ACCORD conclut à Tela (port hondurien des Caraïbes) prévoit : 1- L'application effective des accords d'Esquipulas, excluant la possibilité, pour un Etat, de prêter son territoire à des troupes qui déstabilisent un gouvernement voisin (cela vise évidemment le Honduras) ;
2- Réaffirme la nécessité d'appliquer le plan de démobilisation de la Contra (adopté en février 1989, ce plan devait être appliqué dans un délai de 90 jours, mais il a été torpillé par le congrès américain en mars 1989);
3- Demande à l'Organisation des Nations Unies (ONU) de créer une force internationale de paix chargée d'aider la démobilisation de la Contra et de surveiller la frontière honduro-nicaraguayenne, pour empêcher toute nouvelle infiltration
Pour obtenir ce qui précède, le président nicaraguayen a dû faire des
- La suspension conditionnelle et provisoire de la plainte que le Nicaragua avait déposé à l'encontre du Honduras, devant la Cour de justice internationale de La Haye, pour non respect des accords d'Esquipulas. Cette plainte allait aboutir à une condamnation imminente du Honduras. Les sandinistes ont utilisé la suspension comme monnaie d'échange, sans pour autant
- Un appel des présidents nicaraguayen, hondurien, costaricain et guatémaltèque, adressé d'une part, au Front Farabundo Marti de libération nationale du Salvador (FMLN), d'autre part, au gouvernement salvadorien. Au FMLN, il est demandé de "réaliser un dialogue constructif afin d'obtenir une paix juste et durable". Symétriquement, les mêmes présidents "pressent le gouvernement salvadorien au dialogue pour l'incorporation des membres du FMLN à la vie paci-
La concession est limitée, FMLN exige lui-même, depuis l'accession au pouvoir de l'Alliance pour la rénovation nationale, ARENA (Voir Inprecor numéro 284 du 20 mars 1989), l'ouverture "d'un dialogue constructif" avec le gouvernement. Le 7 août 1989, le commandement général du FMLN a salué les accords de Tela dans les termes suivants : "Ils constituent une victoire des forces révolutionnaires, progressistes, indépendantistes et démocratiques de la région, et à ce titre, nous les applaudissons vigoureusement. (...) Malgré le fait que le gouvernement et les
AMÉRIQUE CENTRALE
Les Accords de Tela
LES CINQ PRÉSIDENTS centro-américains se réunissaient une nouvelle fois, les 5, 6 et 7 août derniers, pour tenter de sortir de la paralysie dans laquelle étaient entrés les précédents accords d'Esquipulas I et Il, et de Costa del Sol (voir le numéro spécial d'Inprecor sur l'Amérique centrale, numéro 291 du 3 juillet 1989).
Eric TOUSSAINT forces armées défendaient la thèse de la symétrie (entre FMLN et la Contra, ndlr), leurs prétendues preuves ne furent pas prises en compte. (...) Le FLMN réaffirme sa volonté de continuer à contribuer, en collaboration avec les partis, l'archevêque de San Salvador et d'autres forces sociales, à la réalisation d'un dialogue et de négociations avec le gouvernement. (...) [selon les accords] il est clair que le FMLN est une force nationale qui a de bonnes raisons d'être en guerre, et avec laquelle il faut négocier pour faire la paix ; personne ne peut démobiliser le FMLN parce qu'il est à l'intérieur du pays, et constitue une force na-
Afin dévaluer l'accord, il s'agit de prendre en compte ce que l'administration Bush attendait des 4 présidents centro-américains opposés au Nicaragua.
Ceux-ci auraient dû déclarer que le Nicaragua n'avait pas appliqué les accords d'Esquipulas et de Costa del Sol, et qu'en conséquence, ce régime restait une dictature autoritaire. Ils auraient ainsi justifié, à la fois le maintien de l'aide américaine à la Contra, jusqu'aux élections nicaraguayennes de
1990, et la non application des accords de février 1989 par le Honduras. De plus, les Etats-Unis attendaient que les gouvernements du Guatémala, du Honduras et du Costa Rica joignent leur voix à celle de Cristiani (président du Salvador), pour mettre sur le même pied la
Contra et le FMLN. Sur ces différentes questions, l'administration Bush a lamentablement échoué, et ce jugement est partagé par différents commentateurs américains, tel le New-York Times, qui déclarait dans son édition du 8 août
1989 : "La signification de cet accord est que, pour la première fois, il y a un timing clair pour le départ des rebelles connus sous le nom de contras, approuvé unanimement par les leaders de la région. Parmi ceux qui ont signé cet accord, se trouvait le président Azcona du Honduras, dont le pays sert de base aux 6 000 à 10 000 contras. Cet accord, obtenu malgré une forte opposition américaine, appelle les contras à déposer les armes sur une base volontaire. (...) Les 5 présidents ont rejeté une proposition du président Cristiani du Salvador qui aurait voulu lier le démantèlement de la Contra à un accord similaire concernant le désarmement des guérilleros gauchistes au Salvador. (...) L'accord final a été considéré par beaucoup comme une importante victoire diplomatique pour le Nicaragua."
