au terme des élections de 1976 l'opposition de gauche, représentée par le Mouvement militant mauricien (MMM), obtenait 34 sièges de députés. La droite totalisait de son côté 36 sièges répartis entre le Parti travailliste (PT) et le Parti mauricien social-démocrate (PMSD). Ayant échappé de peu à une défaite électorale, la bourgeoisie mettait en place un gouvernement de coalition PT-PMSD, s'appuyant sur une courte majorité à la chambre. Le premier ministre restait le sieur Rangoolam, leader du PT et étoile déclinante de la lutte passée pour l'indépendance. (1)

Au lendemain de ces élections, les rapports de force paraissaient . suffisamment instables pour que du côté du MMM et du PT des bruits circulent à propos d'une coalition nouvelle entre eux. Mais la base du MMM ainsi qu'une partie du groupe parlementaire s'opposèrent immédiatement à un tel compromis. L'unité du MMM étant menaçée, les éléments favorables à une telle politique firent marche arrière.

Elle Maurice

Le MMM

aux portes

du gouvernement

Dans le contexte social de l'ile Maurice, les luttes de classes prennent très vite l'allure d'affrontements. La masse des prolétaires n'a pas encore pu faire la décision du fait de son isolement dans cet ile de l'océan Indien et de sa division en communautés raciales.

Aujourd'hui, un an et demi aprés ces élections, la vie politique mauricienne connait à nouveau une crise grave. Chacun s'accorde à reconnaître que des élections anticipées donneraient au MMM une large majorité. Le PT est traversé par une crise importante; Rangoolam se montre un politicien fatigué, incapable de gouverner.

La crise économique s'aggrave. • Le gouvernement dont les ressources sont bien maigres dans un pays où règne «l'idéal de l'entreprise privée», vient de décider l'augmentation des taxes notamment sur l'essence où elles passent de 70% à 100%. Le ministre du plan déclarait récemment: «pour que l'ile Maurice puisse sortir de l'ornière, il faut que les gens travaillent dur. Il faut que la production augmente. Dans le même temps, il faut une réduc tion draconienne du nombre des congés publics. Par ailleurs, il faut un gel des salaires» (2). Ainsi parle un bourgeois, en plein océan Indien, bon élève de ses maîtres impérialistes.

L'industrie sucrière reste menacée en permanence par les fluctuations du marché mondial et les accords de Lomé entre la CEE et les pays ACP (3) n'excluent pas, à terme, une politique encore plus inégale envers les betteraviers européens et les pays producteurs de canne.

La zone franche s'est avérée être un vaste bluff. Soutenus par un code des impôts parfaitement insignifiant et par des avantages sur les importations et les sources d'énergie, les patrons français, allemands, japonais etc. s'en donnent à cœur joie. Après deux ans, environ, d'intense exploitation de la main d'œuvre , ils s'en vont ailleurs trouver bonne fortune.

A cela s'ajoutent la désorganisation administrative, la crise des transports et le chômage. Selon les estimations gouvernementales, la meilleure prévision du taux chômage pour la prochaine période serait de 17%, chiffre d'où sont exclues 75% des femmes «au foyer».

Pour ne pas être en reste, :Maurice vient de connaître son Watergate. Un certain Hossen a déclaré au Militant, journal du MMM, qu'il était un agent de la Special Branch (police politique) et qu'il avait été placé par celle-ci dans la rédaction du journal Le Cernéen. Ses révélations montrent la pénétration de la presse par les services secrets et prouvent l'importance du quadrillage policier dans la politique mauricienne. Ce scandale frappe de plein fouet un gouvernement à la dérive. UNE MAJORITE DE TRAVAILLEURS

Les classes dirigeantes mauriciennes se présentent sous la forme de deux secteurs entre lesquels s'est établie une sorte de gentlemen's agreement pour une répartition des tâches. D'une part une bourgeoisie majoritairement indoue, dont l'enrichissement provient de la gestion de l'appareil d'Etat et qui se structure selon des cliques familiales.

