LES SANDINISTES avaient conçu la commémoration du 10e anniversaire de la révolution comme un important moyen de vérifier et de mesurer le degré de soutien populaire. Le résultat a été concluant : 300 000 personnes, soit un habitant de Managua sur trois, ont participé au meeting réalisé au centre de la capitale. Arnold BERTHU
D ES MILLIERS d'internationa-
- listes, venus des quatre coins du monde pour participer à des brigades de travail et à des rencontres de solidarité, ont été autant de témoins de ce succès qui n'a pas fait la une des médias bourgeois.
De nombreux militants des différentes sections de la IVe Internationale étaient une nouvelle fois présents, cette année, au Nicaragua. En dix ans, ce sont plus de 7 à 800 militants et sympathisants de la IVe Internationale qui ont participé à des brigades de travail organisées généralement dans un cadre unitaire. Cela témoigne de l'importance du travail de solidarité réalisé par les sections de l'Internationale dans leur pays respectif.
A l'occasion du dixième anniversaire, les sandinistes avaient réalisé plusieurs importantes activités publiques : en dehors du 19 juillet en tant que tel, auquel d'ailleurs étaient invités plusieurs représentants de sections de la IVe Internationale, se sont déroulées une rencontre internationale des comités de solidarité (plusieurs centaines de délégués internationaux y ont débattu, 2 jours durant, des perspectives de la solidarité) et une foire internationale du livre, à laquelle participaient plus de 90 éditeurs et où étaient présentes les éditions La Brèche de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) française et Pathfinderpress des Etats-Unis, ainsi que les revues Inprecor (en français et en espagnol) et International Viewpoint. De nombreux ouvrages de Trotsky et de la IVe Internationale ont été vendus.
Mais l'événement de ces manifestations du dixième anniversaire fut, sans aucun doute, le symposium "Démocratie et Révolution", organisé par les sandinistes, à Managua, les 17 et 18 juillet, et au cours duquel Rosario Ibarra, cienne candidate du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT, mexicaine de la IVe Internationale), à la présidence de la République mexicaine, et Eric Toussaint, dirigeant du Parti ouvrier socialiste (POS, section belge de la IVe Internationale) ont pris la parole.
Démocratie et révolution
Cela fut un événement à plus d'un titre. Le symposium mettait en présence un très large éventail politique : repré sentants de gouvernements bourgeois latino-américains (Parti révolutionnaire institutionnel, PRI, du Mexique, la Démocratie chrétienne du Guatémala, etc.), des porte-paroles de pays dits socialistes (URSS, Pologne, Hongrie, Alle magne de l'Est), de certains pays non alignés (Inde, Libye), de nombreux partis socialistes (espagnol, suédois), de nombreux intellectuels et artistes progressistes, ainsi que des représentants du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), du Parti communiste cubain, du Front démocratique révolutionnaire/Front Farabundo Marti de libération nationale (FDR/FMLN), du mouve ment de la gauche révolutionnaire chilien (MIR), du Congrès national africain (ANC) et de sections de la IVe Internationale venus du Mexique, de France et de Belgique. En tout près de 1 000 personnes ont assisté durant deux jours aux débats
L'éventail politique démontrait la volonté des sandinistes de ne pas chercher à séduire les représentants présents, notamment du gouvernement méxicain et guatémalthèque, mais à ce que s'engage réellement un débat. D'ailleurs, Daniel Ortega lui-même, dans son discours d'ouverture, a tenu à réaffirmer sa conception de la démocratie : "L'insurrection armée de juillet 1979 a constitué l'acte le plus démocratique posé par le peuple nicaraguayen dans toute son histoire" et à émettre des critiques quant au caractère de façade des "démocraties" du reste du continent.
L'intervention de notre camarade, Eric Toussaint allait également dans ce sens et dénonçait la campagne et les pressions qui s'exercent, aujourd'hui, contre le Nicaragua. "Ce qui me semble
NICARAGUA
10e anniversaire
de la Révolution
honteux dans cette campagne à laquelle participe également la Communauté européenne, c'est la volonté d'augmenter, au Nicaragua, le poids du secteur capitaliste, réintroduisant ainsi, sur une plus large échelle, l'exploitation des masses".
Toussaint a également souligné, entre autre, que "l'une des différences clés entre le Nicaragua et les pays dits socialistes qui passent actuellement, pour certains d'entre eux, par de profondes ré formes dont certaines rétablissent d'importants espaces de liberté, c'est le fait qu'ici, le peuple est en armes. L'Etat agressé par la Contra, dans une situation de destabilisation, n'a pas pour autant repris les armes aux masses. Au contraire, il lui en a distribué plus et, le droit des citoyens à s'insurger contre toute mise en cause de leurs conquètes est inscrit dans la constitution nicaraguayenne. La consolidation de la transition au socialisme implique l'établisse ment progressif de l'exercice du pouvoir par les masses elles-mêmes, au delà de démocratie participative qui, aujourd'hui, existe au Nicaragua."
La Nicaragua vivra !
Pour Rosario Ibarra, "l'expérience du sandinisme démontre qu'il est possible, même dans des conditions de blocus et d'agression, de combattre les idées bourgeoises dans le cadre d'une démocratie pluripartiste et d'utiliser la défense armée de la révolution seulement contre ceux qui l'attaquent les armes à la main. Il faut comprendre, finalement, que les fameuses libertés formelles ne sont pas simplement le fait des démocraties bourgeoises. Elles sont surtout les conquêtes de l'humanité que nous, révolutionnaires, devons défendre, précisemment quand la bourgeoisie cherche à supprimer beaucoup d'entre elles. S'opposer à ces demandes, conduit à s'opposer aux aspirations démocratiques des masses".
Comme l'a conclu Eric Toussaint, en fin de compte, "un des objectifs poursuivis par (les) puissances bourgeoises, c'est la perte du pouvoir d'attraction qu'exerce le Nicaragua sur les peuples de la région. Mais je suis convaincu qu'elles seront un fois de plus frustrées d'une victoire contre-révolutionnaire.
Le Nicaragua continuera à attirer la
Vive le 10e anniversaire de la revolu-