La nouvelle croisade stratégique entre toutes, du fait qu'elle produit la plus grande part du l'empire américain ne se
CESONT, outre les divers émirs du Golfe, la monarchie saoudienne, transformée en gigantesque base militaire américaine; l'Egypte de Moubarak, xième bénéficiaire mondial de l'aide américaine après
Israël ; le Maroc d'Hassan II qui a le culot d'intervenir contre l'annexion du Koweit alors qu'il n'en finit pas d'annexer le Sahara occidental ; le Pakistan des militaires liés au Pentagone. S'y est joint la Syrie baassiste, sœur ennemie de l'Irak, qui escompte en récompense une contribution saoudienne et koweitienne substantielle à la solution de ses graves problèmes financiers.
Scénario différent, mais aussi budget de production (1) considérablement augmenté : le coût du seul déploiement américain dépasse le milliard de dollars par mois.
Le nombre de militaires expédiés par
Washington sur les lieux a déjà atteint les
100 000 (le Pentagone a pris ses dispositions pour l'envoi du double). La panoplie destructrice et meurtrière concentrée sur place par les Etats-Unis est tout à fait impressionnante : aucun des derniers gadgets du électronique massacre n'y manque, du bombardier invisible au dernier modèle de char, en passant par la gamme des missiles dernier
Jamais, depuis dix- sept ans, c'est-à-dire depuis le retrait américain du Viêt-nam, on avait assisté à pareille accumulation de forces impérialistes d'intervention. C'est dire que, malgré l'énorme distance qui sépare la dictature bourgeoise sanguinaire de Saddam Hussein de la révolution vietnamienne, l'enjeu de impérialiste
Le scénario de cette nouvelle croisade est toutefois différent à bien l'impérialisme sont, cette fois, directement impliqués sur le terrain à ses côtés.
l'affrontement en cours est comparable à celui de 1965-1975 en Indochine sur un ue dominée par le parti Baas.
ollars) : 38.
IRAK
ARABIE SAOUDITE
Roi Fand ben Abd ei-Aziz.
one de TEC) : 384.13.
00 (CU): 93.00.
ARABIE SAOUDITE point fondamental : son issue déterminera le niveau d'hégémonie mondiale politico- militaire de l'impérialisme américain, no-
GOLFE
Pour la deuxième fois à trois ans d'intervalle, une formidable armada impérialiste multinationale se concentre dans les eaux du Golfe arabo-persique et à ses abords. L'objectif fondamental est certes le même, c'est-à-dire la défense et la consolidation de la domination impérialiste sur cette région du globe. Une région pétrole exporté dans le monde et recèle la majeure partie des réserves planétaires de ce carburant qui reste la principale source d'énergie dans le monde "éco-illogique" où nous vivons. des égards de celui de 1987 : le "méchant" n'est plus iranien cette fois-ci, mais irakien ; l'intervention impérialiste se fait sous le couvert de l'Organisation des Nations-Unies, comme pour la guerre de Corée, à la différence près qu'aujourd'hui — signe des temps! — elle bénéficie de la complicité ignominieuse de l'URSS et de la
Chine ; enfin, des partenaires arabes ou musulmans de Salah JABER dochine ? de TEC) : 121.1 de TEC) : 11,15. dollars) : 70. KOWEIT Al-Ahmed Alaban tamment sur le tiers monde, pour toute une période.
Libéré du "syndrome vietnamien", dans un monde où la dissuasion soviétique est plus ténue que jamais, connaîtra plus de limites.
C'est pourquoi il est d'une grande importance et d'une extrême urgence que l'ensemble des forces anti-impérialistes du monde se mobilise pour empêcher l'agression impérialiste et, si elle a lieu, pour cuvrer à sa défaite ou, du moins, à rendre son coût politique le plus élevé possible.
Faut-il, à cet égard, s'étonner de ce qu'aujourd'hui la mobilisation impérialiste vise une dictature bourgeoise et non des forces de nature anti-capitaliste, comme ce fut le cas en Chine, en Corée ou en In-
En fait, la domination impérialiste n'est pas plus tendre avec le nationalisme bourgeois, quand il a le front de menacer ses intérêts vitaux, qu'avec le nationalisme anti-capitaliste.
Après tout, l'histoire moderne regorge d'exemples de diribourgeois du geants tiers monde, désignés à la vindicte publique par l'impérialisme :
sans remonter trop loin, l'Argentin Peron, te TEC) : 113.94.
l'Egyptien Nasser ou le de TEC) : 14,75/
Front de libération nationale (FLN) algérien furent bien, eux aussi, comparés à Hitler en leur temps. Plus récemment, le Libyen Kadhafi, le Syrien Hafez
El-Assad, l'Organisation de libération de la
Palestine (OLP), bien
1) Ces métaphores cinématographiques sont inspirées par le traitement du même genre consacré par les media américains à ce conflit. Il n'est qu'à voir le générique utilisé par la chaine américaine CBS sous le titre Showdown in the Gulf.
= GOLFE sûr, et surtout Khomeiny ont tous eu droit à tour de rôle à cette qualification.
Mais, en l'occurrence, il est malheureusement vrai que, parmi tous les cas
LE TYRAN DE BAGDAD a accédé au pouvoir en 1968 par un putsch contrerévolutionnaire, dont l'objectif premier était l'écrasement simultané d'un foyer de guérilla d'inspiration guévariste, dans le sud du pays, et de la scission de gauche (1967) du PC irakien, en voie de rapprochement avec la guérilla. Au cours des dix années suivantes (1969-1979), Saddam Hussein a écrasé impitoyablement toute source d'opposition à sa dictature personnelle, voire toute manifestation de la moindre autonomie à son égard. La rébellion kurde, les communistes, toutes tendances confondues, et même des fractions de son propre parti, le Parti de la résurrection arabe socialiste (Baas), ont été matés dans le sang. Tout groupe ou même individu récalcitrant fut liquidé ou neutralisé. L'irrésistible ascension de Saddam Hussein culmina avec la concentration de tous les pouvoirs entre ses mains, avant la guerre qu'il déclencha contre l'Iran en septembre 1980. Pour corser le tout, il a organisé un culte officiel de sa personnalité, aussi écœurant, envahissant et grotesque que toutes les mascarades du même acabit.
Le poids du "Takrit"
La dictature de Saddam Hussein repose sur une bureaucratie bourgeoise civile, militaire et policière, à cercles concentriques largement déterminés par l'appartenance à la famille, au clan ou à la province (Takrit) du tyran. Les privilèges de cette bureaucratie sont assurés par la rente pétrolière de l'Etat irakien. Celle-ci, cependant, ne suffit pas à combler à la fois les besoins de développement d'un pays qui n'a quasiment pas d'autre source de devises que le pétrole et doit importer l'essentiel de sa consommation alimentaire ; le coût de l'entretien d'une base sociale au moyen de diverses gratifications et prébendes, y compris l'entretien d'une bureaucratie pléthorique; un lourd budget militaire nécessaire aussi bien à la "pacification" permanente de la partie du Kurdistan sous domination irakienne, qu'à la confrontation avec les voisins hostiles qu'oppose à Bagdad un contentieux cités, la dictature de Saddam Hussein est bien celle qui s'apparente le plus au totalitarisme bourgeois du type "national-socialiste" (nazi). * La dictature clanique d'Irak soit territorial (Iran du Chah, puis des mollahs), soit hydraulique (problème des eaux de l'Euphrate avec la Turquie), soit politique (Syrie).