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D'autre part, la bourgeoisie francomauricienne, blanche, qui contrôle majoritairement l'industrie sucrière, les docks et les banques. Le consensus entre ces deux couches de la bourgeoisie ne se fait pas sans mal. La bourgeoisie indoue qui se reconnait dans le PT ne renonce pas à agrandir sa base sociale en favorisant les couches petites-bourgeoises par un système dégressif de taxes, par des aménagements du système des patentes commerciales

Elle est, par ailleurs, très attachée au système politique britans'inspire en permanence des recommandations londoniennes.

Du côté de la bourgeoisie sucrière nous trouvons le PMSD, dirigé par le trop fameux Gaétan Duval, sorte d'avocat d'affaires très lié aux Français et aux Sud-africains et favorable à une politique dure envers le mouvement ouvrier.

Face à ces classes dirigeantes, l'ile Maurice peut étonner par l'importance des masses travailleuses: à peu prés 60% de travailleurs, dont une grande part sont des prolétaires au sens strict du terme. A quoi doit-on cette situation?

Maurice a été exploitée par des groupes de Franco-mauriciens qui firent appel au travail forcé de milliers d'esclaves d'origine indienne ou africaine. L'évolution ? du système d'exploitation fit de ces travailleurs des prolétaires. Le développement d'un petit capitalisme au côté des sucriers, l'apparition d'une petite-bourgeoisie cossue se firent à rebours: ce sont des prolétaires (notamment des Indous) qui purent, par les prébendes des influences familiales et des combines de la communauté indoue accéder statut de petite-bourgeoisie. D'ailleurs, le PT a une politique d'aide au petit capital. Mais, les lois objectives du système, l'opposition du PMSD et l'étroitesse du marché limitent évidemment ces prétentions (4).

La masse des travailleurs se concentre dans quatre secteurs:

1) Les laboureurs: les ouvriers agricoles dans les plantations de canne sont presque exclusivement indous. Leurs conditions de travail des plus déplorables. Le système de rémunération à la tâche, supervisé par les agents du patronat, les sirdars (5) et le chômage qui menace en permanence, ont favorisé assez souvent la recherche de solutions individuelles que le patronat exploite: un petit bétail personnel, quelques cultures vivrières. Ouvriers agricoles certes, mais aussi base électorale de la communauté indoue et du PT.

2) Les artisans constituent les ouvriers des «moulins» (usines sucrières). Il y a dans ce pays 21 moulins qui se partagent la plus grande surface de canne. Laboureurs et artisans ont les mêmes patrons, ils constituent deux maillons complémentaires de la chaîne sucrière. Mais les artisans, eux, sont majoritairement créoles, ce qui ne favorise pas l'unité d'action.

L'ensemble des travailleurs du sucre, laboureurs et artisans sont les véritables tâcherons de l'économie mauricienne. Entre 1890 et 1976, ils sont restés le même nombre, 60000, pour une surface cultivée et une productivité en progression permanente. La bourgeoisie envisage de réduire bientôt de quatre le nombre de moulins, favorisant ainsi la concentration du capital. En 1976, au moulin de Médine, le patron a licencié d'un coup 1200 travailleurs. L'apparition d'une certaine mécanisation dans les champs va accroître le chômage en même temps qu'elle rend encore plus compliqué et inégal le système des rémunérations à la tâche.(6)

3) Les travailleurs du port et des docks subissent depuis toujours un patronat lié aux sucriers - patronat qui réduit ses frais au maximum et ses investissements au strict nécessaire pour le fonctionnement des installations. Ces travailleurs avaient été à l'avant-garde des grandes grèves de 1971.

4) Les travailleurs de la zone franche : l'écrasante majorité de ces 22 000 travailleurs sont des femmes sous-payées et corvéables à merci par les patrons étrangers venus « faire du roupie».

On pourrait ajouter à ces quatre grandes catégories d'ouvriers d'autres petits secteurs comme les ouvriers agricoles du thé dont le sort dépend des acheteurs sud-africains et les employés des sociétés de transport. Entre ces deux classes antagoniques, la société mauricienne a tout de même laissé une petite place pour la petite-bourgeoisie. Mais celle-ci, plus que toute autre classe est divisée selon les communautés raciales et leur situation sociale objective.

