Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

Toujours sans nouvelles de José Ramon

Inprecor n° 281, 6 février 1989 · p. 28 · 960 mots

Mexique

D IRIGEANT DU PRT, José Ramon

Garcia, a été candidat aux élections municipales de Cuautla, en mars 1988. Depuis la proclamation officielle des résultats truqués des élections législatives et présidentielle de juillet de la même année, il est devenu, dans sa région, l'un des dirigeants les plus actifs des Comités de défense du vote qui se sont constitués pour dénoncer la fraude électorale. Secrétaire de ce front démocratique, il a dirigé plusieurs mobilisations contre la fraude et l'usurpation du pouvoir, sur le plan local et dans la ville de Mexico. Sa disparition est donc un coup porté à l'ensemble du mouvement démocratique et bafoue clairement la volonté populaire.

En pratique le gouvernement a, lui aussi, reconnu le caractère politique de cette disparition, en nommant lui-même un responsable spécialement chargé d'enquêter sur cette disparition.

Mais c'est tout autre chose qu'une grande partie des recherches menées semblent vouloir démontrer. Divers bruits sont répandus selon lesquelles José Ramon serait lié à l'organisation basque ETA, ou serait au Nicaragua, ou bien même qu'il s'agirait d'une disparition volontaire. Le PRT rejette catégoriquement ces allégations. En outre, c'est sur la base de ces absurdités que la police surveille, interroge et menace des membres du PRT lui-même, les camarades de Ramon à Cuautla, ses amis et sa famille. Mais rien n'est entrepris à l'encontre de ceux qui ont attaqué et combattu publiquement José Ramon, que ce soit au niveau de la presse locale ou du gouvernement. En réalité, les principaux suspects dans cette affaire sont des membres des corps de police eux-mêmes.

Il ne faut pas tolérer qu'on puisse présenter comme impartiale, une enquête qui n'est faite que de menaces et de pressions contre les proches de Ramon et qui transforme les victimes en agresseurs.

Une agression politique

Il faut réaffirmer qu'il s'agit là d'une agression de type politique, et qu'il revient au gouvernement de prendre la décision politique qui pourrait amener la réparation du préjudice occasionné : à savoir, faire libérer immédiatement José Ramon. Il ne s'agit en aucun cas d'une affaire de droit commun, comme voudrait le faire croire la police. Il faut se rappeler qu'il y a quelques mois, peu de temps avant les élections du 6 juillet, une autre agression contre le PRT, dont les circonstances ne furent jamais vraiment éclaircies, a eu lieu à Cuernavaca. A ce moment-là, c'est la maison de la représentante du PRT à la Commission électorale d'Etat qui a été attaquée et violée par

MEXIQUE de José Ramon

CELA FAIT MAINTENANT un mois et trois semaines que notre camarade du Parti Révolutionnaire des Travailleurs (PRT) mexicain, le militant José

Ramon Garcia a disparu en sortant de chez lui, à Cuautla, dans l'Etat de Morelos (voir Inprecor numéro 279 du 9 janvier 1989). Depuis lors, les autorités de l'Etat, pas plus que les responsables fédéraux, n'ont pu offrir d'explication satisfaisante.

JOSE RAMON GARCIA JOSE RAMON a commencé à militer à Paris en 1973 en rejoignant l'Organisation communiste internationaliste (OCI - aujourd'hui Parti communiste internationaliste, PCI, ndlr), section française de la IVe Internationale-Comité pour la reconstruction (CORQI). Etudiant en Sciences politiques à la Sorbonne, il a fondé la Fédération des étudiants latino-américains. Il garda cette activité jusqu'en 1976, date à laquelle, avec sa compagne Ana Santander, il partit pour l'Etat espagnol.

Là il s'affilia à l'Union générale des travailleurs (UGT) où il occupa des responsabilités dans les tâches de presse et de propagande. Il militait en même temps dans les rangs du Parti ouvrier socialiste internationaliste (Section du CORQI dans l'Etat espagnol) dont il intégra la direction au niveau du pays basque.

Il revint au Mexique en 1981. C'est en 1987 qu'il rejoint le PRT et se consacre à des tâches d'organisation et à l'effort politique de construction du parti, à Cuautla.

un groupe armé. Le local du PRT de Cuernavaca vient, une fois encore, d'être investi et le matériel de la campagne pour José Ramon a été détruit.

Le cas de José Ramon vient démentir les déclarations du gouvernement, qui se prétend favorable à un dialogue politique avec l'opposition et à une "réconciliation nationale". La disparition de José Ramon est, précisément, un attentat contre un colrant d'opposition au régime, qui s'est carai:térisé par son refus conséquent d'accorder une légitimité au nouveau gouvernement. C'est donc aussi une atteinte à la liberté d'association et de regroupement qui vient contredire les déclarations officielles sur la nécessité d'une nouvelle réforme politique. Bien que le nouveau Président, Salinas ce Gortari, reconnaisse lui-même l'existence d'un mécontentement général à l'encontre du Code électoral fédéral, et donc une suspicion sur les résultats électoraux du 6 juillet, c'est bien quelqu'un qui remettait activement en question ces résultats, dans l'Etat de Morelos, qui a été victime de cette procédure illégale d'enlèvement.

Crime contre l'Humanité

Selon les Nations-Unies, les enlère:ments sont un crime contre l'humanité. Pour le PRT, la réapparition immédiate ce José Ramon Garcia, et avec lui, de tous ceux qu'on a fait disparaître pour des motifs politiques, est une condition préalable élémentaire avant de pouvoir parler de nouveau climat politique dans le pays.

Les mobilisations doivent continuer pour exiger le retour de José Ramon. Dé à en Amérique latine, en Europe, aux EtatsUnis et au Canada, depuis le mois de décenibre, de nombreuses organisations des droits de l'Homme, des organisations politiques, sociales et syndicales, de même que des représentants de l'opinion publique démocratique ont exigé du gouvernement mexicain la réapparition, en vie, de notre camarade.

28 janvier 1989 Des télégrammes doivent être immédiate.

ment et massivement envoyés à :

- Carlos Salinas de Gortari, Présidente Constitucional Estados Unidos Mexicanos, Palacio

Nacional Mexico D.F., MEXIQUE.

- Fernando Gutierrez Barrios, Secretario de Gobernacion, Bucareli 99 Mexico, D.F., MEXIQUE.

- Antonio Riva Palacio Lopez Gobernador Constitucional Estado de Morelos, Palacio de Gobierno; Cuernavaca, Morelos, MEXIQUE.

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