Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETATS-UNIS

Contre la guerre !

· Inprecor n° 321, 20 décembre 1990 · p. 16 · 1 063 mots

États-Unis

A près le vote du Conseil de sécurité des Nations-Unies autorisant les Etats-Unis à nombreux Nord-Américains étaient encore trompés par l'administration Bush qui prétendait que le déploiement de forces en Arabie saoudite n'avait qu'un rôle

Contre la guerre!

employer la force contre l'Irak, le 29 novembre 1990, le mouvement anti-guerre des Etats-Unis a franchi un cap important. Jusqu'à cette date, de "préventif". Peter DRUCKER

LE ler DÉCEMBRE 1990, plus de 10 000 personnes ont participé à un défilé contre la guerre à Boston, et 5 000 à Seattle. manifestations régionales ont eu lieu à Chicago (5 000 personnes), Berkeley (5 000), Wa-shington et Denver. Dans de plus petites villes, rentes organisations pacifistes (Mobilisation pour la survie, Appel à la Résistance, et la Ligue des résistants à la guerre) ont aussi organisé des mobilisations.

Au Canada aussi, des démonstrations de rue ont eu lieu à Montréal, Toronto, Winipeg, Calgary, Victoria, Halifax et St

Le mouvement anti-guerre gagne du terrain dans différents secteurs. Jusqu'en novembre, les prises de positions contre la guerre dans le mouvement ouvrier étaient le fait de syndicats dirigés par la gauche, notamment en Californie du Nord ; alors que la Fédération américaine du travail-Congrès des organisations in dustrielles (AFL-CIO) s'était déclarée lavorable à la guerre. Jan Pierce, dirigeant de la branche des employés des communications, a été le premier à rompre avec la direction de l'AFL-CIO, en novembre, en apportant son soutien à la Campagne nationale pour la paix au Moyen-Orient. Le mois suivant, Labor Notes, bulletin d'information syndicale militant, montait au créneau avec un éditorial contre la guerre.

L'opposition des étudiants à la guerre s'est accrue au fur et à mesure qu'apparaissait la menace de la conscription (qui n'était plus appliquée de fait depuis la fin de la guerre du Viet-nâm). Le 7 décembre, des centaines de réunions contre la guerre ont eu lieu sur les campus universitaires.

ETATS-UNIS

La seconde rencontre nationale de la Campagne nationale pour la paix au Moyen-Orient a rassemblé 300 personnes, à New-York, le ler décembre 1990, représentant 164 organisations pacifistes ou opposées à l'intervention, et les associations anti-guerre de dizaines de villes.

Calendrier d'actions

Cette réunion a adopté un calendrier anti-guerre : des mobilisation les 6 et 7 décembre ; des veillées pour la paix entre le 22 et le 24 décembre ; une émission nationale de radio contre la guerre le 13 janvier 1991 ; des actions marquant la commémoration de la mort de Martin Luther King (assassiné le 15 janvier 1968) les 15, 19 et 21 janvier ; et des manifestations nationales à Washington et San Francisco, le 26 janvier.

La Campagne nationale pour la paix, lors d'une précédente réunion, le 18 septembre (voir Inprecor n° 314 et 315 des 14 et 28 septembre 1990), s'était fortement divisée à propos d'une éventuelle condamnation de l'Irak et du soutien à une conférence internationale de paix.

Or, la réunion du ler décembre a abouti à des critères communs et rejeté la proposition d'une conférence internationale de paix ; elle a adopté trois mots d'ordre centraux.

• Pas de guerre au Moyen-Orient.

• Retour immédiat des troupes.

• De l'argent pour l'action sociale, pas pour la guerre.

Des actions locales, pour préparer le 26 janvier, auront lieu les 15, 19 et 21 janvier. Ces mobilisations, qui coïncident avec la commémoration du décès de Martin Luther King, avocat de la non-violence dans le mouvement des droits civiques mais aussi opposant farouche à la guerre du Viet-nâm, seront l'occasion de montrer les liens qui existent entre la conduite belliqueuse des Etats-Unis et le racisme et l'austérité qui sévissent dans le pays. Ce sont surtout les gens de couleur qui souffrent des réductions sociales drastiques et, dans l'armée nord-américaine, ils seront aussi les premiers à mourir dans l'éventualité d'un affrontement avec l'Irak. Comme les travailleurs et les femmes, ils ont manifesté une forte opposition à la guerre dans tous les sondages, mais ne sont pas les plus nombreux à ma-

Les organisations qui avaient appelé à des actions locales les ler et 8 décembre, soutiennent l'appel au 26 janvier ; lors d'une réunion à San Francisco, le 3 décembre, elles se sont rassemblées au sein du Comité contre une guerre du Viet-nâm dans le Moyen-Orient (CAVME).

L'obstacle majeur à une campagne centrale contre la guerre est l'existence de deux pôles de mobilisation rivaux pour la manifestation de Washington. La Coalition pour arrêter l'intervention des EtatsUnis au Moyen-Orient, dirigée par le Groupe des travailleurs du monde (1) — qui, à l'initiative de l'ancien Procureur général Ramsey Clark, avait organisé la grande marche du 20 octobre à New-York — n'a pas participé à la réunion de la Campagne nationale pour la paix au Moyen-Orient du ler décembre et a lancé son propre appel pour une manifestation à Washington, le 19 janvier.

Afin d'éviter cette division, les organisateurs de la réunion du ler décembre ont proposé que des mobilisations locales aient lieu le 19 janvier ; que le 26 janvier soit co-organisé avec la Coalition pour arrêter l'intervention des Etats-Unis et que les mots d'ordre soient décidés en commun. Malgré ces ouvertures et l'absence de véritable désaccord politique, la Coalition a maintenu son appel pour le 19 janvier. Bien qu'elle n'ait guère d'audience en dehors de New-York, sa force dans cette ville (qui se trouve à cinq heures de bus de Washington) risque de diminuer la participation à la marche nationale.

Diverses forces de gauche ont appelé à l'unité ; mais la division ne semble pas devoir être surmontée dans l'immédiat ; même s'il y avait un accord sur les dates, la Coalition voudra avoir un droit de son veto sur toutes les décisions (2). *

New-York, 10 décembre 1990

1) Le Parti des travailleurs du monde — aussi connu sous le nom de "Marcyites" — est un groupe issu d'une scission du Parti socialiste des travailleurs (SWP) dans les années 50 : il a une approche très "campiste".

2) Au-dessus de ces divisions, les trois groupes nord américains liés à la IVe Internationale - Fourth International Caucus, Fourth Internationalist Tendency et Socialist Action -défendent la même position et la participation aux manifestations du 26 janvier. Le Parti socialiste des travailleurs (SWP), qui était la section officielle avant de rompre en juin 1990 (voir Inprecor n° 313 du 13 juillet 1990), a adopté la même ligne. Le Parti communiste et les Socialistes démocrates d'Amérique soutiennent l'initiative du 26 janvier.

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