En 1974, une guerre de libération fut déclenchée par les forces du Kurdistan d'Irak, avec l'appui du Chah d'Iran, des Etats-Unis et d'Israël, désireux de faire plier un régime irakien en pleine surenchère nationaliste anti-sioniste et antiimpérialiste sur ses rivaux arabes (2), l'Egypte et la Syrie, autres prétendants au leadership régional. L'année suivante, le pouvoir baassiste, qui n'avait pas encore pu mettre à profit le boom pétrolier de 1974 dans le domaine de l'armement, se trouva à deux doigts de la déroute. Il se trouva contraint d'acheter sa survie par le règlement du contentieux territorial (terrestre et fluvial) avec l'Iran aux conditions du Chah : ce fut l'accord d'Alger de mars 1975. En échange, Téhéran coupa brutalement l'aide et le sanctuaire accordés aux Kurdes. Leur combat, pour avoir à mauvais escient choisi des alliés aussi peu fiables et malintentionnés, s'acheva en débâcle.
Les années suivantes, années de répit pour Bagdad, furent consacrées au parachèvement de la dictature totalitaire de Saddam Hussein et à l'utilisation de revenus pétroliers considérablement accrus, ainsi que des facilités de crédit auxquels ils donnent accès en vertu de cette règle capitaliste qui fait qu'"'on ne prête qu'aux riches". Le régime irakien, despotisme bourgeois éclairé sur le plan socioéconomique, a su mettre à son actif quelques réalisations positives : travaux d'infrastructure, investissements industriels et agricoles, alphabétisation et éducation, amélioration du statut des femmes et laïcisation partielle. En même temps, il élargissait sa clientèle sociale par hypertrophie de l'appareil administratif, politique et policier. Et surtout, il se dotait de moyens militaires considérables, dans le contexte d'une frénésie d'achats d'armements traditionnels et sophistiqués, commune à tous les Etats pétroliers de la région, l'Iran du Chah détenant la palme dans ce domaine.
La vente d'armes aux pays pétroliers était et reste, en effet, un des principaux moyens de recyclage au profit des Etats impérialistes, ainsi que des Etats ouvriers bureaucratiques, des capitaux que ceux-ci ont versé en échange de leurs importations d'or noir.
L'industrie de l'armement se trouve être un secteur majeur de la plupart des économies dans les deux catégories d'Etats mentionnées. Le meilleur acheteur d'armes
L'Irak de Saddam Hussein s'est fourni en armement, prioritairement, auprès des pays les moins liés au Chah d'Iran, ceux qui n'ont pas contribué à faire plier le genou à l'Irak en 1975. C'est-à-dire, d'une part l'Union soviétique et ses satellites et, de l'autre, l'impérialisme français qui considérera Bagdad, dès 1974, comme son client privilégié Moyen-Orient. Dans le domaine civil, les Français se partageront le gâteau irakien avec les Allemands et les Japonais. La présence de l'armée impériale iranienne sur ses flancs avait un effet à la fois dissuasif et frustrant sur la dictature irakienne, rêvant de réparer l'affront subi en 1975. Conscient des avantages objectifs de l'Iran sur le plan militaire (population trois fois plus nombreuse et moyens financiers, donc facultés d'armement, plus importants), l'Irak tentera, sans succès, d'acheter la Syrie de Hafez El-Assad (projet d'union avorté en 1979) et de se faire coopter au rang de leader régional arabe, face à l'isolement de l'Egypte de Sadate par suite des accords de Camp David avec Israël, sous parrai2) C'était l'époque consécutive à la guerre israélo-arabe d'octobre 1973, placée sous le signe du règlement négocié de ce conflit.
nage américain. L'effondrement du régime du Chah en 1979, avec le début de dislocation de l'armée iranienne qui s'ensuivit, et surtout la rupture des liens, en 1980, entre cette armée et son principal tuteur et fournisseur, les Etats-Unis, offrirent une occasion inespérée à Saddam Hussein de prendre sa revanche sur son voisin. Il s'y risqua d'autant plus volontiers que le nouveau régime des mollahs déployait une intense propagande "islamique" contre le pouvoir "athée" de Bagdad, s'adressant en particulier aux chiites, majoritaires parmi les Arabes irakiens (alors que le clan de Saddam est sunnite).
La guerre Iran-Irak
En attaquant l'Iran, le despote irakien visait plusieurs objectifs : d'abord, effacer sa capitulation de 1975 (en prélude aux hostilités, il déclara caduc l'accord d'Alger conclu avec le Chah). S'emparer ensuite, sur fond de démembrement de l'empire persan iranien, de la région du Khouzistan (Arabistan) peuplée par une minorité ethnique arabe opprimée et principale région pétrolifère de l'Iran — ce qui aurait fait de l'Irak le principal exportateur mondial de pétrole, renforçant considérablement son potentiel dans tous les domaines. S'affirmer enfin comme puissance régionale dominante, en faisant financer l'effort de guerre irakien par les autres Etats pétroliers du Golfe, tout aussi inquiets que l'Irak face au comportement subversif du régime khomeiniste.
Dans la guerre contre l'Iran, Bagdad avait des motivations d'ordre nationaliste bourgeois expansionniste, et n'agissait pas pour le compte de Washington comme a voulu l'accréditer une certaine attitude manichéenne de soutien à l'Iran que nous avons déjà eu l'occasion de critiquer (3). Celte vision des choses est incapable d'intégrer, avec tant soit peu de cohérence, aussi bien l'Irangate que, bien sûr, le comportement présent du régime irakien.
Le pari fait par Saddam Hussein en
Pourquoi l'Irak envahit-il le Koweit?
AVANT MEME la guerre contre
l'Iran, l'engagement d'une partie importante des capacités productives du peuple irakien dans l'appareil militaire ou bureaucratique, ainsi que le manque de main-d'œuvre qualifiée, voire même la politique chauvine de colonisation arabe des zones kurdes, avaient amené l'Irak à faire appel à de vastes contingents de tra-
1980 était fort risqué, voire aventuriste. Emporté par ses ambitions de mégalomane, il surestima gravement les capacités de son armée face à un pays d'une telle étendue, doté d'une telle population. Il ne prévit pas que son invasion du sol iranien, en suscitant un sursaut nationaliste persan, allait renforcer la cohésion du régime des mollahs et donc sa capacité de résistance, puis de contre-attaque. Dès 1982, l'armée irakienne s'embourbait fatalement en Iran, puis battait en retraite. La guerre se poursuivit sur le sol irakien.
