Au lendemain du 2 août 1990, si le Parti communiste tunisien (PCT) et les intégristes d'El- Nahda condamnaient l'annexion du Koweit par l'Irak, en revanche les masses populaires et l'ensemble des forces d'opposition ont adopté une position anti-impérialiste et soutenu, à des degrés divers, l'initiative de Saddam Hussein. Le sentiment national arabe a repris le dessus, allant du soutien inconditionnel à la solidarité politique avec les « 17 millions d'ota
Deux comités de soutien ont été formés dont le "Comité contre l'agression et pour le soutien à l'Irak", à l'initiative de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT, centrale syndicale unique du pays) ; toute la gauche, y compris les trotskystes, y participe.
Réunions publiques, communiqués, manifestations regroupant l'ensemble de l'opposition le 14 août, initiatives à l'échelle de tout le pays ont dominé la vie politique tout au loin du mois d'août 1990.
Cette radicalisation n'a pas trompé le pouvoir, dont l'attitude se résume à une sorte de "neutralité" embarassée : boycott du sommet de la Ligue des Etats arabes au Caire, mais aussi répression de la manifestation du 14 août — au moins 46 intégristes et 14 militants du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT) ont été arrêtés et l'hebdomadaire du PCOT, Elbadil, a été saisi provisoirement.
Le pouvoir n'est pas le seul à marcher sur une corde raide. Le PC, en faisant fi du sentiment national arabe, s'est coupé d'une partie de sa "base" (s'il lui en reste une...). Quant aux intégristes, partagés entre leur volonté de ne pas s'éloigner des masses et les directives de leurs bailleurs de fonds, ils jonglent avec diverses positions : dénonciation de l'invasion du Koweit, puis soutien à Saddam Hussein ; justification de l'appel saoudien aux impérialistes suivie d'une dénonciation de la présence Golfe ! »; « La négodes « mangeurs de porcs et buveurs d'alcool » sur les lieux saints... Autant de dirigeants, autant de positions !
Dans les débats portés sur la scène publique, cette même palette de positions divise tous les mouvements ou partis d'opposition - le Mouvement des démocrates socialistes, la Ligue tunisienne des droits de l'homme, le mouvement des femmes, le Collectif des 150 (démocrates oppositionnels voulant créer un "pôle" alternatif au pouvoir et aux intégristes). *