Durant les négociations de Tela, l'administration Bush a exercé une pression constante sur les 4 présidents opposés aux sandinistes. L'envoyé spécial du quotidien mexicain Excelsior, écrivait, le 7 août 1989 : "Ces pressions ont atteint leur paroxysme durant la dernière nuit, (...)le sommet couru le risque d'aboutir à un échec et des changements ont été introduits dans les textes des résolutions ; on a éliminé de la version finale ce qui avait, au départ, obtenu l'accord des cinq présidents, à savoir un délai de 45 jours pour le démantèlement de la Contra (il a été remplacé par un délai de 90 jours, ndlr)"
L'échec de l'administration Bush n'est évidemment pas définitif. L'impérialisme américain dispose encore d'important moyens de pression pour torpiller l'exécution de l'accord, et il ne se prive pas d'y recourir. C'est ainsi que le 16 août, Bush a gelé la moitié du montant de l'aide économique que le congrès a décidé d'attribuer au Honduras (70 millions de dollars ont été bloqués). Quelques jours auparavant, le Honduras avait déployé ses troupes autour des camps de la Contra...
La "neutralité active"
Les régimes au pouvoir au Costa Rica et au Guatémala sont fondamentalement des alliés des Etats-Unis, mais ils ne sont pas pour autant disposés à obéir purement et simplement aux ordres venus de Washington. Ils ont adopté, ces dernières années, une attitude de "neutralité active", pour reprendre l'expression employée par le président guatémaltèque. Celui-ci s'est refusé à réaliser une alliance dure avec le Honduras et le Salvador, ce que les Etats-Unis avaient tenté de mettre en place à partir de 1984. Quant au Costa Rica, il a, en 1986 et 1987, expulsé de son territoire
les forces armées de la Contra. Si ces deux pays maintiennent une relative autonomie par rapport aux Etats-Unis, c'est notamment parce qu'ils aspirent à jouer un rôle politique propre au niveau de la région, leur bourgeoisie étant les plus fortes d'Amérique centrale.
L'anti-sandinisme d'Arias et de Cerezo, (présidents du Costa Rica et du Guatémala) est virulent, mais ces derniers ne sont pas disposés à soutenir une tentative d'écrasement militaire du Nicaragua, car ils craignent de voir augmenter à la tois la domination américaine sur la région, et les sources de tensions internes qu'entraînerait la résistance prolongée du peuple nicaraguayen. Cette résistance aiguiserait, en effet, les contradictions sociales internes au Guatémala et au Costa Rica, dans un contexte où la guérilla guatémaltèque s'est renforcée ces dernières années, et où les mouvements populaires des deux pays ont connu une recrudescence significative (quelques après la signature des accords de Tela, Arias devait affronter une grève générale, tandis que son homologue Cerezo avait dû faire face, en juillet, à une grève enseignants et des administrations publiques). considérer que c'est l'ampleur de la recomposition du mouvement populaire au niveau de la région, combinée à l'enracinement social du régime sandiniste, qui amènent Arias et Cerezo à garder certaines distances par rapport aux Etats-Unis.
Dialogue FMLN/Cristiani
Du côté salvadorien, l'échec de Cristiani à Tela est patent. Le FMLN soutient un rythme d'activités militaires très élevé depuis plus d'un an, et ne donne aucun signe de fatigue. Sa capacité d'action dans les villes vient encore d'augmenter. Néanmoins, on n'aperçoit toujours pas de signes insurrectionnels. Le rapport de forces ne s'est pas encore modifié de manière décisive en faveur de la révolution, et cela est mis à profit par la diplomatie soviétique pour tenter de convaincre le FMLN d'arriver à une solution négociée. Cependant, celui-ci exprime une grande volonté d'autonomie par rapport à Gorbatchev. Le dialogue FMLN/ gouvernement qui vient d'être initié le 12 septembre, à Mexico, ne peut en aucune manière être considéré comme un signe de faiblesse ou de fléchissement de la part du FMLN. Le fait que ce dialogue ait lieu témoigne, au contraire, de la faiblesse du gouvernement Cristiani.
Le sommet de Tela a fait l'objet d'une préparation minutieuse de la part des sandinistes. Ils voulaient éviter de donner un prétexte majeur à une mise en cause, par les présidents des 4 Etats voisins, de la légitimité du processus électoral en cours. Une telle mise en cause aurait alimenté la campagne internationale, lancée notamment par les Etats-Unis qui visent à présenter les élections comme la "chronique d'une fraude annoncée". Elle aurait aussi constitué un obstacle à l'application du plan de démobilisation de la Contra, adopté une preteindre cet objectif, Daniel Ortega s'est rendu à Tela avec un atout de taille : nistes avaient obtenu, de la presque totalité des partis d'opposition, un accord validant les lois électorales.
