Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Il faut chasser Cristiani !

· Inprecor n° 299, 11 décembre 1989 · p. 24-25, 25 · 1 712 mots

El Salvador Nicaragua Amérique centrale États-Unis

ALORS QUE la situation au Salvador reste très tendue (l'état de siège a été prorogé pour trente jours lors d'un vote unanime de l'Assemblée nationale), le Front Farabundo Marti de libération décembre, incluait la revendication de « garanties du respect libération des prisonniers politiques et la destitution immédiate du colonel Ponce, chef de l'état-major, des trois dirigeants de l'armée de l'air et des responsables du meurtre des jésuites de

EL SALVADOR

Il faut chasser

Cristiani !

Cristiani, a rejeté cette offre .

Alfonso MORO

TOUT INDIQUE que la fin de l'année sera marquée par une tion de la guerre au Salvador, et peut-être par la généralisation du conflit à toute l'Amérique centrale.

Dans les faits, contrairement aux informations diffusées par la majorité des journaux, l'offensive lancée par le FMLN le 11 novembre n'est pas terminée ; en réalité, les révolutionnaires salvadoriens emploient diverses possibilités politico- militaires pour obliger le gouvernement des escadrons de la mort à accepter une issue qui aille dans le sens des intérêts historiques du peuple salvadorien. Pour leur part, Cristiani, les militaires regroupés autour de la tandona (Voir Inprecor numéro 298, du 27 novembre), et le gouvernement Bush lui-même, plutôt que de reconnaître leur faiblesse politique et l'échec de leurs plans pour isoler le FMLN de la population, ont décidé de miser sur la défaite militaire du FMLN.

Ils également essayent d'étendre le conflit à l'ensemble de l'Amérique centrale, en accusant tout particulièrement Cuba et le Nicaragua de s'immiscer dans les affaires intérieures du

Salvador et d'apporter une aide militaire aux révolutionnaires du FMLN.

Les événements de l'hôtel Sheraton (pris par les forces du FMLN, le 21 novembre dernier) ont permis nationale (FMLN) a réitéré sa demande de cessez-le-feu immédiat sous le contrôle des organismes internationaux.

Cette proposition, présentée lors du sommet des cinq présidents centraméricains au Costa Rica, les 11 et 12 des droits de l'homme » telles la levée de l'état de siège, la l'université centraméricaine. Le président salvadorien, de démontrer jusqu'où allait le cynisme de Cristiani et de Bush. La présence dans cet hôtel de douze Bérets verts nord-américains en possession d'armes aggravapuissantes éclaircie ni par le gouvernement salvadorien ni par celui des Etats-Unis. La version de l'ambassadeur des

Unis, William Walker, selon laquelle ils étaient là en tant que membres d'une unité d'entraînement", met de plus en plus en évidence la présence de conseillers militaires nord-américains ; ces derniers ont même participé directement aux bombardements nocturnes de San

Salvador.

que le gouvernement Bush est en train de propager une rumeur selon laquelle le FMLN chercherait à attaquer des citoyens des Etats-Unis, situation qui permettrait l'intervention militaire directe de l'impérialisme yankee. Il ne faut pas oublier qu'en diverses occasions le Com-

Farabundo Marti pects n'a, jusqu'à présent, été et du Parti de

Etatsle projet de loi.

Nous devons nous inquiéter du fait mandement général du FMLN a affirmé publiquement qu'il n'attaquerait ni personnel ni installations nord-américaines (comme cela a été démontré à l'hôtel Sheraton) ; il faut donc dénoncer tous ces prétextes pour une intervention impérialiste.

Chaque jour plus faible, le gouvernement Cristiani a recours à la terreur généralisée envers la population, à travers les assassinats politiques et les bombardements qui se sont succédés pendant dix jours dans les quartiers pauvres de la capitale. Parallèlement à cela, il a aussi approuvé, avec l'appui de son parti, l'Alliance républicaine nationaliste (ARENA, extrême droite), 28 réformes du Code pénal, en même temps qu'il élargissait la liste des délits de la "loi anti-terroriste".

Sur cette base, lage minimum pour poursuivre quelqu'un est passé de 16 à

14 ans; la période de détention préventive pour interrogatoire est passée de 72 heures à quinze jours. Des articles du plus pur style fasciste ont été ajoutés dans le Code pénal, comme celui sur

"l'apologie du terrorisme" ou sur les "susterrorisme".

Ce processus de d'institutionnalisation de la terreur est si grossier que, le jour du vote de ces réformes, même les groupes parlementaires du Parti démocrate chrétien (PDC)

conciliation nationale

(PCN) se sont retirés de l'assemblée législative en signe de protestation contre

Offensive ininterrompue

C'est dans ce contexte que la situation politique à l'intérieur du pays est devenue irréversible. Le refus réitéré par

Cristiani de la négociation d'un accord sur le terrain politique a déplacé l'issue possible du conflit sur le terrain militaire. Or, en ce domaine, il a été prouvé que les révolutionnaires salvadoriens sont assez forts pour imposer leurs conditions. En effet, le FMLN a repris son offensive les 28 et 29 novembre à Soyapango, Ayuxtepeque, Mejicanos, San

Miguel, etc., tandis qu'il enlevait des positions dans les quartiers riches de la capitale qu'évidemment le gouvernement hésite à bombarder.

Avec le développement de nouveaux combats l'ouest, au nord et à l'est de

San Salvador, le FMLN a réussi à tracer ce qu'il appelle le Cercle de la liberté autour de la moitié de San

Salvador. Le nom donné à cette nouvelle opération n'est en rien anodin, surtout si l'on considère que, lors de toutes leurs opérations pré-

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cédentes, les membres du FMLN utilisaient les noms de camarades tombés au combat ou assassinés par les escadrons de la mort. Le champ d'action de Cristiani et du Haut-commandement des Forces armées se réduit de plus en plus.

