Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Cours nouveau pour le PCI ?

· Inprecor n° 286, 17 avril 1989 · p. 3-6 · 3 611 mots

Italie Femmes URSS et Russie

réuni à Rome, du 18 au 22 mars dernier. 1 039 délégués y ont membres. 270 délégués dits "extérieurs" (non membres du

L'élection du Comité central (CC) a eu lieu à bulletin secret.

Ce sont surtout les représentants les plus connus de la droite exemple Lama, ancien dirigeant de la Confédération générale

ITALIE

Cours nouveau pour le PCI ?

LE XVIIIe CONGRES du Parti communiste italien (PCI) s'est participé (dont 1 042 élus par les congrès provinciaux), en représentation d'un peu moins d'un million et demi de parti, avec droit de parole mais non de vote) étaient également présents. Les femmes représentaient 34% des délégués, contre 28% des membres. Le texte minoritaire d'Armando Cossutta, vieux dirigeant des années 50, a été repoussé avec seulement 21 voix pour, et 7 abstentions.

qui ont vu leurs noms rayés par les congressistes (par italienne du travail (CGIL), a eu 103 voix contre et 143 abstentions, sur un total de 837 votants).

Selon le Secrétaire général, Achille Ochetto, ce XVille

Congrès a marqué un tournant un "cours nouveau" à ce parti, au niveau électoral (1).

Livio MAITAN

OUR SAVOIR si le XVIlle Con-

P grès du PCI a marqué un tournant, comme le prétendent ses dirigeants, il faut d'abord analyser le texte que le Comité central du parti avait adopté fin novem-bre de l'année dernière, et qui a été finalement approuvé à une très grande majorité par le Congrès.

Le facteur Gorbatchev

Les sections de ce texte qui concernent la situation internationale, relancent des conceptions qui avaient été développées précédemment, en tenant compte dans une large mesure, des idées développées par le nouveau groupe dirigeant de l'Union soviétique. Il s'agit en premier lieu du concept de l'interdépendance. Selon le texte, on doit passer "d'une phase marquée par la division et la compétition bipolaire, à une phase reconnaissant le lien de l'interdépendance". En fait, "un renversement de tendance radical"

se serait produit dans les rapports internationaux. Tout cela confirmerait, par ailleurs, la justesse de la perspective d"un gouvernement mondial" dont avait déjà parlé Berlinguer, et donc "de la nécessité d'institutions internationales efficientes et démocratiques, capables d'orienter et de contrôler les choix des grands centres de pouvoir du PCI, en impulsant en perte de vitesse économique et financier. Dans ce sens, il faut soutenir au maximum l'ONU et les autres organisations qui font partie de la famille des Nations unies". En ce qui concerne plus particulièrement l'Europe, le texte insiste sur la nécessité d'"une réforme institutionnelle de la Communauté qui affirme la souveraineté du peuple européen" de même que sur "la définition, la construction et l'affirmation d'un espace social européen".

La deuxième partie du texte, concernant les problèmes intérieurs, est centrée sur l'idée que "le système politique et institutionnel de la République est entré, depuis quelques années, dans une phase de crise". Cette crise ne saurait être résolue par le maintien ou par le replâtrage de la coalition gouvernementale actuelle, axée sur la collaboration entre la Démocratie chrétienne (DC) et le Parti socialiste (PSI). La perspective qu'il faudrait dès lors avancer, serait celle de l"alternative". C'est justement sur ce terrain qu'une orientation nouvelle ou partiellement nouvelle se dessine.

En effet. le PCI avait déla commencé à parler d'alternative ("alternative démocratique"), il y a une dizaine d'années, après avoir abandonné l'orientation d'union nationale. Mais l'interprétation de son contenu était loin de faire l'unanimité, y compris parmi les membres de la direction du Parti. Maintenant, on semble s'accorder pour expliquer que"la stratégie de compromis historique est allent. définitivement derrière nous" et que l'alternative est une alternative à la Démocratie chrétienne et à son régime politique. Pour la réaliser, le PCI doit œuvrer dans le but de "déterminer un changement dans la ligne politique du PSI", sans la collaboration duquel l'alternative ne pourrait etre sérieusement envisagée.

En matière d'innovations terminologiques, les dirigeants du PCI ont toujours été très compétitifs et Occhetto respecte la tradition : le nouveau leitmotiv est le "riformismo forte" ("réformisme fort").