Dans l'agriculture, ce fameux développement d'un capitalisme à rebours a pu favoriser une classe de petits paysans individuels. Ils sont au nombre d'environ 30000, mais 70% d'entre eux sont obligés de vendre temporairement leur force de travail ou de rechercher d'autres moyens de subsistance. Le PT qui a favorisé à fond cette catégorie sociale a pu prendre par endroit l'allure d'un véritable parti de koulaks. Parmı les commerçants émergent princi palement les Chinois plutôt liés au PMSD et les musulmans plutôt liés au PT qui se livrent une concurrence haineuse.

L'importance de l'appareil d'Etat et un système d'enseignement fondé sur une large privatisation ont favorisé également le développement d'une petite-bourgeoisie urbaine faite de fonctionnaires, de professions libérales, de flics, d'instituteurs, etc.

Dans ce contexte social, les luttes de classes prennent très vite l'allure d'affrontements. La masse des prolétaires n'a pu encore faire la décision du fait de son isolement dans cette île de l'océan Indien et de sa division en communautés raciales.

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LA BOURGEOISIE TIENT PAR LA DIVISION

La cohabitation de différentes communautés raciales a bien évidemment été utilisée par le colonialisme. Aujourd'hui, les classes dirigeantes et l'impérialisme maintiennent avec application ce qu'il est convenu d'appeler le « communalisme». Les communautés raciales sont savamment contrôlées par des notabilités et des politiciens bourgeois. La presse réactionnaire ne manque jamais une occasion pour mettre en évidence les « disparités» : petits fonctionnaires créoles contre fonctionnaires indous; commerçants chinois contre commerçants musulmans; laboureurs indous contre artisans créoles, etc. sans oublier les équipes de football communales

Toutefois, cette politique fondée sur la division commence peu à peu à perdre de son efficacité. On rencontre maintenant nombre de jeunes qui ont renoncé à parler principalement leur langue maternelle (l'indi, le chinois...) pour ne plus s'exprimer qu'en créole considéré comme «langue mauricienne» et patrimoine culturel.

La bourgeoisie a donc renforcé son dispositif de sécurité en multipliant les facteurs de division au sein de la classe ouvrière. I) Le check-off c'est-à-dire le droit pour le travailleur de demander au patron de retenir automatiquement sur son salaire sa cotisation syndicale. Derrière cette petite institution banale se cache en fait une arme redoutable pour le patronat. En effet, les lois du travail imposent le plus souvent la reconnaissance d'un seul syndicat par entreprise. La reconnaissance d'un nouveau syndicat ne se fait qu'après un referendum parmi les travailleurs de cette entreprise et après une nette majorité. Mais en attendant, le syndicat en place peut bénéficier largement du check-off qui lui garantit à coup sûr une stabilité de ses finances sans avoir à faire preuve d'une grande activité sur les lieux de travail. C'est ainsi que dans un nombre important de branches, des syndicats de droit peuvent se maintenir à l'encontre d'autres syndicats, non reconnus, qui pour imposer une hypothétique reconnaissance devront remonter le courant en position de faiblesse, faute de moyens.

2) Le Development Work Corporation organise conjoncturellement au service de l'Etat une partie des chômeurs pour de petits travaux d'aménagements, de voirie, etc. Mal payés, les travailleurs qui en bénéficient ne sont pourtant pas appréciés des salariés à plein temps ou des chômeurs laissés pour compte, dans la mesure où il n'existe pas à Maurice d'allocation de chômage. Exploités, ces «chômeurs» de la DWC apparaissent contradictoirement comme des favorisés aux yeux de leurs camarades de la classe ouvrière. 3) L'Industrial Relations Act (IRA) et le Public Order Act (POA) sont des lois scélérates qui, de fait, rendent impossible l'exercice du droit de grève. L'obligation, pour la satisfaction d'une revendication de passer par les méandres de la concertation, des instances judiciaires et autres labyrinthes de l'Etat bourgeois... avant toute grève, rend, en fait, illégal, tout débrayage. La perspective d'une grève générale ne peut donc, se concevoir que comme une épreuve de force immédiate et prolongée avec le pouvoir puisque sa préparation «légale» signifierait le blocage administratif «admis » par le gouvernement de toutes les négociations, branche par branche et au même moment! 4) Les femmes constituent une im. mense armée de réserve que le développement de la zone franche a commencé à intégrer dans les circuits du marché du travail. La majorité des travailleurs de la zone franche sont des femmes, régulièrement remises au chômage par les patrons étrangers. Les Mauriciennes sont, par ailleurs totalement opprimées par le système communal, et son idéologie de la famille. Les castes chez les Indous, les mariages «arrangés », les pressions permanentes pour qu'elles se marient exclusivement avec des hommes de leur communauté, etc. en font des esclaves au foyer.

