Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LA GLASNOST ET SES LIMITES

Eltsine aux Etats-Unis

Inprecor n° 294, 2 octobre 1989 · p. 28 · 613 mots

URSS et Russie

BORIS ELTSINE, membre du Comité central du Parti communiste soviétique, et enfant terrible de la perestroïka, vient d'achever son séjour aux EtatsUnis, où il avait été invité afin de tenir plusieurs conférences dans le cadre des universités américaines. Si le voyage semble avoir été très agréable, beaucoup moins agréable a été, sans doute, le retour à Moscou, où la Pravda reproduisait un article du quotidien italien Repubblica, qui donnait des larges informations au sujet de la vie mondaine menée par Eltsine aux Etats-Unis, et notamment le nombre de bouteilles de whisky qu'il aurait consommées et la collection complète de cassettes-vidéo de Rambo qu'il semble avoir achetée (Repubblica, 14 septembre 1989).

Après la réaction indignée d'Eltsine (qui a qualifié ces rumeurs de "complot américain"), des prises de position en sa faveur dans les journaux radicaux pro-glasnost, ainsi qu'une déclaration du Politburo, et même une manifestation de solidarité qui eut lieu à Moscou, la Pravda a publié une petite note où elle présente ses excuses au leader moscovite et qualifie de diffamateur le correspondant de Repubblica aux Etats Unis, Vittorio Zucconi (Pravda, 21 septembre 1989). Par la suite, le journal italien Repubblica, a publié un article daté du 24 septembre, déclarant par la plume de son rédacteur en chef que la tournée aux Etats-Unis de Boris Eltsine "avait été relatée avec trop de brusquerie et trop d'imprécision dans les détails, ce qui a été utilisé à Moscou comme arme politique contre lui. Ceci n'a jamais été notre intention", et a présenté ses excuses à Eltsine (Les Nouvelles de Moscou du 29 septembre 1989).

Il semble, en effet, clair que les secteurs conservateurs de l'appareil bureaucratique soviétique ont essayé d'exploiter cette affaire afin de régler leurs comptes avec l'aile radicale de la perestroïka. Vitali Tretiakov, rédacteur en chef adjoint des Nouvelles de Moscou, écrivait notamment, dans son éditorial, que "la glasnost qui fouille dans le linge sale d'autrui est un vieux procédé utilisé pour étouffer la glasnost authentique. Je ne m'intéresse nullement à ce qu'Eltsine a bu ou acheté aux Etats-Unis. Nous voyons en lui un personnage politique. Je préfèrerais savoir comment Eltsine a représenté notre pays en Amérique, et quels ont été ses sujets d'entretien" (Les Nouvelles de Moscou, numéro spécial "TURSS dans les livres", septembre 1989).

Mais c'est justement sur ce dernier point que les performances américaines d'Eltsine semblent les plus inquiétantes : à New York, après avoir manifesté son éblouissement face à la statue de la liberté, Eltsine a avoué avoir "changé, en une journée et demie, (...) toutes les impressions sur les Etats-Unis, le capitalisme et les Nord-américains" qu'il s'était

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LE 'QUE VE -TU, CAMARADE, C'EST LE NOUVEAU RÉALiSHE SOCiALiSTE !" formées "depuis des années". Pour ne pas laisser de doutes sur le type de changement intervenu dans sa vision du capitalisme occidental, il a également précisé que, face à l'URSS, où "l'économie est en crise, la finance est en crise, le Parti communiste est en crise, les nationalités sont en crise et où le niveau de vie n'a pas augmenté depuis quatre ans de perestroïka (...), le capitalisme, non seulement n'est pas pourrissant, comme on le dit souvent, mais est en train de prospérer" (El Pais, 12 septembre 1989). Dans les rues de New York, il n'a pu retenir son admiration face à la richesse des magasins: "Je n'avais jamais vu autant de propreté, de marchandises et d'efficacité", aurait-il déclaré.

Ce qui est important n'est pas, en effet, de savoir si Eltsine a été séduit par les mythes américains (Rambo) ou le "charme" des supermarchés et des bars occidentaux, mais s'il a fini par se convertir, lui aussi, aux "vertus" de l'économie capitaliste... •

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