"Riformismo forte" A ce propos, le document du congrès affirme que la "gauche doit repenser ses idées-forces", c'est-à-dire : "La liberté en tant que jouissance de la pluralité et la variété des biens (matériels et immatériels), dont aucun citoyen, homme ou femme, ne doit être exclu ; l'égalité des droits, des possibilités d'accéder à la culture, à la formation, à l'information, aux biens et services, sans que les différences soient annulées, mais au contraire, en les garantissant; le travail, dans le cadre d'une transformation radicale du rapport entre l'homme et la nature, le développement et les ressources, la production et la reproduction, le temps de travail et le temps de vie ; la solidarité comme élément de l'autonomie morale et de la sociabilité des individus ; la valeur de la différence sexuelle en tant qu'affirmation pleine de la liberté des femmes".

Au-delà de proclamations si générales - dont l'originalité est au moins contestable - le "réformisme fort" se place surtout à cette étape, sur le terrain des réformes institutionnelles, à ce propos, la discussion dure déjà depuis des années, mais le seul changement introduit jusqu'ici, a été la limitation du vote secret au parlement. Le PCI lui-même n'a pas beaucoup progressé en ce domaine. Il a renoncé, dès le début, à se battre pour la seule réforme qui pourrait améliorer un tant soit peu le fonctionnement des institutions parlementaires, c'est-àdire l'abolition d'un bicaméralisme absolument paralysant. Le PCI explique que la "démarche décisive" réside maintenant dans une réforme de la loi électo-

1) Seulement 26,6% aux précédentes élections législatives de 1987. Voir Inprecor numéro 247, du 13 juillet 1987.

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rale, visant à permettre aux citoyens de décider directement du "programme à traduire en pratique, des forces politiques et des hommes appelés à le réaliser". Mais aucune proposition concrète n'a été faite en ce sens lors du congrès.

"La démocratie économique"

Il est significatif que ce n'est qu'à la toute dernière partie du texte qu'est abordé le problème du travail, des travailleurs et de leur "centralité". Mais, une fois de plus, on ne va pas au delà des généralités ou, dans le meilleur des cas, de revendications démocratiques que personne ne saurait, en principe, contester. Mais pas question de la moindre allusion à une quelconque dynamique anticapitaliste des luttes à mener. Le but de la "démocratie économique", qui est présentée comme un autre objectif du "réformisme fort", est, par ailleurs, synthétisé comme suit:

"La démocratie économique représente une nouvelle frontière de la démocratie politique et son extension dans la sphère des pouvoirs sociaux. Elle doit aborder différents terrains : réforme de l'Etat social ; démocratisation de l'entreprise ; redistribution des revenus, de la richesse et de la propriété ; création de formes d'entreprises nouvelles. La lutte pour la démocratie économique doit se caractériser comme croissance des possibilités d'accès, de la part des travailleurs, à la connaissance et à la gestion des transformations de l'entreprise et de leurs implications sociales et hu-

De tels propos pourraient être partagés par les démocrates libéraux et même par des entrepreneurs vaguement progressistes. Cela, d'autant plus que le texte ajoute que tous ces objectifs doivent être conçus dans le cadre d'une orientation économique "dont le premier objectif doit être l'élargissement de la base productive et le renforcement de productivité d'ensemble du système".

Lors du congrès, ni le rapport, ni les conclusions d'Occhetto n'ont introduit de changements ou d'éléments veaux. Preuve en est le passage suivant, extrait du rapport et de l'une de ses conclusions, qui illustre encore mieux

• T'unita

l'approche réformiste gradualiste du PCI et l'inconsistance de ses réponses "nouvelles". En abordant le problème du rapport entre l'Etat et le marché, Occhetto se tire d'affaire en disant : "nous dépassons la vieille querelle sur la question de savoir s'il faut plus de marché, et moins d'Etat. Nous changeons les termes du problème en affirmant qu'il faut un Etat meilleur et un marché meilleur". Sa synthèse sur son approche, pour ainsi dire, stratégique, est tout aussi éloquente :"la tâche d'une force comme la nôtre, inspirée par un fort idéal socialiste, est d'œuvrer dans notre société, pour notre société, non pas dans le but de lui imposer un autre modèle, mais pour la transformer, pour la gouverner en suivant le chemin d'un développement qui soit supportable et en étant disponibles à la collaboration avec d'autres régions et systèmes du monde".