Le résultats atteint à Tela constitue une victoire politique pour les nistes car, même si les contras ne sont pas tous désarmés dans le délai prévu (décembre 1989), il n'en demeure pas moins qu'ils perdent toute légitimité dans la région et au niveau international.
C'est un argument important qu'ils pourront valoriser auprès des masses dans le cadre de la campagne électo15% des américains sont incapables de localiser les Etats-Unis sur une carte... rale. Par ailleurs, pour obtenir cela, il est clair que les sandinistes ont dû faire des concessions à l'opposition politique de droite, à l'Eglise, et aux patrons, à ceci près que, ces concessions ont été faites lors des précédentes négociations. L'essentiel de ces concessions a été, en effet, réalisé en deux temps. Le premier, en septembre 1987, lors de la réouverture du quotidien La Prensa, de la Radio catholique et de l'attribution d'un rôle de médiateur à l'archevêque réactionnaire Obado y Bravo. Le second, en février 1989, lors de lannonce, au sommet de Costa del Sol, de la convocation d'élec tions anticipées pour février 1990, dans le cadre de la dite "démocratisation du Nicaragua" et du début de la concertation avec le patronat.
A Tela, les sandinistes n'ont pas fait de nouvelles concessions sur le plan intérieur, ils ont plutôt engrangé le résultat positif de leur diplomatie antérieure et de la consolidation de la révolution nicara guayenne. Jusqu'ici, la politique l'égard de l'opposition de droite n'a pas mis véritablement en difficulté le pouvoir révolutionnaire : la plus grande liberté d'expression et de manœuvre laissée à toute l'opposition a dynamisé le mouvement sandiniste lui-même, confirmant ainsi l'orientation prise par celui-ci en ce qui concerne le pluralisme (1).
En convoquant des élections pour février 1990, les sandinistes ont décidé de relever un énorme défi : réussir à obtenir dans les urnes, un nouvel appui massif des masses, malgré une situation économique détériorée à l'extrême, à laquelle s'ajoute une ingérence étrangère dans la campagne électorale. L'aide financière massive des Etats-Unis à l'opposition de droite dépasse déjà, en effet, le montant de l'aide économique accordée par l'Europe occidentale au Nicaragua, suite à la tournée européenne d'Or-
Le défi électoral Pour gagner les élections, les sandinistes ont décidé de mettre leurs candidats à l'épreuve des masses (il y a plusieurs milliers de candidats, élections sont à la fois présidentielle, législatives et municipales). Le processus de sélection est très ouvert, dans la mesure où chaque organisation sandiniste discute largement des candidats qu'elle met en avant, ainsi que de ceux présentés par les autres organisations sandinistes, tous devant recevoir, ensuite, l'aval de la base sur le plan local. De plus, ces derniers mois, le gouvernement sandiniste a commencé à infléchir sa politique économique. En effet, c'est surtout sa base sociale qui avait fait les frais des mesures d'austérité entreprises en 1988. d'une victoire électorale de l'opposition ne sont pas à écarter. Le fait que les Etats-Unis ont réussi à convaincre la plupart des partis d'opposition de présenter un candidat commun, donne la mesure du danger. Violeta Chamorro pour la présidence (2) et Virgilio Godoy pour la vice-présidence, sont sans doute les meilleurs candidatures dont pouvaient se doter l'opposition de droite, même si leur capacité de mobilisation semble bien limitée (le récent meeting d'appui à ces candidatures, à Managua, aurait rassemblé, selon le quotidien El Pais, 5 000 personnes).
Par ailleurs, les sandinistes déclarent, à juste titre, qu'ils doivent gagner les élections à Managua, à Washington, et dans les capitales européennes. Ils ont donc invité un grand nombre d'observateurs internationaux durant le processus électoral. C'est pour cela aussi qu'ils font appel à la solidarité internationale, pour gagner cette bataille électorale. •
15 septembre 1989
1) Tomas Borge résumait déjà très bien cela, voici 5 ans : "L'existence de gens critiques, d'opposants, de dissidents, de mécontents et de réactionnaires, insuffle vie et vigueur à la révolution. La confrontation et la polémique développent les muscles idéologiques et politiques du peuple. C'est une gymnastique permanente, un antidote à l'ankylose, à la passivité" (cité par Gramma le 7 août 1984).
2) Violeta Chamorro est la propriétaire du quotidien d'opposition La Prensa. Elle fut notamment ministre du premier gouvernement de coalition, immédiatement après la révolution. Son mari, Pedro Chamorro, leader de la bourgeoisie anti-somoziste, fut assassiné par la dictature, avant la révolu-