Du point de vue extérieur, la situation a tendance à se compliquer. Après la chute d'un petit avion qui transportait des armes pour le FMLN, le gouvernement Cristiani a cherché à provoquer un scandale international, en accusant Cuba et le Nicaragua d'avoir pris part à cet envoi de matériel. En outre, la rupture unilatérale des relations avec le gouvernement de Managua a pour but évident de créer de nouvelles pressions sur un Nicaragua déjà assiégé, que cela soit par le sabotage de la réunion des présidents centraméricains qui devait se tenir à Managua début décembre, pour chercher un accord politique global aux conflits de la zone ou à travers l'augmentation de l'aide militaire nord-américaine à l'armée salvadorienne.

Coup monté ? Comme la signalé le Commandement du FMLN, par cette action, Cristiani cherche à tisser un rideau de fumée devant le massacre de la population mené par l'armée salvadorienne. Il est notoire que c'est l'armée salvadorienne elle-même qui a été la première à intensifier la guerre en lançant des attaques aveugles, tant terrestres qu'aériennes, contre la population. De plus, il est ridicule que Cristiani se plaigne de l'usage d'armement anti-aérien, juste au moment où les récents bombardements des Forces armées viennent de causer plus de 3 000 victimes parmi la population, en moins de deux semaines.

En conséquence, il est absolument légitime que le FMLN acquière de l'armement là où il peut et par tous les moyens possibles, a fortiori si cela lui donne la possibilité de défendre la population civile face à de nouveaux massacres. Indépendamment de cela, existe des doutes croissants sur la version de cette affaire d'avion donnée par le gouvernement salvadorien, vu que l'un des membres de l'équipage nicaraguayen, prétendument décédé dans l'accident, s'est présenté vivant à une conférence de presse à Managua, en démentant clairement l'explication des faits diffusée par les plumitifs de Cristiani.

L'affaire de l'avion prendrait une dimension très importante si les informations parues dans le Monde (30 novembre et 1er décembre 1989) étaient confirmées : à la suite de cet événement, une délégation soviétique se serait réunie à Managua avec des fonctionnaires cubains et nicaraguayens pour exiger l'arrêt de l'appui de ces pays à la révolution salvadorienne, quelques jours avant le sommet Bush-Gorbatchev, à Malte. Nul n'a le droit de limiter l'appui au processus révolutionnaire salvadorien, encore moins d'essayer de transformer les pays de la zone en pièces d'échec à

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Barbarie

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répartir entre deux joueurs. Pour ces raisons, malgré l'ambiguité des versions journalistiques parues à ce jour, il faudrait s'opposer à la proposition de Gorbatchev, qui aurait déclaré, lors de la conférence de presse à l'issue de la rencontre de Malte, qu'une «paix régionale qui n'aille pas à l'encontre des intérêts des Etats-Unis » était possible (El Pais,

Danger d'extension

Dans tous les cas, ce qu'il faut trouver c'est un chemin vers la paix qui ne soit pas néfaste au peuple salvadorien. C'est la priorité, le reste viendra ensuite. Cette position devient plus claire si l'on s'interroge sur ce que vont faire Cristiani et Bush, maintenant qu'un groupe de "jeunes officiers" a dénoncé publiquement les assassins des jésuites de l'Université centraméricaine. Peut-être que Bush maintiendra son appui à Cristiani et à la tandona, alors que le colonel Hector Heriberto Hernandez, directeur de la police intérieure et membre du Haut-commandement des Forces armées est responsable du crime, ainsi que le capitaine Alfonso Chavon, qui dirigeait l'escadron de la mort qui les a assassinés. Dans ces conditions, parler du "respect des intérêts nord-américains" revient à signer un chèque en blanc à l'armée pour qu'elle continue à massacrer le peuple salvadorien.

Au Honduras, Rafael Callejas, candidat à la présidence pour le Parti national (PN, droite), a triomphé et a immédiatement affirmé son alignement sur une « alliance indestructible avec les Etats-

Unis ». En revanche, récemment, le président du Guatemala, Vinicio Cerezo, a accusé d'Aubuisson (dirigeant historique d'ARENA, reconnu comme le commanditaire de l'assassinat de Monseigneur Romero en 1980) d'armer et d'équiper l'extrême droite guatémaltèque. L'aide militaire des Etats-Unis à l'armée salvadorienne pourrait encore être augmentée, jusqu'à 1,4 million de dollars par jour (Newsweek, 4 décembre 1989). Cet ensemble de faits tend à conduire toute l'Amérique centrale vers une situation d'explosion généralisée à court terme.

Face à cette perspective, il est nécessaire de redoubler les efforts pour éviter que cette région ne connaisse un bain de sang. Cela ne sera possible que si Cristiani abandonne le pouvoir, si les Etats-Unis cessent leur appui matériel et économique au Haut-commandement des Forces armées salvadoriennes, SI tous les conseillers militaires yankees quittent le Salvador, et si l'on permet aux Salvadoriens de décider de leur propre destin. Prolonger la souffrance du peuple salvadorien et laisser impunis les assassinats politiques commis par le gouvernement des escadrons de la mort constituerait un crime contre l'humanité. Seule la proposition du FMLN, d'entamer immédiatement des négociations pour achever la guerre, auxquelles participeraient toutes les forces sociales et politiques du Salvador, pourrait permettre une sortie viable de la crise salvadorienne et diminuer les dangers de généralisation du conflit à toute l'Amérique centrale.

11 décembre 1989

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