Si la classe ouvrière apprend par ses luttes, force est de reconnaître qu'à Maurice un travail particulier devra aussi être fait pour que les différents secteurs puissent en permanence mettre en commun leurs revendications et leur combat. Pour cela, il sera non seulement important de mettre en évidence les revendications qui touchent tous les travailleurs, mais il faudra aussi défendre une politique d'unité ouvrière y compris par rapport aux secteurs syndicaux encore contrôlés par les hommes du pouvoir. Un large front de classe contre le pouvoir et le patronat aurait ainsi à combattre pour : - l'abrogation de la Constitution; - l'abrogation des lois scélérates

IRA et POA; - l'allocation chômage et la sécurité sociale pour tous; - l'égalité au travail et au foyer des hommes et des femmes. LA GAUCHE A LA CROISEE DES CHEMINS

Dans le mouvement syndical, la General Workers Federation (GWF), contrôlée par le MMM, est largement majoritaire. Ceci donne évidemment au MMM lui-même un caractère de parti ouvrier dont les directions et le groupe parlementaire sont en partie composés de travailleurs du rang. Cela impose aussi à la bourgeoisie un comportement prudent dans ses rapports avec le MMM.

En effet le parti de Paul Béranger a une histoire tout à fait originale. Né en 1969 du Mouvement des étudiants militants, le MMM deviendra en quelques années l'organisation ouvrière hégémonique ravissant au PT une grande partie de sa base populaire.

Mais le MMM est un parti éclectique où cohabitent toutes sortes de tendances. Après avoir usé d'un vocabulaire anticapitaliste, la direction a glissé vers un vocabulaire «anti-impérialiste». La revendication de nationalisation de seulement quatre entreprises sucrières sur les vingt et une les débats obscurs sur «l'autogestion», les comités d'entreprise et « la du secteur privé», les concessions envers le communalisme que dénoncent certains de ses militants, sa volonté d'apparaître comme un parti de gouvernement, en font aujourd'hui un parti réformiste. Le port ne fonctionne que parce qu'un accord tacite existe entre la direction de la GWF et le patronat au nom de l'intérêt national et le respect des engagements de l'île Maurice à

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la CEE pour la livraison du sucre. Béranger déclarait récemment à un journaliste qui lui rappelait les risques d'affrontement : « Je crois deviner sous vos propos votre crainte que, finalement, au lieu de déboucher sur les élections, le pourrissement de la situation ne débouche sur un affrontement ou sur l'éclatement. C'est un inquiétude profonde qui devrait tracasser tous les Mauriciens qui aiment leur pays. Cela permet de clarifier un point que j'ai avancé dans le passé. J'ai dit

K que nous souhaitions des élections générales anticipées, mais que nous n'allions faire aucune pression pour cela (sic). On a mal interprété ma pensée. Ce que je voulais dire, c'est que le MMM ne va pas se servir d'actions industrielles, de grèves ou de pressions de rue pour imposer des élections. Nous n'allons pas forcer la main du gouvernement. Nous allons jouer le jeu totalement.» (7). On ne peut être plus clair.

Aujourd'hui le MMM contrôle trois des cinq municipalités, dont la capitale. Sa gestion, ordonnée, ne défraye la chronique que sous la plume de politiciens vengeurs.

réalité une partie de la bourgeoisie n'a rien à redire, d'autant plus que les projets de « comités de quartiers» sont restés dans les cartons. Le MMM est-il pour autant un parti de gouvernement que la bourgeoisie s'apprêterait à utiliser?

