Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

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La victoire de l'avalasse

· Inprecor n° 321, 20 décembre 1990 · p. 36 · 947 mots

Duvalier, prétendaient tenir le haut du as que le peuple nous dit de faire. » Aristide pavé. Il en est ainsi du Parti nationaliste * disposera en effet de peu de pouvoirs. Par ture visait à l'empêcher, lui Théodore, de. profit la victoire électorale, bloquer les

«LES ELECTIONS ont toujours été une arme utilisée par les classes dominantes pour maintenir les mêmes rapports de classe, par conséquent le même système d'exploitation. Ce type d'élections est truqué, la grande majorité du peuple en est exclue et, si l'on donne l'impression d'un changement, ce n'est qu'un maquillage, et l'essentiel n'est pas modifié », a déclaré le Père Aristide au journal Haïti Progrès. Pour l'impérialisme, les élections du 16 décembre devaient donner une légitimité, même avec peu de votants, à une équipe préparée depuis longtemps à servir ses intérêts, et prête à gouverner en alliance avec certains secteurs "duvaliéristes". Le Père Aristide a donné un coup de pied dans cet échafaudage. Il a réussi son projet : retirer l'arme électorale à l'ennemi, « ne pas favoriser leurs élections et les convertir en avalasse [raz-de-marée), en "opération Lavalas" pour barrer la route aux macoutes ».

L'avalasse est descendue dans les urnes. Mais, il y a plus remarquable. Le projet de l'ambassade nord-américaine était d'empêcher Aristide d'être élu dès le premier tour. Et le 16 décembre, jour du scrutin, tout a été bon pour entraver le vote dans les quartiers populaires, tant à Port-au-Prince qu'en province. Dans certains bureaux de vote de la capitale, personne n'avait encore pu voter à 4 heures de l'après-midi. Le matériel électoral était incomplet. Dans un bureau, c'est un observateur étranger qui a dû confectionner l'urne lui-même ! Un membre du Conseil électoral chargé d'organiser le scrutin a déclaré, en milieu de journée, que la situation était très difficile, que des bulletins de vote destinés à l'élection présidentielle avaient été volés, et que dans les campagnes, les militaires surveillaient le vote des paysans, jusque dans l'isoloir.

Mais la mobilisation, le courage et la volonté de vaincre furent les plus forts. Les électeurs passèrent parfois dix heures à faire la queue pour voter. Ils interceptèrent des voitures chargées de bulletins

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Le 16 décembre 1990 restera une date historique en

Haïti. Ce jour-là, les opprimés de toujours ont fait entendre leur voix. Avec 70 % des suffrages exprimés

(chiffre provisoire), le Père Aristide a été élu triomphalement président de la République dès le premier tour. Soutenu par l'impérialisme nord-américain et l'Internationale socialiste, Marc Bazin arrive en seconde position, avec seulement

12 % des voix.

Arthur MAHON volés. Ils manifestèrent contre la "magouille" dans les rues de Port-au-Prince.

Sous la pression populaire, et contre l'avis des partis politiques hostiles à Aristide, le vote fut prolongé de plusieurs heures dans la nuit.

Le 5 décembre, un attentat contre un meeting du père Aristide avait causé huit morts et une soixantaine de blessés. Pour que de nouveaux massacres n'aient pas lieu (comme lors des élections de novembre 1987), des barricades ont été dressées à l'entrée de certains quartiers et des brigades de vigilance ont parfois été orga-

Le torrent balaye les partis

Le raz-de-marée du 16 décembre a mis à nu les partis qui, depuis la chute de progressiste

(PANPRA), affilié à l'Internationale socialiste, et principal soutien de Bazin;

une scission de fait s'est opérée en son sein car une partie de ses militants a soutenu Aristide. Et l'échec du Parti unifié des communistes haitiens (PUCH) -- qui, en 1986, jouissait d'un immense prestige dans la jeunesse — est patent. En peu de temps, sa politique opportuniste lui a fait perdre tout crédit. Son candidat, René

Théodore, a fait campagne contre Aristide, expliquant que sa soudaine candidadevenir président ! Le PUCH a lui aussi connu des scissions.

Le 20 janvier 1991, aura lieu le second tour des élections législatives, sénatoriales et communales — le premier tour s'est déroulé le 16 décembre. L'enjeu est d'importance car, selon la Constitution, le président de la République détient très peu de pouvoirs. Le gouvernement sera issu de la majorité parlementaire ; or le front qui soutient Aristide ne présente des candidats que dans une minorité de circonscriptions. Le nouveau président n'entrera lui-même en fonctions que le 7 février 1991. D'ici là, tout peut encore arriver. Les "duvaliéristes" se sont montrés étrangement silencieux. Or, on sait qu'ils disposent actuellement d'armement lourd à Port-au-Prince et en province. Quant à l'armée, toute illusion sur ses aspirations au changement pourrait se révéler mortelle.

La menace de la récupération Aristide a réussi à retourner l'arme des élections en sa faveur. Mais les EtatsUnis ont beaucoup d'atouts en main, et on ne peut exclure qu'ils arrivent à retourner à leur avantage la situation originale qui s'est créée. L'alliance qu' Aristide a bâtie autour de sa candidature est très composite. Les secteurs les plus éclairés de la bourgeoisie haitienne ont déjà compris qu'ils avaient intérêt à entourer Aristide pour stabiliser la situation, voire faire dévier de son chemin et étouffer celui qui a déclaré : « Le peuple est l'acteur principal ; nous, nous faisons uniquement ce révolutionnaire haitien contre, sa popularité rejaillira sur un futur gouvernement, qui peut avoir la tentation de bâtir une unité nationale factice au détriment des plus démunis.

Littéralement, l'avalasse c'est le torrent de boue qui emporte tout sur son passage. De même qu'elle a rendu possible ce projet fou qu'était l'élection d'Aristide, seule l'avalasse populaire pourra balayer les obstacles institutionnels, obtenir un gouvernement défendant ses intérêts, faire capoter les plans des classes dominantes, qui viseraient à récupérer à leur tentatives de coup d'Etat, et imposer de profonds changements, à commencer par l'épuration de l'appareil d'Etat. *

19 décembre 1990

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