A son tour, le nationalisme persanchiite expansionniste des mollahs iraniens commit les mêmes erreurs que son ennemi, la veille. Au prix d'une effroyable tension des capacités de la population irakienne, avec un soutien accru de ses bailleurs de fonds et de ses fournisseurs d'armes de l'Est comme de l'Ouest - effrayés par la perspective d'une victoire iranienne — ainsi que par un recours gradué aux affres dissuasifs de l'arme chimique, le régime irakien put retourner à nouveau la situation en sa faveur. L'Iran fut contraint, en 1988, d'accepter le cessez-le-feu qu'il avait obstinément refusé quand il était encore en position de force.
L'Irak sortait moralement vainqueur de la folle aventure guerrière déclenchée par son tyran, mais à quel prix ! Pour le seul Irak, plus de 300 000 morts et beaucoup plus de blessés, handicapés, veuves, orphelins, etc. ; un coût matériel global (destructions, manque à gagner, effort de guerre) de près de 250 milliards de dollars ; plus de 60 milliards de dollars d'endettement : une véritable victoire à la Pyrrhus !
En outre, le contentieux avec l'Iran nécessité d'entretenir une armée pléthorique d'un million d'hommes, totalement démesurée par rapport à une population globale que les estimations les plus généreuses chiffrent à 17 millions d'habitants (soit 1/17e de la population dans l'armée !). * vailleurs immigrés égyptiens (qualifiés ou paysans). Leur nombre s'est considéraavoisiner les 2 millions. Il en a résulté la situation suivante : 1 million d'Irakiens sur le pied de guerre, remplacés à la production par des Egyptiens et financés en grande partie par les monarques et émirs pétroliers du Golfe.
GOLFE
L'Irak était devenu, en quelque sorte. une réplique arabe de l'Etat d'Israël : un Etat surarmé, dont la fonction militaire détermine la raison d'être dans la division internationale (Israël) ou régionale (Irak) du "travail". Sauf que l'équivalent proportionnel du financement américain d'Israël représenterait 20 milliards de dollars annuels pour l'Irak ! Même en retranchant de ce total la rente pétrolière irakienne, il faudrait à Saddam Hussein un financement annuel de l'ordre d'une dizaine de milliards de dollars, sans compter l'énorme facture de la reconstruction du pays et le poids de la dette accumulée. Soit à peu près la rente pétrolière du Koweit pour l'effort militaire, et les capitaux koweitiens placés en Occident pour la reconstruction...
Surarmement sur fond de erise
La tentation était immense, d'autant plus que le poids de la crise financière du régime irakien allait croissant. La guerre terminée, les bailleurs de fonds du Golfe réduisirent considérablement leurs versements à Saddam Hussein. Ils se sentaient pris au piège d'un racket sans fin, l'appétit de l'Irak militarisé étant insatiable. Ils ne se faisaient déjà plus d'illusions sur le remboursement de leurs nombreux "prêts" au régime baassiste. En conséquence, les finances irakiennes commencèrent à couler. De moins en moins capable de rembourser ses anciennes dettes, l'Irak eut de plus en plus de mal à en contracter de nouvelles. Même la France, qui naguère le poussait à la consommation, lui coupa les crédits et cessa ses livraisons d'armes.
Le niveau de vie de la population irakienne, maintenu à bout de bras durant la
3) Voir L'impérialisme et la guerre du Golfe, dans Inprecor, n° 255 du 15 décembre 1987.
Pourquoi un tel déploiement impérialiste ?
GOLFE guerre, commença à chuter de façon vertigineuse. Il fallut "dégraisser", ce qui se traduisit par un début de renvoi des travailleurs égyptiens, non sans accrocs. Prévoyant l'accentuation du ressentiment populaire, Saddam tenta de lâcher du lest, à la manière d'autres dictatures à économies étatisées : facilités au secteur privé et simulacre d'élections avec des candidatures multiples (toutes, bien sûr, dévouées au despote). Mais ce n'étaient même pas là des expédients, au regard de la gravité du problème.
Saddam menace les émirs du pétrole...
Le dictateur tenta d'extorquer aux émirs du pétrole, par la menace directe, les fonds qu'ils lui refusaient. Il exigea d'eux qu'ils effacent officiellement les dettes de l'Irak, et lui versent une contribution substantielle pour la reconstruction du pays.
Du seul Koweit, le plus vulnérable, car frontalier et minuscule, il exigea 30 milliards de dollars.
Après tout, n'avait-il pas combattu pour leurs intérêts également? N'avait-il pas défendu "la porte orientale de la nation arabe" contre le péril persan khomeiniste?
N'était-il donc pas dans l'ordre des choses que ces émirs payent l'addition en dollars, l'Irak ayant payé en vies hu-
Devant le refus obstiné de ces derniers, Saddam se fit fort de rappeler tout haut, à destination de l'Iran tout aussi intéressé par cet aspect du litige, que le Koweit et les Emirats arabes unis (EAU) — de par leur entêtement cupide à exporter bien plus de pétrole que ne le justifieraient les besoins réels de leurs Etats lilliputiens (4) — sont responsables, pour une bonne part, du bas niveau des prix du pétrole. Que, par conséquent, ils font ainsi perdre des milliards de dollars aux autres exportateurs et à leurs populations dans le
En juillet 1990, Saddam menaça pu-
SES AMIS intimes de ces dernières années, le roi Hussein de Jordanie et Yasser Arafat, offrirent leur entremise à cette fin. Cependant, céder à ce stade était encore plus impensable pour les émirs, d'autant plus que l'impérialisme mondial se mobilisait à leur rescousse. La dictature bliquement ces émirs du recours à la manière forte. Rien n'y fit. Il massa des troupes à la frontière du Koweit, sans plus de résultat.
L'émir du Koweit continuait à s'obstiner, encouragé par les Saoudiens, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, hautement inquiétés par le racket irakien.
...et déferle sur le Koweit
Saddam n'avait plus de choix ; c'était quitte ou double. Soit il se résignait à l'effondrement inévitable de son régime, en abdiquant ses prétentions de gendarme régional et en "dégraissant" ses forces armées, tout en faisant face au mécontentement populaire et à ceux, innombrables, qui ont des comptes en tous genres à régler avec lui ; soit il fuyait en avant, avec la perspective illusoire d'un succès qui arrangerait tous ses problèmes. Illusoire car, une fois de plus, la dimension mégalomane du personnage lui occultait ses propres limites par rapport à l'ampleur de ses ambitions.
Le 2 août 1990, les troupes irakiennes déferlaient sur le territoire du Koweit, presque aussi allègrement que lors de manœuvres de routine.
L'improvisation politique de Saddam Hussein fut une fois de plus éclatante ; pour lui, comme pour Napoléon, « on s'engage et puis on voit », maxime valable à condition de toujours s'aménager
Or, le propre de l'aventurisme est de négliger ce dernier aspect.