En fait le MMM n'a pas de direction stable. Les petits bureaucrates, les petits-bourgeois que l'on trouve au Comité central et au groupe parlementaire ne constituent pas encore une bureaucratie solide ayant le contrôle de la GWF et du parti. A la moindre occasion, la base proteste, tempête, menace. Des cadres plus à gauche que la ligne générale refusent de faire des compromis avec ce qu'ils dénoncent comme la droite du MMM. Béranger sait que son et gue montre au pa i perdre très vite une partie de l'implantation sociale. Il sait, avec la bourgeoisie, qu'il serait incapable de contrôler la situation sociale. Ayant renoncé, apparemment, à une coalition avec le PT, le MMM propose en définitive à la bourgeoisie un gouvernement MMM homogène (8). La classe dirigeante et l'impérialisme, favorables à un flirt avec Béranger, ne risqueront sans doute pas que le grand saut que constituerait l'arrivée du MMM au pouvoir.

Hormis le MMM, une scisssion en 1973 sous la direction de Dev Virahswmy a donné naissance au Mouvement militant mauricien socialiste progressiste (MMMSP). A ses débuts, ce petit groupe cherchait sa voie idéologique, mais découvrit peu à peu sa raison d'être dans le maoïsme. Actuellement le MMMSP développe sans vergogne les plus grotesques des positions chinoises. Au nom de la «lutte de libération nationale», il tente de mettre en place un Front démocratique et populaire avec des groupuscules bourgeois et petits-bourgeois comme l'Union démocratique mauricienne, dirigée par un ancien député PMSD et l'Independance Forward Bloc (bloc pour l'indépendance). Partisan convaincu que le meilleur moyen d'être reconnu comme le « parti du prolétariat », c'est d'avoir «son syndicat», le MMMSP organise autour des syndicats qu'il contrôle une fédération particulière, refusant d'intégrer la centrale GWF. Politique de division et politique de collaboration de classe ont fait du MMMSP une secte en crise. Cela n'empêche nullement sa « direction éclairée » de partir régulièrement en crise contre le trotskysme, c'est-à-dire, en définitive, contre tous ceux qui ne trouvent pas la «théorie des trois mondes» adaptée à la situation mauricienne.

Enfin est apparue depuis deux ans un bulletin marxiste de tribune libre, Lalit de Klas (la Lutte de classe) qui a, sans conteste, fait avancer l'analyse de la société mauricienne et dont les animateurs ont été souvent à l'avant-garde d'initiatives militantes comme le Mouvement de libération des femmes, les mobilisations contre l'apartheid, la campagne pour l'emploi du créole. Ces petits mouvements, le MLF, le « Dikasion Pu Travayer» (LPT) et autres, touchent présentement des franges du MMM et du MMMSP (9).

Les débats dans la gauche mauricienne vont prendre une acuité nouvelle, étant donné la crise gouvernementale. Quelle stratégie et quelle alternative au MMM?

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1) Après une exclusion et un passage au PT, le groupe parlementaire MMM ne comporte plus que 32 députés.

3) Pays ACP : pays d'afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Au nombre de 44 au moment de la signature des accords de

4) L'abolition récente des subventions gouvernementales sur les fertilisants atteint essentiellement les revenus des petits et moyens propriétaires terriens, remettant en question les efforts faits par le PT pour s'y bâtir une base sociale.

6) Les coupeurs doivent abattre 2,5 tonnes de canne par jour. Les pelleteuses utilisées maintenant perdent beaucoup de canne en la chargeant dans les camions. Les laboureurs en sont pénalisés, au bout du compte, lorsque l'on fait le bilan de « leur jour-

8) Le MMM traverse une crise. Béranger n'a plus écrit d'éditorial dans « Le Militant » depuis des mois. La direction navigue à vue. Entre son refus de l'épreuve de force et son aspiration dans le vide vers des postes de gestion, le MMM prend l'allure d'un bouchon flottant. Son journal devient peu à peu anecdotique, sans analyse de fond, sans slogan, sans perspectives.

