Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Indignation unanime après le meurtre de Zé

· Inprecor n° 297, 13 novembre 1989 · p. 12-13 · 1 150 mots

Portugal

LE 28 OCTOBRE, au petit matin, le dirigeant du Parti socialiste

Internationale) José Carvalho, que nous appelions entre nous

Zé de MESSA [usine où il travaillait], a été assassiné en face de notre local, à Lisbonne. Ses assassins, une bande de skinheads néo-nazis, s'étaient fait remarquer jusqu'alors par de petites

PORTUGAL

Indignation unanime

révolutionnaire (PSR, section portugaise de la IVe provocations, principalement envers des Africains et des Indiens (voir Inprecor numéro 296 du 30 octobre 1989). Francisco LOUÇA

CE SOIR là, comme chaque semaine, le local du PSR accueillait un concert, dans le cadre de la campagne antimilitariste dans la jeunesse, qu'il organise depuis un an, en collaboration avec près de 70 groupes de rock (la quasi totalité des groupes du pays et certainement les plus importants). Dans la mesure où il existe une grande sensibilité autour de ce thème - dans un pays où les jeunes sont obligés de passer deux ans au service militaire, encadrés par des officiers ayant une idéologie et une pratique héritées des guerres coloniales — et que c'est l'unique endroit de la ville où l'on puisse écouter de la musique rock en direct, ces concerts réunissent, chaque semaine, des centaines de jeunes. Depuis quelques mois, se faisaient plus fréquentes des provocations de groupes para-militaires de skinheads, qui se plaçaient près des entrées pour effrayer les jeunes participants. Cependant, jusqu'à présent, nous avions seulement connu de petits affrontements, résolus par un service d'ordre de base, appuyé par l'auto-organisation des jeunes présents aux concerts.

Cette nuit-là, les skinheads se sont comportés différemment. Après quelques provocations, un groupe d'environ quarante militants et sympathisants du PSR est sorti du local pour en barrer l'accès. Les skinheads se sont éloignés assez vite ; en fait, il s'agissait d'une manœuvre pour préparer leur attaque. Elle a été très rapide et a eu lieu alors qu'il ne restait que très peu de militants devant la porte du local. En quelques secondes, les assaillants ont blessé deux personnes (dont l'une souffre d'un traumatisme crânien et d'une fracture du nez) et en ont tué une autre. José Carvalho a reçu un couteau en plein cœur. Il est mort quasiment sur le coup.

Une poursuite a été organisée, cette fois avec des forces significatives du PSR et avec l'aide de la police, mais il n'a pas été possible de retrouver immédiatement la bande de skinheads qui avait tout de suite pris la fuite. Environ une demi-heure après l'attaque, le PSR a fourni à la police le signalement de trois des attaquants, afin qu'elle mène sa propre enquête. Le lendemain matin, tous les membres de la bande ont été identifiés et emprisonnés, et il a rapidement été possible de reconstituer les circonstances de l'assassinat. Un des membres du groupe, qui a avoué posséder un couteau (arme peu habituelle dans ce genre de groupes) a été maintenu en détention par le juge d'instruction, tandis que, pendant le déroulement de l'enquête, il n'a pas voulu inculper les autres pour complicité.

Mobilisation unitaire

La réaction à l'assassinat a été impressionnante. Des milliers de gens ont participé à l'enterrement, 24 heures après le crime. Tous les partis de gauche sans exception, les deux centrales syn-dicales, des militaires d'Avril [à l'origine de la "Révolution des cillets" du 25 avril 1974, ndlr], des conseils municipaux, des syndicats, des associations d'étudiants, des centres culturels et des mouvements anti-impérialistes et de solidarité internationale, des députés nationaux et européens, des associations de travailleurs africains, la Jeunesse du parti au gouvernement et divers partis de droite ont envoyé des messages ou se sont fait représenter aux obsèques. De hauts dirigeant du Parti socialiste (PS) et du Parti communiste du Portugal (PCP), de toutes les formations d'extrême gauche, le président de l'Association des militaires du 25 avril, un des frères et la veuve du chanteur José Afonso, des Motion approuvée à l'unanimité par le Parlement portugais

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amis venus de tout le pays, des écrivains et des artistes, des militants syndicaux et populaires de son quartier se sont joints au cortège funèbre impressionnant et émouvant. Les groupes de rock avec lesquels José travaillait dans la campagne anti-militariste faisaient également partie du cortège.

Tous les quotidiens ont consacré leur une à ce tragique événement, qui a fait également l'ouverture du principal journal télévisé de la journée. Les quotidiens et les hebdomadaires nationaux ont publié plus de cent pages sur cet événement : la radio a diffusé des informations actualisées heure après heure, ainsi que des déclarations et des commentaires sur l'évolution de l'enquête. Dans la soirée de samedi, la principale radio de Lisbonne a consacré une émission à Zé de

Douze heures après sa mort, le PSR a organisé un hommage public à Lisbonne, après avoir ajourné sa Conférence nationale prévue durant le weekend. Tous les délégués, et notamment ceux de trois régions où le Parti est implanté depuis peu (Coimbra, Caldas da Rainha et Evora), venus pour la première fois à une Conférence nationale, ont participé à l'organisation de la ri-

Le lendemain, le président de la République, Mario Soares, a téléphoné à la direction du PSR pour exprimer sa tristesse et se mettre à notre entière disposition. Le parlement a approuvé une motion à l'unanimité (voir encadré p. 19). Des centaines de lettres et de télégrammes sont arrivés, notamment de nombreux jeunes ayant assisté à des agressions des skinheads, ou en ayant été victimes, qui se mettaient à la disposition du Parti pour donner leur témoignage ou contribuer à l'identification de la bande.

Dès le début, le PSR a agi sur deux tableaux différents. D'une part, il a fait pression sur les autorités et les institutions pour que tous les assassins soient considérés comme responsables : des réunions successives ont été immédiatement organisées avec la police, le ministre de la Justice et le procureur de la République. Dans le même temps, s'est mis en place un ensemble de procédures judiciaires du PSR et des deux militants agressés, en collaboration avec leurs familles.

D'autre part, le PSR s'est efforcé d'organiser la mobilisation de toute l'opinion démocratique et des forces du mouvement ouvrier. Travaillant aux côtés d'un groupe important de journalistes d'investigation, le PSR a rédigé un dossier sur les liens entre ces groupes néonazis — qui remontent, comme on pouvait le supposer, à la dictature salazariste — et mis sur pied une campagne de riposte. Deux grands concerts d'hommage, auxquels participeront les principaux noms de la musique portugaise, depuis le rock jusqu'à l'opéra, en passant par le jazz et la musique populaire, seront des moments privilégiés d'intervention. Toutes les troupes de théâtres de Lisbonne vont dédier un spectacle à Zé. Les syndicats et les partis de gauche collaborent à notre initiative. Ainsi le PCP a mis à la disposition du PSR toute son infrastructure pour l'organisation de fêtes et

La riposte commence. Elle n'est pas prête de s'achever. Un crime ne s'oublie ni ne se pardonne jamais.

Lisbonne, 8 novembre 1989

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