Dans un premier temps, on déclara que les troupes irakiennes étaient intervenues à la demande d'un pouvoir "révolutionnaire" koweitien, un peu à la manière des interventions de l'Union soviétique. Mais l'absence d'un tant soit peu de préparation politique sur le terrain koweitien de cette invasion décidée au dernier moment était flagrante. Saddam annonça son intention de se retirer, tentant d'obtenir en échange ce pourquoi il avait franchi le Rubicon. * irakienne, ne pouvant plus reculer sous peine de tout perdre, passa donc à l'annexion pure et simple du territoire koweitien. Pour l'occasion, elle rappela que l'Irak avait longtemps revendiqué ce territoire sur lequel la Grande-Bretagne avait créé un "Etat indépendant".
Le quitte ou double de Saddam Hussein est désormais, avec le déploiement impérialiste, engagé à un niveau fatal. Il pourrait s'accommoder de solutions de compromis qui lui laisseraient un gain financier ou territorial. Mais l'obstination est maintenant ancrée à Washington, qui dorénavant, mène directement le jeu. Bush, approuvé par Thatcher, Mitterrand et autres acolytes, est catégorique : aucune concession ; retrait irakien inconditionnel.
Pris dans l'engrenage, Saddam Hussein se prépare à l'épreuve de force.
Comment neutraliser Téhéran ? En toute logique, vu l'ampleur du défi, il devait se dégager du front iranien. N'étant pas à une volte-face près, il a accepté toutes les conditions de Téhéran pour la cessation de l'état de guerre entre les deux pays. L'accord d'Alger de 1975, déclaré caduc en 1980, fut réactivé.
Le nationalisme arabe du despote a encore une fois changé de cible : 1""Occident chrétien" a remplacé les "Perses". Quand on vise le Koweit, débouché maritime naturel de l'Irak, on peut bien céder la moitié du Chatt-el-Arab aux Iraniens, cousins ethniques et frères dans l'Islam.
Le gouvernement des mollahs, ravi de cette aubaine divine, ne se fit pas prier pour accepter l'offre, tout en se délectant du spectacle d'un Irak subissant à son tour, au centuple, l'hostilité de la "communauté internationale", y compris de ceux qui, hier encore, l'armaient et le finançaient contre l'Iran.
Dans ce tragique vaudeville qu'est la politique au Moyen-Orient, Washington a
4) Il faut faire justice, à cet égard, d'une idée répandue, selon laquelle le Koweit agirait pour baisser les prix du pétrole dans le seul intérêt des impérialistes. Cette idée, valable en partie pour l'Arabie saoudite, ne l'est pas en fait pour l'Etat du Koweit, plus autonome dans la poursuite de ses intérêts que ne l'est le royaume voisin. En réalité, si les Koweitiens exportent plus qu'il n'en faudrait pour les besoins intangibles de leur Etat, c'est effectivement parce qu'ils cherchent à maximiser leurs profits, comme tout capitaliste. La capitalisation à l'étranger des revenus dérivés de leur pétrole — art dans lequel ils sont passés maitres, gagnant l'admiration du grand capital international - leur est beaucoup plus profitable que de le laisser dans le sous-sol, où son prix réel décline inexorablement.
même proposé à Téhéran une alliance contre Bagdad, demandant aux Iraniens de masser leurs troupes face à l'Irak. Pour l'instant, ceux-ci ont sagement décliné l'offre du Grand Satan, avec lequel ils n'ont pas intérêt à trop se compromettre (5). Rafsandjani, rescapé in extremis de l'Irangate, en sait quelque chose.
L'armada des tartuffes
Pourquoi donc l'impérialisme mondial s'est-il mobilisé à ce point, et pourquoi se montre-t-il si intransigeant ? La question doit être posée car, au fond, le pétrole du Koweit n'appartenait pas plus aux Etats-Unis et à leurs acolytes que celui de l'Irak. D'aucuns ont cru y voir une bataille pour le prix du pétrole ; mais l'impérialisme est lucide en matière de commerce.
Il est évident que le seul moyen dont dispose l'Organisation des pays producleurs de pétrole (OPEP) pour peser sur les prix est la réduction du volume de sa production. Or, Saddam Hussein n'annexe pas le Koweit pour interrompre les exportations pétrolières de l'émirat. Bien au contraire, il a beaucoup plus intérêt que les émirs eux-mêmes à exporter au maximum. Il leur reprochait de produire plus qu'il ne leur en faut ; mais ses propres besoins sont immenses. Les exportateurs ayant réellement la possibilité d'agir sur les prix sont ceux qui — Arabie saoudite, Koweit ou EAU - disposent d'une grande marge de manœuvre, étant donné leur surcapacité exportatrice par rapport à la partie inélastique de leurs besoins.
Quant au "droit international" évoqué par la communauté des faux jetons, on sait ce qu'il faut en penser. Durant les 25 dernières années, il y a eu tant d'invasions et d'annexions de jure ou de facto qu'elles sont difficiles à recenser. Prenons les annexions : Israël occupe depuis 23 ans, et a officiellement annexé en partie, des territoires arabes aussi peuplés que le Koweit; l'Iran du Chah a occupé, en 1971, trois îles du Golfe appartenant aux EAU ; le Maroc de Hassan Il s'est approprié en 1975 le Sahara occidental. Ces enfants chéris de l'impérialisme n'ont jamais subi la moindre punition de la part de leurs parrains. Est-il d'ailleurs besoin de rappeler que les trois grandes puissances impérialistes en pointe dans le conflit du Golfe maintiennent toutes sous annexion nombre de territoires d'"'outre-mer" ?
Quant aux occupations et invasions de l'histoire récente, celles des Etats-Unis, du Viêt-nam à Panama, en passant par la Tur—— Inprecor numéro 314 du 14 au 27 septembre 1990
GOLFE
quie à Chypre, l'Afrique du Sud en Ango la, l'Irak en Iran, Israël au Liban, oi ment sur l'ensemble de la planète.
l'URSS en Azerbaïdjan et en Litua nie, ont-elles été faites en appli cation du "droit internatio
Inal"? L'apartheid en Afrique du Sud, ne mérite-t-il pas au moins la même ardeur dans les sanctions et l'embargo que l'annexion du Koweit ? Hypocrisie grossière que les discours sur le "droit" quand ils émanent de ceux qui le bafouent quotidienne-
Quels sont donc, en vérité, les mobiles els de l'impérialisme face à l'Irak ?
immençons par ceux pour lesquels l'insion irakienne du Koweit représente un n prétexte. Pour les Etats-Unis, suivis par la France et la Grande-Bretagne, en particulier, il y a là argument pour couper court à toute demande de réduction substantielle des budgets militaires. Les pressions dans cette direction étaient deve-
5) L'intérét bien compris des commerçants iraniens qui, comme on sait, sont la classe privilégiée du régime des mollahs, serait d'ailleurs de déjouer le blocus de l'irak, au prix fort que celui-ci n'hésitera pas à payer (en pétrole, s'il le faut).
