Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

La barbarie en toute impunité

Inprecor n° 307, 20 avril 1990 · p. 28 · 464 mots

El Salvador France

EL SALVADOR La barbarie en toute impunité

Il y a tout juste un an, le 15 avril 1989, Madeleine Lagadec, infirmière française, était torturée, violée et assassinée, après l'attaque de l'hôpital de campagne du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) salvadorien par un commando de parachutistes de l'armée gouvernementale. Un médecin argentin et deux auxiliaires de santé salvadoriens étaient assassinés dans les mêmes circonstances.

L'affirmation de l'armée salvadorienne selon laquelle ils auraient trouvé la mort lors de l'attaque, et non à la suite d'un interrogatoire "musclé", , a pu être démentie grâce au témoignage d'une infirmière salvadorienne qui avait réussi à se cacher à quelques mètres de l'hôpital et après l'autopsie du corps de Madeleine effectuée en France.

La famille Lagadec et les membres du Comité de solidarité avec l'Amérique centrale de Brest ont constitué un collectif pour obtenir la condamnation du gouvernement salvadorien dans cette affaire et dénoncer les violations des droits de l'homme au Salvador.

La famille a déposé au parquet de Brest une plainte contre X pour « torture, assassinat et acte de barbarie » et un juge a mis en place une commission rogatoire. Mais l'enquête ne sera pas menée au Salvador si le gouvernement français ne fait pas pression sur son homologue salvadorien. Or, c'est là que le bât blesse : tenus au courant des faits depuis un an, ni le Premier ministre Rocard (dont un conseiller s'est entretenu avec une délégation du collectif), ni le président Mitterrand (qui a reçu une pétition signée par plus d'un millier de personnes) n'ont fait un

IN preCOR

du monde geste pour appuyer les démarches de la afin famille

NOUVELLES d'élucider les circonstances du décès de

Madeleine et convaincre le gouvernemen/ salvadorien de véritable enquête.

mener une

Comble de cynisme, le gouvernement français n'a même pas financé le rapatriement du corps...

Ce silence vis-à-vis du Salvador de Cristiani ne peut s'expliquer que par une volonté de garder de bonnes relations diplomatiques

(et commerciales ?) avec ce pays d'Amérique centrale où la répression de l'armée a depuis causé d'autres victimes : les 1 500 habitants de

San

Salvador décédés dans les bombarquartiers popul'armée lors de

FMLN de noles six pères jésuites de l'Université centraméricaine

Salvador massacrés de sang froid le 6 novembre par un commando de l'armée, et les centaines de militants syndicaux et d'organisade tions de défense des droits l'homme assassinés lors de la répression qui a suivi l'offensive

(voir Inprecor numéros 298 et 299 des 27 novembre et 11 décembre

1989).

Depuis début mars, les médias français, jusque là entièrement silencieux sur l'assassinat de

Madeleine Lagadec, ont commencé à s'intéresser à cette affaire, en s'interrogeant

1"étonnante sur passivité" du gouvernement Rocard. Mais, malgré cela, on continue à observer du côté des autorités françaises un étrange silence sur cette affaire. *

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