En réalité, s'il y a du "neuf" par rapport au congrès précédent, c'est dans la disparition de toute approche classiste, aussi bien sur le terrain de l'analyse, que sur celui de l'orientation. Non seulement le PCI ne se présente plus comme le parti de la classe ouvrière ou des travailleurs, mais même l'expression plus générale de "mouvement ouvrier" plus utilisée (si les comptes-rendus sont exacts, elle n'est revenue que dans le message de Gorbatchev). Cossutta a donc eu raison d'affirmer que le parti "s'achemine vers un rivage libéral-démocrate". En fait, ce rivage a déjà été

De même que le débat préparatoire dans la presse du parti (2), le débat au congrès a été moins animé et conflictuel qu'au congrès de 1986. La droite, somme toute, avait de bonnes raisons d'être satisfaite, notamment dans la mesure où l'intégration dans la "gauche européenne" est désormais parachevée et que toute idée de "troisième force" est explicitement abandonnée (3). Certains de ses partisans (comme par exemple, Macaluso, membre de la direction) ont certes exprimé des réserves - notamment sur la façon d'aborder le problème des rapports avec le Parti socialiste — mais il s'agit, du moins pour l'instant, de différenciations tout à fait secondaires. Quant à la gauche la plus traditionnelle, elle s'est tout simplement évaporée. Son principal représentant, Pietro Ingrao, a donné son soutien explicite, aussi bien au texte du Comité cenlisme", c'est-à-dire de bons rapports avec tout le monde ; différences sexuelles ; etc.) et à demander au parti de ne pas renoncer "à sa critique active, laborieuse, à l'égard du système de production capitaliste". Quant aux anciens du Manifesto (4), Magri a adopté un profil extrêmement bas et Luciana Castellina, qui avait mené une bataille sur un amendement significatif en matière de politique internationale, au congrès précédent (5), n'a même pas pris la rester communistes ? Ainsi, le groupe d'Armando Cossutta, qui avait présenté cette fois, un texte alternatif, est resté le seul à se battre contre l'écrasante majorité du Comité central et du congrès. Une partie de la presse internationale a surtout attiré l'attention sur la conclusion de son intervention : "Est-ce qu'après ce congrès, il y a encore la place pour ceux qui, en s'opposant loyalement à la mutation génétique du parti, veulent continuer à être communistes ?" (6) Cette radicalisation de langage et d'attitude n'est pas allée de pair, toutefois, avec une évolution des conceptions de Cossutta et de ses camarades dont la faiblesse intrinsèque reste leur approche fondamentalement réformiste et leur point de référence est toujours le parti de l'époque de Togliatti. Par ailleurs, ils peuvent se réjouir de l'évolution récente de l'Union soviétique, qui prouverait, selon eux, qu'ils avaient raison de s'opposer, au début des années 80, au "strappo" (déchirure). Toujours est-il que Gorbatchev ne leur prête pas la moindre attention, et qu'aussi bien dans une rencontre récente, que dans son message spectaculaire au congrès, il a exprimé son soutien à Occhetto de la façon la plus explicite (7). Finalement, il faut ajouter qu'à la réunion du Comité central qui a eu lieu immédiatement après le congrès, Cossutta a voté pour l'élection d'Occhetto comme secrétaire général, en expliquant que sa confiance

Les données statistiques indiquent clairement que les femmes jouent, dans le PCI, un rôle de plus en plus important, ce qui représente pour le parti un acquis incontestablement positif. La proportion de femmes au CC, par exemple, est pas-

2) Le débat écrit, qui a duré un peu plus de deux mois, dans le quotidien /'Unita et l'hebdomadaire Rinascita n'a permis que la parution d'un nombre limité de contributions, bien que des centaines d'autres soient arrivées aux rédactions. Il a été beaucoup moins intéressant qu'à d'autres occasions. Pour le débat précédent le XVIle congrès, voir inprecor, numéro 211 du 20 janvier 1986.

3) Lama, l'ancien dirigeant de la CGIL, a salué de façon particulièrement chaleureuse l'abandon de la thèse - berlinguérienne — de la troisième voie. Un autre droitier, le président des coopératives, Turci, a loué Occhetto, pour "son courage, son intelligence et sa souplesse".

4) Le courant Il Manifesto, scission de gauche du PCI, en 1969 sous la poussée des mouvements sociaux et de l'extrême-gauche, a réintégré le PCI par la suite.

5) Voire à ce sujet notre article sur le congrès de 1986, publié dans Inprecor, numéro 219, du 12 mai 1986.

6) Il est piquant que le quotidien bourgeois le plus représentatif le Corrire della Sera, a pour sa part, répondu

7) Gorbatchev est apparu au congrès sur un écran geant, pour lire son message. Il a attribué à Occhetto l'idée de transmettre son message par "ce moyen inhabituel".