GOLFE nues très fortes ces derniers temps, alors que s'ajoutaient à la nécessité de réduire les déficits budgétaires, la détente EstOuest et les sirènes du désarmement. La principale leçon tirée par Bush, quelques jours après l'opération irakienne (discours de Baltimore), est qu'il faut se garder de toucher aux budgets d'armement et se préparer à faire face aux nouveaux périls menaçant les intérêts américains, qui ne manqueront pas de surgir, tels l'Irak, en dépit de la débâcle soviétique.
Qui paiera la "crise" ? Corollaire, en des temps où une nouvelle récession s'amorce : les mesures d'austérité sociale sont indispensables; s'il faut tailler dans les budgets, c'est de ce côté-là. D'ailleurs, ce sont les exportateurs de pétrole qui sont, à nouveau, responsables de la crise. Puisque Saddam est le nouvel Hitler des temps modernes, il faut bien s'apprêter à verser J'aimerais remercier les "du sang, de la sueur et fabricants d'armes du monde entier... des larmes" en défense mes alliés, sans lesquels rien des grands principes. On de tout cela n'aurait été possible. peut imaginer tout ce qu'un Ronald Reagan, bien meilleur acteur que Bush, aurait donné comme shows pour la même occasion et sur le même thème.
Mais, il y a un enjeu plus grand encore pour Washington. Au moment où la puissance économique de l'empire américain est en déclin prononcé face aux concurrences allemande et japonaise, les EtatsUnis cherchent à redresser la balance en faisant jouer leur suprématie militaire incontestée.
Le gendarme du monde est de retour
Le message est simple : « Nous sommes les gendarmes du monde, protecteurs de l'ordre impérialiste. Cela nous coûte cher, alors que d'autres profitent autant que nous, sinon plus, du maintien de cet ordre, sans être en mesure d'y contribuer efficacement — ils sont, par exemple, plus dépendants que nous du pétrole du Golfe. Il n'est donc que justice qu'ils contribuent à financer notre effort, voire nous accordent des avantages commerciaux en compensation. » Bush l'a déclaré publiquement, en substance, le 30 août 1990. L'arrogance de l'impérialisme yankee est à son comble.
Quant aux mobiles intrinsèques de l'intervention impérialiste dans le Golfe, ils sont fondamentalement de deux ordres. Il y a, d'une part, la défense des Etats koweitien et saoudien — ainsi que des EAU. Encore une fois, le "droit" n'y est pour rien. En réalité, les classes dirigeantes koweitienne et saoudienne font, depuis bien longtemps, partie intégrante du capital impérialiste mondial. Non pas au sens où leurs Etats, dépendants s'il en fut, seraient des Etats impérialistes ; mais au sens ces classes ont placé ("recyclé") la majeure partie des avoirs dérivés de leur rente pétrolière dans les économies des métropoles impérialistes.
Le Guardian de Londres a publié récemment un article fort intéressant à cet égard (6). Il établit une liste des parts importantes des 100 milliards de dollars d'investissements de l'Etat du Koweit dans les économies industrialisées; d'où il ressort que ce dernier est le principal in-
TININEO STATER A AMERICA vestisseur étranger au Japon et dans l'Etat espagnol, et un des principaux en GrandeBretagne et aux Etats-Unis. Mais, là où cet article innove, c'est par l'introduction du concept d""'économie en exil", au sujet de ces immenses avoirs de l'Etat koweitien, aujourd'hui privé de territoire.
Les classes dirigeantes de ce type de pays possèdent l'Etat, de fait, à la manière d'un domaine féodal et d'un conseil d'administration de société par actions. Aucun contrôle externe à leurs rangs étroits n'entrave leur libre disposition des biens "publics" ; l'Etat, c'est bien elles. Ce sont autant de holding trusts multinationaux, dont la territorialité n'a rien d'essentiel. L'impérialisme les défend, comme il défendrait un de ses grands groupes d'intérêts privés quelconque.
De surcroît, leur utilisation de la rente pétrolière est, à peu près, aussi profitable aux économies occidentales qu'elle le serait si les compagnies impérialistes en étaient les bénéficiaires (voire plus, car une partie importante va à des utilisations non productives ou non rentables pour l'acheteur, mais fort rémunératrice pour le vendeur impérialiste, ce que ne feraient pas des compagnies privées ordinaires).
Protéger la rente pétrolière
Pour les Etats-Unis, l'Arabie saoudite est un Texas-bis. Pour la GrandeBretagne, le Kuwait Investment Office (KIO), qui possède 10 % de la Midland Bank et de la British Petroleum (BP), est l'équivalent d'un grand investment trust britannique.
Ce n'est pas la propriété koweitienne ou saoudienne des champs pétrolifères, en tant que telle, qui intéresse les impérialistes. L'Irak ne menace pas leur approvisionnement en pétrole, puisqu'il n'a d'autre choix que de le leur vendre — ce qu'il a toujours fait aussi bien que tout autre. Ce qui les intéresse, c'est l'utilisation de la rente pétrolière, son recyclage dans leurs économies par des Etats exportateurs qui sont riches, car sous-peuplés par rapport à leurs revenus. C'est tout le scandale du concept de "surplus de capitaux" appliqué à des Etats découpés sur mesure, dans une région du monde où tous les autres croulent sous le poids de la dette et de la misère. A cette motivation DANZIGE d'ordre économique (7),
Oil faut ajouter un mobile d'ordre politico-militaire. L'impérialisme ne saurait tolérer que s'affirme dans le monde une puissance régionale échappant militairement à son contrôle, un Etat aux ambitions hégémoniques directement concurrentes de la domination impérialiste. Or l'Irak est bien cela : une puissance régionale incontrôlable par l'impérialisme. Non pas indépendante, car le pays est structurellement dépendant dans tous les domaines, mis à part l'approvisionnement en pétrole et en... dattes. Il est, notamment, tout à fait subordonné sur le plan de l'armement. Mais incontrôlable, comme peut l'être la Libye de Kadhafi, suivant une démarche politique imprévisible par l'impérialisme, car elle
6) The Guardian weekly, vol. 143, n° 9.
7) L'impérialisme français, qui a beaucoup investi en Irak voulait voir l'économie irakienne assainie par la réduction des dépenses militaires et improductives de l'Etat. Son intérêt était que cela se fasse sans trop de dégâts, pour préserver les capacités de remboursement et d'importation irakiennes. D'où le peu d'enthousiasme pour une agression directe contre l'Irak. Inprecor numéro 314 du 14 au 27 septembre 1990—
échappe à sa propre logique et peut, en l'occurrence, s'y opposer. Avec cette différence de taille que les moyens militaires de Saddam Hussein sont beaucoup plus grands que ceux de Kadhafi (8).
Quand, de surcroît, la puissance incontrôlable se met à remettre en cause le découpage des Etats du monde par les grandes puissances, faisant fi des réalités nationales et des complémentarités, risquant d'établir un précédent contagieux, il devient grand temps de l'abattre. Et c'est bien de cela qu'il s'agit aujourd'hui.
