NOUS PUBLIONS ci-dessous la plate-forme de l'Alternative de autogestionnaire, publiée le 26 novembre dernier à Prague. II
Parmi les signataires figure Petr Uhl, membre de la Charte 77 et du Comité des personnes injustement emprisonnées (VONS).
Ce document prend position sur des questions décisives pour l'avenir du mouvement de masse, bien qu'il ait été discuté et rédigé, pour l'essentiel, avant le 17 novembre et l'explosion de gauche - Mouvement pour un socialisme démocratique et s'agit d'un document idéologique général co-signé par un certain nombre de militants de la gauche tchécoslovaque.
la mobilisation populaire actuelle.
DOCUMENT
1) APRES la Deuxième
Guerre mondiale, la transformation du système capitaliste de production, en Tchécoslovaquie, s'est faite exclusivement sous la bannière du stalinisme. Le système politique, basé sur principes d'une démocratie parleles mentaire, a été aboli sans être remplacé par un nouveau mécanisme démocratique de l'organisation sociale. La bourété supprimée en tant que geoisie a classe sans que pour autant les travailleurs soient libérés de l'exploitation ;
au contraire, ils ont été finalement asservis économiquement et privés de liberté.
2) La gauche politique n'a pas été épargnée par cette évolution. La socialdémocratie a été engloutie de force par le Parti communiste qui s'est bureaucratisé. De parti de la classe ouvrière celuici s'est transformé en une structure de pouvoir administratif et dirigiste dominant la société entière. Le pouvoir a systématiquement poursuivi et liquidé toutes les activités de gauche qui échappaient à son contrôle.
3) Aujourd'hui, le Parti communiste a une double nature. L'appareil du Parti se confond avec les organes d'Etat, formant ainsi le pouvoir bureaucratique. Les membres du PC sont en même temps sa principale base sociale. L'adhésion au Parti permet d'obtenir des priVilèges importants de différent ordre. Depuis longtemps, le Parti n'est plus une
force politique de gauche, mais une force conservatrice qui s'oppose à tout changement social de fond et n'accepte les réformes que par la force des choses.
4) Le système antidémocratique et anti-socialiste a ligoté et réglementé la vie politique et économique, dans tous les domaines. Il a fait la preuve de son inefficacité et de son incapacité à mener — sans parler de stimuler — un développement des forces productives et de la société dans son ensemble. Il a prouvé également qu'il était incapable de permettre un épanouissement des libertés individuelles.
Outre la stagnation économique, il a conduit à l'absence de libertés en général, notamment civique, à une aliénation profonde dans le monde du travail et à une crise morale de la société. Le système politique et économique en question — peu importe qu'on l'appelle stalinisme, néo-stalinisme ou socialisme réel — n'a pas justifié son existence et, par conséquent, il est grand temps de le dépasser. Cependant, ce système convient à la bureaucratie du Parti et de l'Etat, qui l'a modelé dès le début à son image et à la mesure de ses besoin. Il convient également aux autres groupes sociaux parasitaires qui se sont très bien adaptés aux dysfonctionnements du système et en tirent largement profit.
5) Nous sommes partisans de l'organisation socialiste de la société.
6) Nous pensons que le socialisme doit être basé sur un pluralisme politique conséquent — et comme tel codifié par la Constitution - c'est-à-dire basé sur l'existence de différents partis politiques (y compris non-socialistes), associations sociales, organisations et initiatives Compte tenu aussi bien des traditions historiques que des aspirations actuelles de la société tchécoslovaque, nous estimons que la démocratie représentative doit former la base du futur système démocratique ; qu'elle doit être de type parlementaire mais, en même temps, caractérisée par l'autogestion économique.
Il faut cependant, compte tenu de ce qu'est - dans les faits - le système parlementaire, défendre la société contre la domination des partis politiques et de leurs directions. Dans un système représentatif idéal, si les députés et les représentants décident au nom des citoyens et des travailleurs, ils sont élus au cours d'élections démocratiques, contrôlés et révocables à tout moment. Il faut introduire dans ce système, progressivement mais en dose croissante, des éléments de participation directe de la population à la gestion des affaires publiques. Il est évident que cela nécessite
IDI
NAROVNE JTE
les libertés de parole, de rassemblement et d'association.
Dans une société moderne, la population doit avoir accès aux nouveaux moyens d'information et aux autres avancées technologiques. En supprimant la bourgeoisie et la bureaucratie en tant que groupes sociaux à caractère répressif, opprimant et manipulateur, le futur système politique pourrait, alors, évoluer du parlementarisme classique vers l'autogestion sociale.