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sée de 18 à 31%. Les dirigeants du PCI ont accepté, sans réserve ni distinction, la "philosophie" de la différence sexuelle. C'est une attitude fondamentalement opportuniste, confirmée par le fait que, le plus souvent, on n'explique pas beaucoup de quoi il s'agit, et qu'on se contente de donner des interprétations éliptiques, qui ne devraient pas satisfaire les partisanes les plus radicales de cette "philosophie".

Le débat sur les femmes

Comme il fallait s'y attendre, la plupart des femmes qui sont intervenues dans le débat, ont abordé cette problématique. Mais elles n'ont pas avancé une idée plus précise de leurs conceptions, se limitant le plus souvent à des rappels très généraux. Lorsqu'elles se sont efforcées de traduire leurs conceptions dans des revendications, elles ont exprimé des aspirations démocratiques qui n'apparaissent pas nécessairement liées à la théorie de la différence. Livia Turco, l'une des dirigeantes les plus connues, et membre du secrétariat du parti, a résumé comme suit, les thèmes que les femmes communistes proposent :

1) défense du contenu éthique du principe d'autodétermination des femmes en ce qui concerne la sexualité et la procréation ; prévention de l'avortement; valorisation des choix de maternité ;

2) reconnaissance des droits des travailleuses ;

3) réforme de l'Etat social...

La discussion sur la problématique féministe a cependant permis au PCI de donner une preuve supplémentaire de son œcuménisme. Il a donné la parole lors du congrès, à Luce Irigaray (8), qui est plus que jamais disposée à collaborer avec le PCI, en confirmant ainsi que ce parti et ses conceptions peuvent bien s'accomoder avec des orientations politiques ultraréformistes.

L'une des nouveauté du XVIlle congrès a été l'adoption de statuts qui sont l'aboutissement d'une évolution de longue date, et représentent un effort pour accorder davantage les formes statutaires à la réalité de l'organisation. Le titre du quotidien du parti, annonçant le vote du congrès à ce sujet, est d'ailleurs très éloquent :"Centralisme démocratique, adieu !" Toujours est-il que le PCI insiste sur la mystification traditionnelle qui confond centralisme démocratique et centralisme bureaucratique, buant au premier tous les traits antidémocratiques qui sont le propre du deu-

Mais il faut reconnaître aux auteurs et présentateurs de ces statuts le mérite d'être allés, du point de vue de la justification théorique, plus loin que des partis sociaux démocrates intégrés depuis un siècle dans les institutions bourgeoises. En effet, l'un des plus proches collaborateurs d'Occhetto, Fassino, a déclaré que les nouveaux statuts correspondent à "un modèle qui s'inspire de celui de l'Etat démocratique de droit". On a également expliqué que "les statuts introduisent une nouvelle constitution des pouvoirs, inspirée du modèle parlementaire... Le Comité central est conçu comme Chambre des députés, la direction comme un gouvernement, le secrétariat

Si l'on pend en comp te que le PCI s'est dédu Premier ministre, il en découle que son secrétaire devrait jouer un rôle absolument prépondétion. Il est vrai que l'Unita a déjà présenté le PCI comme "le parti d'Occhetto... " Il faut préciser que les nouveaux statuts, tout en fixant une série de garanties pour les minorités, continuent d'exclure le droit de tendance. En fait, Cossutta s'est plaint lui-même des normes en vigueur pour le congrès, qui ont fait que son document n'a pu être soumis au vote que dans un nombre très limité de sections (dans lesquelles, il aurait eu, selon lui, 26% des

Ensuite, un véritable barrage a été élevé au congrès contre des résolutions et des amendements votés par des congrès provinciaux que la direction sortante n'était pas prête à accepter. Le cas le plus grave a été celui d'amendements adoptés par 16 fédérations et qui se prononçaient pour la suppression du concordat entre le Vatican et l'Etat italien, dont l'origine remonte à l'époque du fascisme. Finalement, on a imposé un texte élusif, par une mancuvre qui a provoqué le mécontentement d'une série de délégués (l'ancien secrétaire Natta s'est lui-même abstenu).

Le vote secret

En revanche, la direction sortante (ou sa majorité) ne l'a pas emporté, sur la question du vote secret. Ceux qui voulaient le subordonner, dans tous les cas à la demande d'un certain nombre de délégués (entre 10 et 20%)

Il a été décidé que l'élection des dirigeants lors du congrès se ferait par bulletin secret, si au moins 10% de délégués le demandent, et que l'élection d'organismes dirigeants par le Comité central, les Comités régionaux et provinciaux et l'élection des organismes de contrôle, se ferait impérativement par vote secret. Ceux qui voulaient que le vote secret ne soit possible que sur demande expresse de 10% (ou 20%) des délégués ont donc été battus. Il reste à voir si cette mesure permettra de mettre fin à une pratique selon laquelle les élections aux organismes dirigeants correspondaient essentiellement à des cooptations.

