A DATE du 1er mai VOILA CENT ANS, le 20 juillet 1889, qu'un congrès ment en raison de la signification qu'elle avait prise aux Etats-Unis. En effet, en 1884, les syndicats américains avaient décidé qu'à partir du 1er mai 1886, les ouvriers cesseraient le travail jusqu'à ce qu'ils obtiennent la journée de huit heures. Lors d'un rassemblement, à Chicago, la police monta une machination : une bombe fut lancée. Huit dirigeants anarchistes furent accusés, arrêtés et condamnés à mort. Seuls trois d'entre eux purent être sauvés grâce à une campage internationale. En 1888, la Fédération américaine du travail, (AFL) décida qu'à partir du 1er mai 1890, chaque 1er mai serait l'occasion d'une nouvelle bataille pour la journée de 8 heures.
1890-1914 : Malgré la répression, le 1er mai devint une fête internationale du travail. C'est devant le succès de la manifestation de 1890 dans de nombreux pays européens et américains (les Etats-Unis mais aussi le Mexique et Cuba) que la décision de la répéter chaque année fut prise par les organisations socialistes, anarchistes et syndicales.
Graduellement un rituel s'instaura : on s'abstient de travailler, la famille toute entière participe, on renouvelle solennellement sa carte à la Maison du peuple, un pique-nique champêtre est organisé, on écoute des discours, puis toutes les organisations ouvrières participent à une procession dans la ville.
Les grands thèmes du 1er mai sont la journée de huit heures, la solidarité internationale. En 1912, 1913, et 1914, c'est l'égalité des femmes et l'urgence d'une action contre la guerre qui passent au premier plan.
1914-1919 : Pendant la guerre, les organisations ouvrières réformistes qui soutiennent l'effort de guerre de leurs gouvernements respectifs sont embarrassées par le caractère internationaliste du 1er mai. Souvent, elles appellent les travailleurs à se contenter de "méditer sur la situation".
Le 1er mai 1916 est l'occasion de la reprise d'actions contre la guerre, à l'appel de la minorité de socialistes internationalistes qui se sont réunis à la confé rence de Zimmerwald. A Berlin, Karl Liebknecht fait crier "A bas la guerre !" Le 1er mai 1917, les manifestations s'amplifient. La plus forte est évidemment celle de Pétrograd, en révolution depuis février : elle affirme la force de la classe ouvrière face au Gouvernement d'organisations ouvrières européennes et américaines (qui participeront plus tard à la fondation de la lle Internationale), réunies à Paris à l'occasion du centenaire de la prise de la
Bastille, a décidé de faire du 1er mai une manifestation internationale des travailleurs.
L'idée de coordonner la lutte des travailleurs pour la réduction de la journée de travail dans plusieurs pays était dans l'air depuis quelques années. A l'époque il s'agissait d'établir une journée de huit heures (mais six jours par semaine !).
J.B et M.R.
provisoire bourgeois. A Budapest, le 1er mai 1919, la République des conseils organise une immense fête pour mobiliser les masses contre les armées contre- révolutionnaires qui marchent sur la capitale. Ailleurs, les grèves et manifestations réclament l'arrêt des interventions contre la révolution russe.
1920-1940 : Le 1er mai est souvent célébré par les socialistes et communistes dans la division, mais reste un enjeu important.
Etats-Unis, l'AFL abandonne le ter mai en faveur du Labor Day, fête nationale du travail, en septembre.
Italie, Mussolini interdit les manifestations du 1er mai et proclame le 24 avril (anniversaire de la fondation de
Rome) fête du travail.
Allemagne, Hitler transforme le 1er mai en fête du Front du travail nazi.
France, le 1er mai 1936, les travailleurs réclament la semaine de 40 heures, revendication non inscrite au programme du Front populaire, mais qu'ils imposeront quelques semaines plus tard par la grève générale.
Espagne, le 1er mai 1937 le gouvernement républicain de Caballero interdit toute manifestation à Barcelone, par crainte de débordements qui remettraient en cause sa politique antiouvrière. Quelques jours plus tard, les travailleurs organisent une insurrection.
1940 à nos jours : Dans de nombreux pays capitalistes, dans le cadre des concessions faites au mouvement ouvrier, le ter mai est reconnu comme fête légale. On tente alors de le banaliser ou de le récupérer. En 1955, le pape Pie XII instaure la fête liturgique de "Saint-Joseph artisan" le 1er mai, et appelle les travailleurs chrétiens à combattre le communisme de l'intérieur du mouvement ouvrier. Plus largement, c'est l'aspect loisir et fête du printemps qui est souligné par la bourgeoisie
Mais la répression est toujours là, par exemple : 1947, Sicile : 11 morts ; 1952 Berlin : 7 morts ; 1952, Afrique du Sud : 18 morts ; 1977, Istanbul : 37 morts, etc.
Dans les pays de l'Est, en revanche, la bureaucratie s'empare du 1er mai pour en faire une procession momifiée.
Mais partout, le 1er mai retrouve toute sa jeunesse dès que les droits syndicaux et politiques sont reconquis
Cuba, le 1er mai 1959, 4 mois après la prise du pouvoir, est l'occasion d'une immense manifestation.
Portugal, le 1er mai 1974 est l'occasion pour les travailleurs de s'engouffrer dans la brèche ouverte par le coup d'Etat des officiers. Arborant des œillets rouges, des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue. Le putsch devient révolution.
1er mai 1975, coïncide avec la libération de Saïgon.
Turquie, après la manifestation massive du 1er mai 1976, la principale place d'Istanbul est baptisée par les travailleurs : "Place du 1er mai".
Philippines, la principale centrale
KMU, est fondée le ler mai 1980 et adopte le nom de Mouvement du
Pologne, en 1982, le 1er mai officiel est débordé pour la première fois : à l'appel des structures clandestines de Solidarité, 200 000 travailleurs manifestent contre l'Etat de guerre et pour réclamer la légalisation de Solidarité.
Afrique du Sud, où le gouvernement a proclamé que le 5 mai doit être la fête du travail, les syndicats COSATU et ANCTU appellent régulièrement à la grève le 1er mai.
Cette liste non exhaustive témoigne de la vitalité et du rôle symbolique du 1er mai dans les luttes ouvrières, partout dans le monde. Aujourd'hui, dans beaucoup de pays, la célébration du ter mai est encore interdite et reste l'enjeu d'une confrontation importante entre la bourgeoisie et le mouvement ouvrier.