Il ne faut pas se leurrer. Ce n'est qu'hypocrisie quand Moscou et Pékin, qui ont accepté d'offrir la couverture de l'ONU à l'intervention impéria-
Profits et pertes liste, font mainte nant mine de n'avoir avalisé que le blocus, et d'être opposés à une offensive militaire contre l'Irak
(9). Les puissances impérialistes ne sauraient se satisfaire d'un simple retour au
MEXIQUE - statu quo ante, qui laisserait à
VENEZUELA ~
PIrak non seulement un butin de
COLOMBIE + guerre, mais aussi la possibilité de préparer de nouvelles aventures tout aussi inacceptables pour l'impérialisme.
Elles sont angoissées à l'idée que l'Irak, déjà doté l'armement chimique, puisse renforcer considérablement sa force de dissuasion en accédant au club des détenteurs de l'arme nucléaire. Pour Bush, Thatcher et compagnie, la consigne est aujourd'hui claire : il faut détruire Saddam Hussein.
Comment se débarrasser de Saddam Hussein
A cette fin, deux possibilités sont envisagées. La première serait le renversement interne (voire l'assassinat) de Saddam Hussein. C'est le domaine des services secrets, CIA en tête (avec certainement la collaboration des Israéliens), le domaine de la covert action activement exploré. Mais les possibilités sur ce plan semblent ténues. Saddam Hussein est un
— Inprecor numéro 314 du 14 au 27 septembre 1990ébranler son régime. nions publiques d'une flambée de l'or noir
ALGERIEN BYES CARNOURS
EQUATEUR S
- CONGO ANGOLA +la crise qui. a l exception du Japon. Rus orvs grevement annetae nar at dela des economies chancelantes.
bien plus rétrograde. Or tout affrontement terrestre serait sans nul doute, quelle que soit la tactique adoptée, fort coûteux en vies humaines, face à une armée irakienne aguerrie par huit ans de combat contre un ennemi en surnombre. La principale mission des forces américaines terrestres déployées en Arabie saudite est effectivement la protection du royaume, notamment de ses zones pétrolifères limitrophes rienne. C'est le talon d' Achille de l'Irak qui, même s'il dispose de quelques jouets sophistiqués de combat aérien et de défense anti-aérienne, n'en reste pas moins indigent et vulnérable sur ce plan. L'aviation iranienne étant très délabrée, en raispécialiste de la question ; il se déplace de bunker en bunker avec un luxe de précautions et son contrôle policier de l'appareil d'Etat est éminemment serré. En fait, la CIA a déjà tenté à plusieurs reprises d'éliminer le dictateur irakien, notamment de concert avec les Saoudiens en 1985-86 (10). Elle n'est même pas parvenue à
Reste la possibilité militaire. Les impérialistes savent cependant que leurs opitoléreraient très mal qu'un grand nombre des leurs soient tués au combat pour l'émir du Koweit ou la monarchie saoudienne, la plus réactionnaire du monde, pius répressive que le ré-
TRAN CHINE ARABIE LL'AFRIOUS NOI , raientissement de leur croissance. Les pays touches de recession ou a un HORVEGE gime de Saddam Hussein lui-même et sance militaire.
L'option offensive numéro un est aéd' Aouzou). ment du conflit du Golfe.
GOLFE son notamment du manque de pièces détachées américaines (voir l'Irangate), l'Irak n'a pas acquis d'expérience réelle de combat face à une aviation de pointe. Et la configuration désertique de la région en fait un terrain d'élection pour le rôle décisif de cette demnière, comme l'ont illustré les guerres israélo-arabes depuis 1967.
La région sous tension
Le Pentagone a déjà élaboré un plan de destruction aérienne massive des objectifs stratégiques en Irak (concentrations militaires, usines d'armement, infrastructure, communications et équipment énergétique). Les généraux américains s'apprêtent à "aplatir" l'Irak sous un tapis de bombes (carpet bombing). Ils jubilent à la perspective d'avoir enfin une occasion sérieuse de faire usage de leurs
SRUMEL"
gadgets meurtriers, comme le bombardier
Stealth tant décrié en raison de son prohibitif.
coût
C'est Apocalypse
Now-part qu'ils s'apprêtent à réaliser, en vrai, si on leur donne le feu vert (11).
Une telle action, la moins coûteuse en soldats parmi les options militaires de l'impélas dRye annenis au moins
1 count farmal orce a laur rialisme, détruitroduction petroulere.
rait sinon le régime de Saddam Hussein, du moins sa puis-
Les risques majeurs d'un conflit armé sont ses conséquences éventuelles, internationales et arabes, que soupèsent les scénaristes de Washington.
Certains d'entre eux mettent en garde contre un risque d'embrasement généralisé du monde arabe, une sorte d'intifada à
8) Kadhafi a eu, lui aussi, son Koweit au Tchad bande
9) L'abstention de Cuba au Conseil de sécurité de I'ONU sur la même question est déplorable de la part d'un pays qui a tant souffert du blocus américain.
10) Il s'agissait pour eux de lever un obstacle à un règle-
11) L'aisance avec laquelle est évoquée aujourd'hui la possibilité d'un recours à l'arme nucléaire, en riposte à l'utilisation par l'Irak de l'arme chimique, est tout à fait alarmante.
GOLFE une échelle beaucoup plus grande dont pâtiraient les partenaires arabes de l'impérialisme. Ces derniers sont d'ailleurs hautement angoissés par la perspective d'une offensive militaire impérialiste de grande envergure contre l'Irak. Ils tentent de s'en laver les mains par avance, auprès de leurs populations. En tout état de cause, les forces occidentales ne se retireront de la région qu'après avoir irréversiblement neutralisé l'Irak, avec ou sans Saddam Hussein.
Il en va de l'autorité et de l'hégémonie de l'impérialisme mondial. C'est pourquoi, quelle que soit l'aversion que les révolutionnaires peuvent avoir pour le despote irakien, ils ne sauraient hésiter.
MAIS QU'EN EST-IL de l'annexion du Koweit ? Cette question est beaucoup plus complexe et source de confusion.
S'il y a heureusement une large unanimité dans les rangs des révolutionnaires pour la défaite de l'impérialisme, on trouve, par contre, un vaste éventail de positions sur la question du Koweit. Cela va de ceux qui demandent le retrait des troupes irakiennes de ce territoire et l'autodétermination de sa population à ceux qui soutiennent l'annexion, voire mettent le régime irakien
VONT VOUS au défi de ne pas capituler.
Le fait que les masses VOTRE palestiniennes des deux côtés du Jourdain, qui sont parmi les plus concernées dans la région par le droit à l'autodétermination, soient précisément celles qui témoignent le plus énergiquement leur soutien à l'Irak, n'est pas un paradoxe. Elles ont, certes, de graves illusions quant au régime irakien, illusions entretenues par l'étroitesse des liens entre la direction de l'OLP et ce régime. Cependant, plus fondamentalement, elles ne mettent pas l'Etat koweitien dans la catégorie des opprimés, la leur, mais dans celle des créations de l'impérialisme qui lui servent de suppôts, à l'instar de l'Etat sioniste.