La démocratie se doit de défendre également les droits des minorités, des groupes marginaux et des individus, et également garantir leur épanouissement. Il en découle que nous devons nous opposer énergiquement à toute manifestation d'intolérance nationale, religieuse ou autre, à tout racisme ou chauvinisme.
7) Pour nous, le socialisme ne peut être basé que sur les principes de justice et d'égalité sociales. C'est pourquoi, nous sommes opposés à un sys tème économique dans lequel les propriétaires du capital, ou les personnes qui détiennent le droit d'en disposer, concentrent dans leur mains le pouvoir économique, ainsi les travailleurs des décisions sur l'activité économique et ses résultats. Le pouvoir politique vient du pouvoir économique. Le pouvoir, basé sur la propriété du capital et sur le droit d'en disposer, est d'un caractère fortement manipulateur, même dans les pays où existe une démocratie réelle indépendante, dans la mesure où le système politico-économique est accepté par la majorité de la population. l'orientation unilatérale vers l'efficacité de l'individu et la privatisation de la société, ainsi que l'exploitation pourraient apparaître à certains plus attirantes que l'actuel état de choses en Tchécoslovaquie, nous les récusons comme de fausses alternatives. On pourrait ainsi augmenter le niveau de vie moyen, mais seulement au prix d'une forte différenciation sociale. Cette "nouvelle" société de consommation serait secouée de crises d'un autre type, comme celles qui
Use manifestent en Occident. Au cœur de l'autogestion économique que nous proposerons comme modèle de gestion des moyennes et grandes entreprises se trouve l'élaboration démocratique du plan et la participation croissante des travailleurs individuels au processus de prise de décisions concernant leur travail, ses résultats et ses conditions. Nous considérons que le développement du marché, c'est-à-dire la réhabilitation des rapports financiers et marchands, est une nécessité économique. Mais le marché doit être contrôlé.
Les individus ou groupes puissants (par exemple les firmes étrangères ou les monopoles) ne devraient pas devenir des sujets économiques entrant en compétition sur le marché. Ce rôle devrait être joué par les entreprises actuelles qui, à leur tour, doivent être gérées de plus en plus par les travailleurs eux-mêmes. De même, les décisions économiques centrales doivent passer progressivement des mains du centre, aux sphères de l'autogestion sociale. Nous considérons qu'une autogestion économique limitée à l'entreprise serait insuffisante
En ce qui concerne les petites entreprises - toutes, et non seulement celles qui exercent leurs activités dans les domaines des services et de l'artisanat -nous sommes favorables à leur existence mais, sous forme de coopératives Nous considérons que les coopératives représentent une forme supérieure, plus démocratique et humaine, des rapports entre la force de travail humaine et les moyens de production. Il faut cependant qu'il s'agisse de vraies coopératives, avec une démocratie interne et une autogestion effectives et indépendantes de la bureaucratie d'Etat.
Nous sommes également favorables à la propriété individuelle des moyens de production, à condition que ces entreprises - y compris les entreprises familiales - reposent sur le travail propre des individus concernés. La coexistence de plusieurs secteurs de l'économie sera probablement une réalité inévitable pendant une certaine période. Néanmoins, en tant que socialistes, nous pensons qu'un poids trop important du secteur privé ne correspond pas aux intérêts réels de la société. C'est pourquoi nous nous opposons à l'idée d'encourager non seulement les grandes mais petites et moyennes entreprises privées. De l'autre côté, nous n'avons pas d'objection contre les petits entrepreneurs qui, de par leur travail, contribuent à satisfaire les besoins des citoyens et introduisent plus de dynamisme dans l'économie. Cela dit, la société ne doit pas tolérer
l'utilité économique mutuelle et sous la forme d'une confédération. Il faut aussi étudier les expériences acquises dans le processus de l'intégration de l'Europe occidentale.
L'évolution de l'Europe et du monde entier se dirige vers une situation où les frontières entre les Etats perdront progressivement de leur importance.
12) L'inégalité du développement mondial qui se manifeste par un fossé croissant entre une minorité de l'humanité sur-développée d'une part, et le reste de la planète sous-développée d'autre part, représente pour nous le problème principal de notre monde, et ceci sous tous ses aspects: économique, politique, moral et écologique. On ne peut pas s'accommoder d'un tel état de choses. Il faut toujours voir nos problèmes nationaux dans leur contexte mondial, puisque l'humanité et ses droits sont indivisibles. Nous autres, en Tchécoslovaquie, nous devons nous efforcer de chercher les moyens d'une solidarité efficace avec les peuples du Tiersmonde, et d'encourager les changements de l'ordre économique et politique mondial.
