Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

JAPON

Au nom du « dieu vivant »...

· Inprecor n° 319, 23 novembre 1990 · p. 28 · 996 mots

Japon et Corée

LA COALITION "A bas la glo-

rification du système impérial ! Coordination contre les cérémonies" (qui se déroulent en deux temps, le Sokuino-Rei et le Daijosai), soutenue par des organisations politiques, a vu le jour, en avril 1990, pour empêcher les deux célébrations du couronnement d'Akihito (le nouveau Tenno, terme japonais spécial réservé à l'empereur, qui signifie "souverain d'essence divine"). Les cérémonies du Sokui-no-Rei ont eu lieu le 12 novembre 1990 ; le Dajosai est programmé deux semaines plus tard ; le tout coûtera 15 millions de dollars. L'empereur y déclarera solennellement que tous les peuples de la planète doivent lui obéir, car il est le "fils des

La coalition qui s'oppose aux cérémonies explique que « Akihito, comme son père Hirohito, cherche à se faire reconnaître comme "fils des dieux" et comme souverain suprême, non seulement des Japonais mais du monde entier ». Ces célébrations ont pour but de restaurer le shintoïsme (1) comme religion d'Etat et de sanctifier la lignée de la famille du Tenno. Si la majorité des partis d'opposition, dont les socialistes et les communistes, a cautionné l'événement (même s'ils ont boycotté les cérémonies), la coalition a rassemblé l'extrême gauche japonaise (dont les trotskystes de la Ligue communiste révolutionnaire du Japon, section japonaise de la IVe Internationale), des organisations chrétiennes et bouddhistes, et le Buraku-min, un mouvement de défense d'une minorité opprimée.

Le retour du Tenno

Des meetings et des manifestations ont eu lieu à Tokyo, le 12 novembre, contre le Soku-no-Rei et d'autres sont prévus pour la deuxième partie des cérémonies dans plusieurs villes du pays.

La coalition en appelle à la solidarité internationale contre : « La reconnaissance tacite de l'idéologie fanatique, chauvine et raciste du "tennoïsme" (...) Nous sommes sûrs que si les autres peuples avaient bien compris le sens de ces

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JAPON

Au Japon, le gouvernement a essayé de profiter de la crise du Golfe pour réhabiliter des traditions impériales et chauvines, tentant d'amender la Constitution afin de permettre l'envoi de troupes nippones à l'étranger. Les cérémonies du couronnement du nouvel empereur, Akihito, le 12 novembre 1990, témoignent de ces manœuvres pourtant contestées.

Bernard GIBBONS célébrations, ils n'auraient jamais ассерté que leurs dirigeants y participent.»

Le système du Tenno et la religion d'Etat shintoïste ont servi de base idéologique à l'agression japonaise contre ses voisins dans les années 30 et 40. Après la défaite de 1945, le Tenno et empereur

Hirohito ont été maintenus, celui-ci a dû renoncer à son statut div au shintoisme comme religion d'Etat

L'accession au trône de Akihito survient au moment ou des secteurs importants de la bourgeoisie japonaise veulent mettre le potentiel militaire japonais à la hauteur de ses capacités économiques.

La proposition du Pro nier ministre,

Toshiki Kaifu, d'envoyer dans le Golfe les

Forces d'auto-défense japonaises, pour jouer un rôle "neutre" dans le cadre des forces de et de coopération des Nations-Unies, a provoqué une levée de boucliers et a fait chuter la cote de popularité du gouvernement. L'article 9 de la/Constitution du Japon, imposée par les Etats-

Unis en 1947, renonce unilatéralement à la guerre et à l'usage de la force, et interdit formellement l'existence d'une armée ou de tout autre "facteur de guerre" Po tel sur son territoire.

Les Etats-Unis voulaient ains neutra liser leur rival dans le Pacifique

Constitution reflète aussi un ment pacifiste et anti-militariste des ma:

ses japonar ont souffert des folies guerrières de la clique au pouvoir depuis les années 20

Cependant, ce sont les Etats-Unis mêmes qui ont encouragé et facilité le réarmement du Japon lors de la révolution chinoise et de la guerre de Corée. En

1948, un an après l'adoption de la Charte,

Washington poussa à la création d'une force para-militaire ; la "Garde de réserve" fut créée en 1950, avec 75 000 hommes (la plupart étant des anciens officiers de l'armée impériale) — sous prétexte d'assurer la "sécurité intérieure" lors des violentes purges anticommunistes. Cette Garde a été le des Forces d'auto-défense, Depuis les années 60, la droite japonaise se bat pour la révision de l'article 9. Celui-ci a déjà été mis à mal par le traité de sécurité signé entre le Japon et les Etats-Unis en 1951 (renouvelé, malgré une opposition populaire virulente, en 1960), comme par le rôle joué par le Japon lors de la guerre impérialiste contre la Corée et le Viet-nâm. Le budget militaire augmente de 6 % tous les ans depuis 1961 ; il a déjà dépassé le seuil psychologique de 1 % du Produit national brut. Les forces armées japonaises comptent 250 000 hommes et les dépenses militaires atteignent entre 25 et 30 milliards de dollars par an.

L'offensive chauvine

Pour répondre à la pression des EtatsUnis, Kaifu a proposé l'envoi de fonds pour aider à l'effort de guerre, mais les démarches ont été longues avant que le gouvernement ne débloque 4 milliards de dollars — le Parti libéral démocratique, au pouvoir, s'est divisé à ce sujet.

L'aliusion à un possible envoi de troupes a soulevé un tollé parmi les parlementaires et l'opinion publique. Selon un sondage paru dans le quotidien Asahi, 78 % des Japonais y seraient opposés et seulement 15 % favorables ; 54 % sont même hostiles à y dépêcher des unités civiles.

Le 6 novembre 1990, la proposition du gouvernement a finalement été retirée — les chances de la faire avaliser par les deux chambres étaient minimes.

L'offensive chauvine de la classe dominante japonaise n'est pourtant pas finie. Le gouvernement prépare un projet de loi pour permettre au Japon de participer aux activités "pacificatrices" des Nations-Unies. Mais le camouflet que vient de subir Kaifu représente une victoire significative du sentiment anti-militariste, qui est majoritaire dans la société japonaise, et renforce le mouvement anti-guerre international.

13 novembre 1990

1) Le shintoïsme est toujours pratiqué par la famille impériale, à l'exclusion de toute autre croyance, même s'il n'est plus religion d'Etat depuis 1945. La majorité des Japonais est à la fois shintoiste et bouddhiste.

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