Cette vision est-elle fondée ? Il est hors de doute, en vérité, que l'Etat koweitien ne doit son existence qu'à l'impérialisme britannique. Bien sûr, on pourrait rétorquer que tous les Etats de la région
Il faut tout faire contre l'intervention impérialiste, pour le retrait des troupes impérialistes, pour la cessation du blocus infligé au peuple irakien.
C'est en particulier la tâche des révolutionnaires dans les pays prenant part à l'intervention. Il faut maximiser le coût de toute agression impérialiste contre l'Irak.
Dans les pays arabes en particulier, les révolutionnaires doivent préparer de nombreuses intifadas, non pas pour Saddam Hussein, mais contre l'agression impérialiste et ceux qui en sont complices. Dans tout affrontement entre l'Irak et les impérialistes, nous sommes résolument aux côtés du premier. *
L'histoire de l'Etat" du Koweit
arabe sont, dans leurs frontières actuelles, des créations de l'impérialisme, des produits du dépeçage par les impérialistes du domaine arabe de l'empire ottoman au cours des deux derniers siècles. Toutefois, ces Etats correspondent plus ou moins — à quelques exceptions près aussi artificielles que la Jordanie — aux unités administratives de l'empire ottoman ou aux régions qui échappaient à sa dominaYOYONS CHER AMI! NE FAITES PAS CETTE TÉTE!! PUiSQUON VOUS DIT QUE LES AMERiCAiNS
LE RENDRE " CHER KOWEIT!!!
& HEIN!
ALLONS... TiNK: -TINK: tion (Maroc, Yémen du Nord) et ont donc une longue continuité étatique. Mais ce n'est pas là une différence déterminante.
Le découpage colonial
La vraie différence est que ces Etats abritent des populations actives autochtones, qui consentent pour le moment à leur cadre étatique et pourraient le dépasser vers une union fédérale ou une fusion avec d'autres, si elles en avaient la volonté active. Ce n'est pas le cas, bien entendu, des minorités nationales opprimées, telles que les Palestiniens ou les Kurdes. Ce n'est pas le cas non plus des mini-Etats pétroliers du Golfe (Koweit, EAU, Qatar). Ces derniers sont des postes établis par l'impérialisme britannique en zone quasi-désertique, avec la collaboration rétribuée de chefferies issues des tribus bédouines de la péninsule arabe. A l'importance stratégique de ces postes pour l'hégémonie navale de l'empire britannique, s'est ajoutée, au XXe siècle, la découverte des richesses pétrolières que recèle leur sous-sol. Ils devinrent autant de concessions pétrolières pour les compagnies impérialistes.
La Grande-Bretagne eut donc tout intérêt à en faire des soi-disant "Etats" séparés, puis "indépendants", pour préserver son hégémonie sur eux et sur leurs richesses, à l'abri de la "subversion" anti-occidentale à laquelle furent exposés très tôt les autres Etats réellement peuplés de la région. La création de l"Etat" du Koweit, à la fin du siècle dernier, se fit contre le gré des Ottomans qui réclamaient le départ des Britanniques et voulaient qu'il soit rattaché à leur province de Bassorah - sud de l'Irak actuel - dont le Koweit est le prolongement naturel vers les eaux du Golfe. Cet "Etat" sous protectorat britannique fut maintenu par Londres, contre le gré même de ses propres agents irakiens (et de la population irakienne), sous la monarchie que la Grande-
Bretagne instaura en Irak à partir de 1921. Londres savait le Koweit fermement sous son contrôle, avec ses quelques dizaines de milliers d'habitants, et entiè rement dépendant de sa protection, à côté d'un Etat irakien qui l'aurait volontiers annexé dès sa naissance. Les Britanniques étaient lucides, par ailleurs, quant à la précarité de leur domination sur l'Irak. Dès 1920, en effet, ils durent faire face à des rébelqu'ils parrainaient fut finalement renversée par un coup d'Etat républicain et nationaliste leur vouant une franche hostilité.
Le nouveau régime réclama de plus belle que Londres lui cède le Koweit, ce dont il était moins que jamais question avec le développement de la production pétrolière. Et quand, en 1961, Londres accorda une "indépendance" toute formelle à son protectorat du Koweit (300 000 habitants à l'époque), il fallut la force militaire britannique pour empêcher l'Irak de l'annexer. Le litige fut finalement réglé, moyennant versement koweitien à l'Irak, Inprecor numéro 314 du 14 au 27 septembre 1990—
en échange de sa reconnaissance en tant qu'Etat.
Les intérêts impérialistes
Le Koweit, comme les autres émirats pétroliers, doit non seulement sa création, mais aussi sa survie, à l'impérialisme, comme les événements en cours l'illustrent bien. Appliquer la notion d'autodétermination à des territoires découpés par l'impérialisme autour de richesses minières pour mieux les exploiter, dans le flanc d'ensembles plus larges dont ils ne se distinguent par aucune spécificité nationale, ethnique, culturelle ou linguistique, équivaut à donner un droit de préemption sur ces richesses à la minorité privilégiée qui s'est trouvée y résider, au détriment de l'écrasante majorité qui habite les territoires adjacents et se trouve exclue de ce fait du partage des bénéfices. C'est une perversion totale du contenu démocratique du principe du droit des peuples à disposer (majoritairement) de leur sort. Le formalisme du droit bourgeois perpétue toujours l'injustice quand il se fonde sur les inégalités naturelles ou établies par l'oppression.
Beaucoup d'Etats auraient pu être créés par l'impérialisme dans le tiers monde à la manière des émirats pétroliers, si les rapports de force avec les peuples locaux l'avaient permis : sur chaque champ pétrolifère, dans chaque région aurifère, aurait pu s'établir une principauté ou une mini-république, où l'on aurait aisément trouvé une majorité d'habitants votant pour 1'"indépendance", c'est-à-dire, en l'occurrence, le non-partage du bénéfice des richesses du sous-sol avec les autres régions du pays auquel ils appartenaient.
Seule une réelle spécificité ethnique de la région en question justifierait, du point de vue démocratique, qu'on lui reconnaisse le droit à l'autodétermination. Inversement et contre le formalisme anti-démocratique, on ne saurait reconnaître la souveraineté de majorités implantées par un processus coercitif de colonisation sur le territoire d'autres nations ou ethnies.
Or, le cas koweitien ne satisfait pas même la conception la plus formelle du droit majoritaire.
Dans les trois émirats pétroliers, seule une minorité d'habitants (40% au Koweit) détient la citoyenneté et jouit, très inégalement d'ailleurs, des droits et privilèges auxquels elle donne accès (12). La grande majorité des producteurs en est ex-
GOLFE
clue et traitée en citoyens de deuxième ou de troisième rang, selon qu'il s'agisse
EDOUARD?. FOUS LUi LA PAiX AVEC CES HiSTOIRES!!
