Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE ALLEMANDE

Syndicats : dans l'attente du congrès

· Inprecor n° 300, 12 janvier 1990 · p. 12-13 · 1 183 mots

Syndicalisme Allemagne Europe de l'Est

La table ronde entre le gouvernement et les formations d'opposition reprendra le 15 janvier. Le Premier ministre, Hans Modrow, du Parti de l'unité socialiste

Ainsi, le 11 janvier, des milliers d'ouvriers ont débrayé pour exiger l'accélération de la démocratisation. Autre illustration de la mobilisation dans les entreprises : la prochaine tenue d'un congrès extraordinaire de la Confédération allemande libre des syndicats (FDCB) dont l'ancienne direction a dû démissioner sous la pression

Syndicats : dans

(SED), a de plus en plus de mal à se faire reconnaître par la population, très méfiante vis-à-vis de tout ce qui touche de près ou de loin à l'ancien pouvoir. de la base. Pierre BERGERAC

«NOUS SOMMES le peuple !» criaient les millions de manifestants début novembre. Comment le séisme qui a secoué la République démocratique allemande (RDA) aurait-il pu épargner le syndicat unique, la Confédération allemande libre des syndicats (FDGB) et ses neuf millions de membres ?

Malgré son nom, la FDGB n'était en fait qu'un instrument de contrôle et d'encadrement aux mains du Parti de l'unité socialiste (SED). De mémoire d'ouvrier est-allemand, il ne s'est jamais battu pour des augmentations de salaires ou la réduction du temps de travail. Mais l'adhésion, recommandée, rendait aussi la vie plus facile. Pourquoi se mettre à dos ceux qui gèrent l'assurance maladie, statuent sur la reconnaissance des accidents du travail, attribuent les cures médicales et les places dans les centres de vacances (enjeu permanent car il en existent aussi bien d'excellents que d'exécrables), organisent les activités culturelles, les loisirs, etc., le tout sur le temps de travail... Cela génère un carriérisme sans frein et un type particulier de militants syndicaux, ce qui ne signifie évidemment pas qu'il n'y en ait pas eu d'honnêtes.

C'est à partir de septembre que le mécontentement a commencé à s'exprimer à l'intérieur de la FDGB. Chacun savait ce qu'il en était des départ vers l'Ouest par la Hongrie et remarquait que certains postes de travail n'étaient plus occupés. Or, les

RDA informations fournies par les médias officiels continuaient imperturbablement à dénoncer un "complot" des partisans de la guerre froide. Cela a engendré les premières réactions qui, nourries par l'immobilisme du sommet, se sont très vite éten dues à tous les sujets de mécontentement.

La révélation des scandales et de la corruption a contraint le Bureau confédéral de la FDGB, ainsi que son président, Harry Tisch, à démissionner précipitamment. Il aurait reçu 10 000 lettres de protestation. Dans un très grand nombre d'entreprises, des assemblées de Vertrauenslente (délégués du personnel), le plus souvent "auto-convoquées" ont émis des votes de défiance à l'égard des directions en place, et en ont parfois élu de nouvelles, si bien que l'ensemble de l'ap pareil s'est, pour ainsi dire, affaissé com-

Panique et précipitation

Les nouvelles directions, quand il y en a, se contentent de prendre des mesures conservatoires, telles le blocage des comptes du syndicat et l'arrêt de tout versement aux instances supérieures. Pour tenter d'enrayer les départs massifs et conjurer l'écœurement dû au gaspillage des fonds, il n'est pas rare qu'elles acceptent un montant de cotisation symbolique de 50 pfenings ou de un mark.