Fusion avec le PSI ?

Finalement, le nouveau Comité central correspond effectivement aussi bien à l'esprit des statuts qu'à la réalité et au rôle du parti. Il est composé maintenant de 300 membres — un véritable Parlement ! - et il inclut tous les secrétaires régionaux (une vingtaine), 67 secrétaires provinciaux, une cinquantaine de députés et une dizaine de maires. Il n'est pas difficile d'imaginer qui aura plus de poids dans cette nébuleuse : ce ne sera certainement pas le petit groupe de travailleurs qui ont été élus (seuls deux ouvriers ont pris la parole au congrès).

Dans la période qui a précédé le congrès, des débats très vifs se sont déroulés sur la question de savoir si le PCI entrerait dans le groupe socialiste au Parlement européen et s'il s'unifirait avec le PSI. Le secrétaire de celui-ci, Martelli, un manœuvrier ultra-opportuniste peu soucieux des principes, avait lancé l'idée d'une "maison commune" des communistes et des socialistes, pour l'échéance de 1992. Occhetto lui avait répondu : pourquoi pas avant, s/

Il serait tout a fait erroné de poser le problème en termes purement idéologiques ou pragmatiques. Il est incontestable que les raisons qui furent à l'origine de la scission du vieux parti socialiste en 1921 ne subsistent plus aujourd'hui (9). Le PCI ne se distingue nullement des

8) Irigaray, psychanalyste, auteur de livres sur les femmes, avait fait éloge, en septembre dernier, de la fête nationale de l'Unita, et avait dit, entre autre que "lamour est la seule réponse à toutes les maladies physiques et morales de notre temps".

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partis sociaux-démocrates, ni du PSI lui-même. Mais il n'en découle pas nécessairement qu'une unification est à l'ordre

En fait, le PSI ne semble pas avoir l'intention, pour l'instant, de changer son orientation qui vise à exploiter toutes les marges de manœuvre dont il dispose entre la Démocratie chrétienne (DC) et le PCI, et à maintenir sa place au gouvernement, avec tout ce que cela implique en termes d'occupation de postes à tous les niveaux, en s'opposant en même temps à la DC, majoritaire au sein de la coalition gouvernementale. Il estime que cette politique a été payante et qu'elle pourra l'être encore pendant un certain temps. Qui plus est, il est convaincu que le rapport de force au sein du mouvement ouvrier peut évoluer davantage en sa faveur et que donc, l'unification éventuelle pourrait se faire dans des conditions plus favorables de son point de vue, lors d'un prochain congrès.

Les manœuvres de Craxi

Cela explique pourquoi le dirigeant du PSI, Craxi, a saboté la rencontre d'une délégation du PCI avec le groupe socialiste européen, dont la date avait pourtant été fixée apparemment, avec son propre accord. Cela explique pourquoi il a donné un jugement très négatif sur le congrès du PCI, en insinuant que celui-ci n'avait rompu que très partiellement avec son passé (ce qui n'est pas l'avis de la quasi totalité des observateurs bourgeois, qu'ils soient favorables ou non à l'entrée du PCI dans le giron du gouvernement).

Dans ces conditions — qui pouvaient être envisagées bien avant le congrès — le PCI est obligé de se défendre en réaffirmant sa propre identité, dans le but, notamment, d'éviter un nouveau déclin électoral et un changement plus radical du rapport de forces à la faveur des socialistes. C'est pourquoi un leitmotiv du congrès a été la proclamation de son autonomie, dans un esprit de patriotisme de parti qu'il semblait avoir oublié. Occhetto s'est efforcé d'exprimer tout cela et apparemment il a réussi, si l'on juge des réactions qu'il a provoquées presque unanimement dans le parti. Cet effet sera-t-il durable? C'est une toute autre affaire.

Dans ce sens, les élections européennes du mois de juin seront, pour le PCI — de même que pour le PSI - un test important.

6 avrll 1989

9) En 1921, les communistes ont scissionné du Parti socialiste sur la question de l'adhésion à la troisième Internationale, et des fameuses "21 conditions" imposées par celle-ci. Contrairement à ce qui s'est passé au congrès de Tours, en France, la scission communiste était minoritaire (près d'un tiers des membres).

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