HIER AU SOiR IL A PERDU 5 MILLiONS DE DOLLARS AU CASiNO!
ÔH! LE PAUVKE
HOMME!
LE 8.
d'Arabes ou de Sud-Asiatiques, dans le cadre de ce qu'un journal britannique n'a pas hésité à qualifier, à juste titre, d'apar-
Il est d'ailleurs frappant de constater, alors que le chômage touche des millions d'Arabes, que les émirats pétroliers ont importé de la main-d'œuvre du sous- continent indien, voire du Sud-Est asiatique. Celle-ci est réduite à des conditions proches de l'esclavage (notamment pour la grande masse des domestiques) et offre l'avantage
7 ALORS.
d'être résignée, soucieuse
STP!!
avant tout de ne pas perdre un salaire qui, aussi modique soit-il, est important en comparaison avec la profonde misère de leurs pays d'origine.
Ces Etats éminemment artificiels sont voués à dégager des "surplus de capitaux"
et à les recycler auprès de leurs protecteurs et tuteurs impérialistes. Une minorité y vit dans une débauche de luxe qui est une
12) Sur les 40 % d'habitants du Koweit détenant la citoyenneté de l'émirat, moins de 10 % jouissent du droit de vote, d'ailleurs très formel puisque l'émir reste libre d'agir à sa guise et de dissoudre son Parlement de pacotille, comme il l'a fait ré.
cemment.
----- photo credits and running heads -----
ram
GOLFE insulte, non seulement à la grande misère des populations voisines, mais aussi aux conditions de vie peu enviables de la grande majorité de leurs travailleurs immigrés. Ceux-ci, même les Arabes (surtout des Palestiniens et des Egyptiens), jouissent de beaucoup moins de droits et d'avantages sociaux que les immigrés dans les métropoles impérialistes.
La justice la plus élémentaire exige le rattachement de ces émirats aux régions plus peuplées dont ils ont été détachés par l'impérialisme.
On ne saurait, par ailleurs, vu leur caractère et leur composition, s'attendre dans l'immédiat à ce que les travailleurs qui y résident s'emparent du pouvoir. L'Etat aura toujours assez de moyens
FAUT-IL pour autant soutenir l'annexion du Koweit par ce dernier, tout en condamnant ses modalités ? Pas plus, car Saddam Hussein n'est pas le représentant du peuple irakien, mais son oppresseur. Nous soutenons la mise des richesses du Koweit à la disposition de ceux qui y travaillent et du peuple irakien. Ce n'est pas plus le cas sous la dictature du despote de Bagdad, que cela ne l'était sous celle du petit potentat koweitien aujourd'hui en exil. C'est pourquoi il ne faut ni soutenir l'annexion en cours, ni exiger qu'il y soit mis fin. Car personne ne saurait être dupe : quelles que soient les bonnes intentions démocratiques de ceux qui demandent le retrait irakien du Koweit, la seule alternative réelle aujourd'hui est le rétablissement de l'émir.
Or les révolutionnaires ne sont pas tenus de choisir, en l'occurrence, entre la peste et le choléra. Ils ne prennent une position tranchée que contre l'intervention impérialiste, pour les raisons déjà expliquées.
Sur le terrain, les révolutionnaires arabes véritablement dévoués aux intérêts du prolétariat refuseront de prendre part à tout affrontement entre troupes arabes, que ce soient celles de Saddam, de Fahd, de Moubarak, de Hafez El-Assad ou de Hassan II.
Les travailleurs n'ont rien à défendre, rien à gagner, dans cette guerre de rapaces subalternes. Ils s'opposeront à l'envoi de troupes de leurs pays sur le terrain du conflit, comme ces soldats et officiers irakiens héroïques qui auraient, selon certaines sources, payé de leur vie leur refus pour entretenir autant de mercenaires bien payés (13) qu'il le faut pour tenir en respect ses esclaves salariés. De ce point de vue, on ne saurait condamner en soi l'invasion du Koweit et son annexion par l'Irak : l'attitude à cet égard ne relève pas de principes formels, mais dépend de l'analyse politique des enjeux.
Un régime fondé sur un véritable pouvoir populaire révolutionnaire à Bagdad aurait peut-être été amené à annexer manu militari le Koweit, s'il en avait eu les moyens. Certes, il l'aurait fait bien différemment, avec la participation active des travailleurs qui y résident, à la façon d'une armée de libération et non d'une armée d'occupation comme l'ont fait les troupes de Saddam Hussein (14). *
Il faut arrêter l'intervention impérialiste!
de participer à la nouvelle aventure insen-
Il faut appeler les soldats des armées arabes à fraterniser et à retourner leurs contre leurs dirigeants. Il faut mettre en avant la perspective d'une mise en commun socialiste de l'ensemble des richesses de la nation arabe, contre leur partage actuel entre classes dirigeantes soumises à l'impérialisme.
En Irak ou parmi les Irakiens en exil, les révolutionnaires doivent avant tout dénoncer la folie du despote, menant leur pays en permanence au massacre pour ses ambitions de mégalomane. Son renversement révolutionnaire reste une tâche urgente ; il en va de la survie de l'Irak. Ils doivent expliquer que le droit du peuple irakien à récupérer le Koweit ne saurait être justement revendiqué si on ne soutient pas, en même temps, le droit du peuple kurde à l'autodétermination et à la récupération de ses zones pétrolifères (Kirkouk) colonisées par des Arabes.
S'il faut exiger la levée du gel des avoirs irakiens à l'étranger, par opposition à cette pratique de plus en plus courante de la part des impérialistes à l'égard des Etats qui s'opposent à eux, on ne saurait demander que les 100 milliards de l'Etat koweitien soient mis à la disposition de Saddam Hussein, ni libérés en faveur de l'émir.
Il faut d'ailleurs même demander le gel des avoirs "privés" de la famille régnante koweitienne, qui s'élèvent à plusieurs dizaines de milliards de dollars ! Ces fonds devraient être mis à la disposition de l'Irak pour sa reconstruction, dès
que son peuple sera en mesure d'élire librement son gouvernement.
Telles sont les grandes lignes d'une attitude révolutionnaire se plaçant du point de vue des intérêts de classe du prolétariat. Les questions sont complexes et les réponses ne peuvent être que modulées, sous peine de s'identifier à l'un des protagonistes du conflit en cours. La seule réponse simple qui ne souffre aucune excep tion est l'opposition résolue à l'inter-
4 septembre 1990
13) De fait, les armées des émirats et d'Arabie saoudite sont composées en grande partie de mercenaires (des "soldats immigrés" pour réprimer les travailleurs immigrés).
14) Le nationalisme étroit du despote irakien se maniteste aussi par son incapacité à s'adresser aux forces anti-impérialistes mondiales. Sa conception des choses se traduit par une prise d'otages occidentaux que rien ne saurait justifier et qui a, d'ailleurs, servi aux impérialistes à monter l'opinion publique internationale contre lui.