13) L'Alternative de gauche veut contribuer à l'émergence, en Tchécoslovaquie, d'une large sphère du politique ainsi que d'une forte activité sociale par le bas à laquelle participeront non seulement des organisations formelles, des partis et des associations, mais aussi des groupes informels de citoyens et différents mouvements et initiatives. Leurs activités doivent constituer le contrôle des centres de pouvoir et des structures sociales de direction qui continueront à exister. Elles seront ainsi la garantie contre une nouvelle bureaucra
14) Nous nous considérons comme partie prenante de la vie politique naissante en Tchécoslovaquie. Nous sommes prêts à collaborer avec tous ceux qui travaillent réellement pour une révolution démocratique, c'est-à-dire qui luttent contre l'appareil bureaucratique de l'Etat-Parti pour reconquérir la démocratie et qui cherchent à mettre en œuvre des améliorations dans les domaines économique et politique
Tous ceux qui sont d'accord avec les lignes générales de ce texte, qui restent d'ailleurs ouvertes à la discussion, peuvent participer aux activités de l'Alternative de gauche. Les activités dans d'autres initiatives indépendantes, mouvements sociaux ou organisations, y compris officielles, ne sont pas un obstacle à l'adhésion à l'Alternative de Notre mouvement est cependant fermé à tous ceux qui portent une responsabilité pour les répressions politiques, l'oppression sociale et la stagnation économique de notre pays.
que les rapports d'exploitation se déve-
8) Dans un premier temps, l'Etat jouera certainement un rôle essentiel dans l'implantation du système politique esquissé plus haut et dans l'introduction du nouveau système économique de rapports financiers et marchands. L'Etat doit surtout atténuer voire empêcher l'accroissement des inégalités sociales et les tensions qui en résulteront. Nous nous efforcerons de limiter au strict minimum les interventions de l'Etat dans la vie de la société. Le nombre et l'importance de ces interventions doivent diminuer au fur et à mesure que les gens -en tant que citoyens et travailleurs — vont progresser sur la voie de l'auto-organisation dans une société autogestionnaire libre et harmonieuse. Tout ce qui a été dit à propos de l'Etat vaut aussi pour le droit. La perspective de son dépérissement ne devrait en aucun cas conduire à le nier ou sous-estimer d'avance. Le dépérissement du droit ne doit pas être confondu avec l'arbitraire.
9) Dans l'intérêt des droits des travailleurs, l'existence de syndicats démocratiques, autogestionnaires, militants et non-bureaucratiques est primordiale et décisive, notamment à une époque de réformes économiques. Il va de soi que ces organisations syndicales ne doivent être inféodées ni à l'appareil économique ni à celui de l'Etat ni aux organes autogestionnaires. Le mouvement syndical doit retrouver sa vocation naturelle, c'est-à-dire tourner ses activités non plus vers l'appareil bureaucratique mais vers la base. Un renouveau complet du mouvement syndical est devenu aujourd'hui nécessaire. Il appartient aux travailleurs eux-mêmes, de décider d'utiliser les structures syndicales existantes pour les transformer en instrument de lutte pour la défense de leurs intérêts ou, au contraire, de créer de nouvelles organisations.
10) La crise écologique nécessite une solution immédiate. Cela passe par l'autorégulation sociale avec des "feedback" efficaces, à travers des mécanismes démocratiques, une régulation et une inspection étatique réelle, et surtout, l'accès sans aucune restriction de la population à toutes les informations
Cette crise - affectant aussi les soins de santé qui, non seulement ne cessent de se dégrader, mais fonctionnent à plusieurs vitesses selon les castes — est à l'origine de la détérioration dangereuse de l'état de santé de la population. Une vraie solution de la crise écologique est conditionnée par le changement du système politique, par l'instauration de la démocratie.
peuples d'Europe de l'Est sont arrivés à un carrefour. L'ordre social existant s'écroule. Cette région du monde se trouve visiblement loin derrière les pays développés de l'Europe occidentale et de l'Amérique du Nord. Le danger est réel de voir les pays de l'Est glisser dans la dépendance politique et économique vis-à-vis des pays capitalistes développés ; devenir leur appendice sous-développé, leur stock de force de travail bon marché et leur fournisseur de matières premières ; se transformer en région où l'on peut exporter des technologies archaïques et écologiquement nuisibles, ainsi que les déchets dange-
Les dirigeants des pays est-européens, y compris ceux de la Tchécoslovaquie, nouent des contacts économiques avec l'Ouest, individuellement et sans aucune coordination, comme si un tel danger n'existait pas. Les changements révolutionnaires par lesquels les peuples de cette région se débarrassent de la domination bureaucratique doivent déboucher non seulement sur des réformes économiques qui instaurent des rapports marchands et une économie autogestionnaire, mais aussi sur une intégration économique et politique plus étroite de cette partie de l'Europe. Cette intégration volontaire doit se faire sur la base des principes démocratiques, de