9) Le quotidien « Le Militant» (MMM) se vend à 5000 exemplaires. Le quotidien «Soley ruz » (MMMSP) se vend a 1000 exemplaires. « Lalit de Klas», tous les deux mois, se vend à 500 exemplaires. Enfin « Le Mauricien», journal de la bourgeoisie

Une lutte récente a permis d'engager ce débat autrement que sur le papier. Sous la menace d'une augmentation des transports de 100%, à la demande du patronat des compagnies, une mobilisation avait vu le jour. Un «Fro Kome Transpor » (Front commun des transports) se mettait en place avec les syndicats dont la GWF, le MMM, le MMMSP, le MLF, le LPT. Ce front organisa une riposte de masse sur des mots d'ordre radicaux. Nationalisation, désobéissance civile en cas d'augmentation, employés et usagers solidaires constituèrent les thèmes centraux de la campagne. Malgré une opération peu reluisante du MMMSP pour faire reconnaître son Front démocratique pendant la campagne, celle-ci fut un franc succès. Maintenant, à propos de la question du logement, des discussions se sont engagées pour organiser une semblable mobilisation.

La construction d'une alternative au MMM n'est pas une affaire aisée dans un pays où les travailleurs les plus conscients n'ont pas fait d'expérience majeure de la ligne réformiste de celui-ci.

Le développement des campagnes pour la satisfaction des grandes revendications unitaires permettra sans doute d'y voir plus clair dans la pratique des uns et des autres. Dans le MMM et le MMMSP existent incontestablement des militants solides à qui il manque une alternative organisationnelle réelle.

Dans un pays comme l'ile Maurice, la domination impérialiste, la complexité des rapports entre les classes et les communautés, la contradiction entre la forte conscience de classe et l'absence de tradition de lutte ne permettent pas de faire l'économie d'une très 2) « Le Mauricien » du 4 avril 1978. Lomé avec la CEE. 5) sorte de contremaîtres. 7) « Week-end » du 2 avril 1978. libérale éclairée, se vend à 24000 exemplaires.

grande précision programmatique et de la mise en place d'une organisation d'avant-garde qui soit autre chose que l'auberge espagnole MMM. C'est simultanément au sein de la GWF et en direction du MMM et du MMMSP que les militants révolutionnaires pourront affirmer leur projet et gagner un très grand nombre de travailleurs. En militant COMORES *° Glorieuses les •4

Mozambique

de Nova Juan TANANARIVE Bassas da India -MADAGASCAR Europa km 1000 contre toute division de la classe, pour une politique de front unique, pour l'unité syndicale, pour retour de l'ile de Diego Garcia à l'ile Maurice, pour la construction du Mouvement des femmes, pour l'indépendance totale de la classe ouvrière et de ses alliés par rapport aux partis bourgeois, ils travaillent à modifier durablement les rapports de force sociaux. Ils mettront ainsi la première pierre à la construction d'un authentique parti ouvrier révolutionnaire.

Faute de pouvoir accepter des élections anticipées, la bourgeoisie pourrait à nouveau pencher vers la solution forte. Dans les deux cas le MMM serait mis à dure épreuve et révèlerait alors ouvertement ses insuffisances. La crise gouvernementale, qui a pris un cours nouveau avec l'apparition dans le PT d'une fraction oppositionnelle (groupe Boodhoo) donne peu de chances à Rangoolam de finir brillamment sa carrière de politicien. Le PMSD joue la carte du chaos. Son leader, Duval, multiplie les fausses informations, les critiques au gouvernement. Les ministres PMSD se désolidarisent peu à peu du Premier ministre.

** 1. Agalega OCÉAN INDIEN

•Tromelin•

1. Maurice - 1. Rodriguez 1. de • ILES MASCARE GNES - la Réunion

Tropique du Capricome

Вавзіть de s Mascareignes

Passée la défaite électorale de 1976, les travailleurs se sont ressaisis et multiplient à nouveau les revendications. Dans ces conditions, l'ile Maurice pourrait bien faire parler d'elle. Cela permettrait de contester la puissance impérialiste dans le sud de l'océan Indien où Madagascar s'est engagé dans un réformisme militaire classique et où l'ile de la Réunion reste plus que jamais sous la botte coloniale française. C'est bien pourquoi l'avant-garde mauricienne aura à se avec les révolutionnaires de la région pour donner une réponse de classe commune au quadrillage impérialiste. C'est aussi pourquoi le mouvement ouvrier interational doit suivre attentivement la situation dans cette région, entre le Sri Lanka et l'Afrique du Sud.

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