Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

"Dette, apartheid, colonies... ça suffat comme çi !"

· Inprecor n° 293, 18 septembre 1989 · p. 28 · 958 mots

France Afrique australe Économie mondiale

C'EST DERRIÈRE ce slogan que 15 000 manifestants se sont rassemblés, le 8 juillet 1989, à Paris, alors que plus de 100 000 personnes assistaient, le soir, au concert sur la place de la Bastille, et 2 000 au colloque du lendemain. Il s'agissait de la plus importante manifestation anti-impérialiste réalisée, en France, depuis des années, et qui a mis en difficulté le gouvernement français. Alain MATHIEU

IDÉE d'organiser une telle mobilisation contre la dette, les colonies et l'apartheid, face au sommet des sept pays les plus riches qui se tenait cette année, à Paris, en même temps que les cérémonies du bicentenaire de la révolution française, est venue de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IVe Internationale) qui l'avait annoncée lors du meeting pour le 50e anniversaire de la IVe Internationale, en décembre 1988.

Mobilisation unitaire

En quelques mois, s'est construite une mobilisation unitaire exceptionnelle. Autour de l'appel lancé par l'écrivain Gilles Perrault, se sont rassemblées des personnalités importantes de 26 pays différents (voir Inprecor numéro 290 du 12 juin 1989). Réunissant d'abord les comités anti-impérialistes et les organisations d'extrême gauche (à l'exception de Lutte ouvrière et du Parti communiste internationaliste), le collectif unitaire s'est élargi, par la suite, à des personnalités proches du Parti communiste français (PCF), du Parti socialiste (PS), des syndicats, et à toute une frange importante d'artistes et d'intellectuels qui avaient récemment soutenus Mitterrand.

L'écho rencontré par cette initiative dans la jeunesse, dans les entreprises et parmi les milieux intellectuels, a été très fort. C'est le sentiment de solidarité d'égalité qui s'est exprimé dans la rue, face à la tenue du sommet des sept, à l'heure où les émeutes en Algérie, Vénézuela, ou en Argentine, marquaient l'actualité. L'initiative de Mitterrand de faire coïncider le sommet des sept "rois du monde" avec le bicentenaire de la révolution française a été perçu, par beaucoup, comme une insulte aux idéaux de la révolution française de 1789. Mais, Le 8 juillet a aussi cristallisé le mécontentement latent face à la politique immobiliste menée par le gouvernement socialiste, depuis mai 1988.

Successivement, les Jeunesses communistes, puis les organisations syndicales proches du PCF (Syndicat national des enseignants du secondaire, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, la Confédération générale des travailleurs) et enfin, le PCF lui-même, rejoignirent le collectif unitaire. Des secteurs importants de la Confédération française du travail (CFDT), même proches de la majorité confédérale, une partie des responsables de SOS-Racisme, des députés et personnalités du PS, ont fait de même.

Une manifestation dynamique

Le 8 juillet, c'est une manifestation dynamique et colorée qui a traversé le Paris de la Révolution. En tête, se sont retrouvés les représentants étrangers, Landing Savané (Sénégal), Joseph Pinior (Pologne), Georges Louison (Grenade), Jean Ziegler (Suisse), Otelo de Carvalho (Portugal), les représentants du Front de libération national kanake et socialiste (FLNKS), du Groupe révolution socialiste (GRS), des Grünen (Verts allemands), d'Herri Batasuna (organisation nationaliste basque), de Democrazia Proletaria (DP, Italie), côtoyant des personnalités françaises qui ne s'étaient plus retrouvées au coude à coude, depuis longtemps.

Derrière, s'étaient rassemblées les organisations antillaises, le mouvement anti-apartheid, un cortège d'associations de femmes, des associations de travailleurs immigrés, les comités de solidarité avec l'Amérique centrale, les cortèges syndicaux. La LCR et les Jeucommunistes révolutionnaires (JCR) ouvraient le cortège des organisations politiques, avec plusieurs milliers de personnes sous leurs banderoles, ce qui en fit un des plus gros cortèges de la manifestation. La presse nationale et les média se ont largement fait l'écho à l'importance de la mobilisation et du rôle de la LCR, dans cette initiative.

Le colloque du 9 juillet fut aussi une réussite, grâce notamment à la présence de nombreuses organisations étrangères, représentant aussi bien des

CULA

apartheid

colonies

luttes à l'Est, que dans les pays capitalistes avancés, ou au Tiers-monde. La IVe Internationale était représentée par le GRS et le camarade Sergio Rodriguez, du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT, section mexicaine). Rodriguez a notamment dénoncé le rôle des bourgeoisies nationales et des régimes dictatoriaux qui sont soutenus par l'impérialisme pour appliquer les recettes du Fond monétaire international (FMI) dans les pays dominés, et a expliqué que seule l'alliance entre peuples opprimés et les travailleurs du monde entier pouvait ouvrir la voie à l'unique solution au problème du sous développement : le socialisme.

Cuhautemoc Cardenas (Mexique), Tony Benn (Grande Bretagne), Ben Bella (Algérie), qui ne pouvaient être présents lors du colloque, ont envoyé un message de soutien à l'initiative.

Le succès du 8 Juillet confirme ce qui avait été révélé par les manifestations contre l'assemblée du FMI, à Berlin, à l'automne 1988. Dans les pays capitalistes avancés, il existe une disponibilité, notamment dans la jeunesse, pour la solidarité internationale, surtout lorsqu'elle s'exprime en fusionnant les exigences égalitaires, démocratiques et anti-impérialistes.

D'autre part, les courants Tiers-mondistes, chrétiens, et Verts, avaient aussi organisé un "Contre-sommet des pays les plus pauvres", le 15 juillet, à Paris. Une jonction a pu être faîte entre les deux initiatives, ce qui montre qu'une exiger l'annulation immédiate et totale de la dette.

L'appel de la Bastille

C'est le sens de "l'appel de la Bastille" que le collectif unitaire a lancé à l'issue du 8 Juillet : rassembler très largement, et au niveau international, toutes les forces qui sont d'accord pour exiger l'annulation immédiate de la dette ; faire signer l'appel à plusieurs millions d'exemplaires ; prendre des initiatives de mobilisations à chaque réunion du FMI, des sept pays les plus industrialisés, du Club de Paris ; réagir à chaque révolte populaire contre l'austérité imposée par le FMI. L'an prochain, en juin, le sommet des sept se tiendra aux Etats-Unis. Pourquoi ne pas organiser des manifestations aux Etats-Unis, au même moment, dans les principales capitales d'Europe, en Amérique latine, en Afrique?

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