Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

JEUNES

Rendez-vous de juillet

· Inprecor n° 309, 18 mai 1990 · p. 28 · 975 mots

DE LA CHUTE du mur de Les organisations de jeunesse en solidarité politique avec nationale) a rencontré un large coho choz. a fion de la crise. La mise en place des po-

Berlin à la grève des étudiants tchécoslovaques, l'accélération et la rapidité des bouleversements survenus à l'Est ont marqué la fin des années 80. La participation massive et déterminante des jeunes a été un élément moteur des luttes démocra-

A l'Ouest, pendant ce temps, la jeunesse scolarisée italienne se mobilisait contre le projet de réforme universitaire, pour de meilleurs conditions d'étude et contre la privatisation des universités. En Italie, comme ailleurs, les réformes de l'enseignement se sont heurtées à un même refus de la jeunesse. En France, dans l'Etat espagnol, en Grèce, en Belgique, partout, les projets gouvernementaux sont identiques : accroître la sélection, adapter l'université aux exigences de l'industrie privée, instaurer la compétitivité entre les facultés, augmenter les frais d'inscription, sous couvert d'amélioration de l'enseignement et d'adaptation au "monde moderne".

Mobilisations

Mais les luttes de cette "nouvelle génération", qu'on nous présentait comme amorphe, abêtie par les nouveaux moyens de communication, sans idéologie et seulement mûe par la réussite sociale individuelle, ont aussi porté, au cours des années 80, sur d'autres terrains. Dans l'Etat espagnol, un important mouvement de la jeunesse s'est constitué pour refuser le service militaire et dénoncer l'embrigadement; en Suisse, l'an dernier, les jeunes se sont mobilisés pour la suppression pure et simple de l'armée. Au Portugal, la cam pagne anti-militariste menée par les mili tants du Parti socialiste révoluformair (PSR, section portugaise de la IVe Interles jeunes obligés de passer deux ans au service militaire.

En France, c'est la marche des "beurs" de la deuxième génération, en 1983, qui a enclenché un large mouvement contre le racisme, toujours présent, regroupant des jeunes français et immi-

JEUNES la IVe Internationale préparent leur 7e Camp international, qui se tiendra près de Louvain (Belgique) du 22 au 29 juillet 1990. A l'heure des bouleversements à l'Est et de la mise en place de l'Acte unique, le programme politique du camp traitera de ces questions. Il sera sans doute aussi l'occasion de discuter des tâches que cette situation suppose pour les jeunes.

Sophie MASSOURI grés, dans des comités anti-racistes dans les lycées, les universités et les quartiers.

En Belgique, aujourd'hui, des lycéens mènent une campagne pour des "écoles sans racisme" en faisant signer une pétition dans les établissements scolaires afin de sensibiliser l'opinion publique sur cette question. A l'heure de la montée de l'extrême droite dans ces deux pays, la mobilisation anti-raciste est plus que jamais nécessaire mais exige aussi une riposte sur le terrain de l'anti-facisme.

Déjà, à Anvers, par exemple, où le

Vlaams Blok (Parti d'extrême droite) a remporté près de 20 % des voix aux élections municipales, dont près de 47 % dans un seul quartier, le front anti-fasciste de la ville, qui regroupe plusieurs organisations et partis, a organisé une grande manifestation le 12 mai 1990.

Partout, les mobilisations des jeunes seront déterminantes pour faire face à la montée de l'extrême droite, en dénonçant les conditions économiques et sociales qui ont permis son emergence et dont les sunes sont aussi les premières victimes.

Parce que, si le stalinisme s'écroule à l'Est et qu'on nous impose à grand renfort pédiatique la supériorité du modèle capitaliste, maintenant "incontestable", les jeunes à l'Ouest continuent de payer l'adlitiques d'austérité a partout les mêmes conséquences. En Europe de l'Ouest, plus de 35 % des chômeurs sont des jeunes !

Certains pays, comme l'Etat espagnol, connaissent des situations encore bien plus dramatiques. Les solutions mises en place par les gouvernements occidentaux se limitent à gérer la crise, en multipliant les formes de travail à temps partiel, situation la plus fréquente chez les moins de

25 ans. Les problèmes de logement, d'autonomie financière — surtout lorsque les jeunes cherchent à poursuivre leurs études tout en vivant en dehors de chez leurs parents - du coût de la vie en général, des conditions d'existence précaires et condamnent une partie de la jeunesse à la marginalisation. L'expression de ce malaise social prend arfois la forme meutes violentes, comme en Grande-Bretagne, au moment des centes manifestations contre la Poll tax. Or, si la situation des pays d'Europe de l'Est est totalement différente, les mobilisations des jeunes ont montré des caractéristiques communes : ils dénoncent la place qui leur est faite, réclament l'égalité et une plus grande justice sociale. Les événements à l'Est 'encontré un écho parmi la jeuness cidentale parce qu'elle les perçoit av it tout comme des mouvements contre les structures en place et contre la corruption de ceux qui détiennent le pouvoir.

Des jeunes de l'Ouest et de l'Est

Dans ce contexte, le 7e Camp international aura cette année un enjeu particulier : d'abord il devra répondre aux questions de tous les participants, militants ou non, sur les changements en Europe de l'Est, et comptera, d'autre part, pour la première fois, sur la participation d'un nombre significatif de jeunes de Pologne, d'Allemagne de l'Est, de Hongrie, etc.

Aujourd'hui, la dimension internationaliste du combat révolutionnaire n'a que plus d'actualité : comment répondre à la politique européenne qui peu à peu se met en place ? Quelles conséquences aura-t-elle pour les droits des immigrés, les droits des femmes, la militarisation de l'Europe ou le combat écologique ?

Face à la campagne sur la "fin du socialisme", au désœuvrement et à la marginalisation d'une partie de la jeunesse, les organisations de jeunesse révolutionnaires ont une responsabilité : toucher et répondre aux attentes des jeunes qui pourraient se laisser convaincre par les discours démagogiques populistes; leur faire comprendre que ni la violence sociale que représente, par exemple, le phénomène des hooligans en GrandeBretagne, ni le retour aux valeurs de réussite individuelle ne sont des solutions possibles, elles condamnent, au contraire, toute issue véritable.

15 mai 1990

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