En fait, toute vie syndicale est suspendue dans l'attente du congrès extraordinaire de la FDGB fixé à la fin janvier. L'équipe de transition a élaboré à la hâte un document de discussion et de nouveaux statuts, rendus publics le 29 no vembre. L'indépendance à l'égard des partis y est clairement affirmée, ce qui est

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bien le moins. Mais vis-à-vis de l'Etat, les différenciations sont moins claires ; on y trouve ainsi de longs passages « nécessité d'encourager tous les membres de l'entreprise — de l'ouvrier au directeur — à améliorer l'efficacité du processus de production par de nouvelles suggestions pour augmenter ainsi le potentiel de notre économie ».

Lettres de doléances

Les exigences les plus fréquentes dans les cahiers de revendications et lettres de doléances — les 40 heures, le passage de 18 à 21 jours de congés minimum, la transformation des primes de fin d'année en treizième mois - restent dans le vague. Le droit de grève n'est pas mentionné : « Résolution des conflits par des procédures de conciliation, droit de manifester et autres formes de lutte syndicale ». D'ores et déjà, l'IG-Metall, qui distribuait son propre tract lors de la manifestation anti-Kohl de Berlin, du 19 décembre dernier, a rencontré son homologue de l'Ouest et ils envisagent des actions concertées là où des entreprises de RFA s'engagent ; en outre, l'IG-Metall réclame explicitement l'autonomie pour les négociations salariales ainsi que le droit de grève.

Le congrès sera certainement animé. Mais la bureaucratie, qui veille à contrôler le maximum de délégués et manœuvre pour empêcher la discussion sur les textes et le vote sur mandats, sait qu'elle devra laisser la longe assez longue si elle veut éviter une saignée brutale qui lui serait fa-

INGRECOR Rir Fermer 18r3

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R.D. auteurs du monifeste

R.F.A.

à la lumière

sur la font confiance! ».

avec la FDGB.

40 ans par la troika d'élire, des

Wolf Biermann:

lettre ouverte

OUX de récents sondages tale. Aussi est-elle fort indisposée par l'activité que déploient, malgré leur petit nombre, les partisans de l'"Initiative pour des syndicats indépendants". Interpellé par l'auteur dramatique Heiner Müller dans le quotidien du SED, la FDGB a répondu dans le quotidien du syndicat, le 20 décembre : « Oui, tel le baron de Münchhausen, nous sommes capables de nous extirper du bourbier en nous attrapant par les cheveux, si les travailleurs nous

Cette supplication n'a pas eu d'effet sur les 61 syndicalistes réunis ce jour-là par 1'"Initiative", parmi lesquels se trouvaient les animateurs du groupe syndical du Nouveau forum du quartier de Frenzlauer Berg à Berlin. Ils ont décidé de lancer un appel pour la fondation d'un syndicat indépendant (voir p. 14). Il s'agit pour eux d'indiquer une nouvelle voie, avant le congrès, de façon à constituer un pôle alternatif pour ceux qui décideroni à la suite de ce congrès de rompre définitivement

"Conseils d'entreprises"

La classe ouvrière, caporalisée depuis

"directeurs-Partisyndicat", a réclamé massivement l'expulsion du SED, de ses pseudopodes et de leurs permanents des lieux de travail. Mais, pour l'instant, rien ne vient occuper la place énorme libérée par la crise de ces appareils. Ici et là, des comités d'action ou d'initiative exigent le libre accès au journal ou à la radio de l'entreprise et cherchent à contrôler les directions. En effet, nombreux sont les managers tentés de profiter de cette liberté inespérée pour prendre des options lourdes de conséquences pour l'avenir, en particulier en ce qui concerne les relations avec les capitalistes occidentaux. D'où l'idée qui commence à prendre corps de leur adjoindre, où même "conseils d'entreprises" (Betriebsräte) composés de représentants compétents sur les plans économique et technique. A Leipzig, le 13 décembre, le Bürger komitee qui centralise l'ensemble des initiatives s'est réuni avec les représentants de 60 entreprises. Cela constitue un pas important. C'est sur un tel exemple que la gauche radicale peut s'appuyer pour appeler à la création de conseils d'entreprise indépendants et à la convocation d'un congrès populaire. * 3 janvier 1990

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