Le coup d'Etat permanent Le 3 décembre 1990, l'Argentine a connu un nouveau soulèvement militaire, au cours duquel les militaires rebelles ont affronté l'armée "loyaliste". Des combats, d'une extrême violence, ont fait 21 morts (dont plusieurs civils). Les mutins, qui ont occupé le siège de l'état-major de l'Armée de terre et un régiment d'infanterie en pleine capitale, réclamaient la destitution du commandement de l'armée, et exigaient que ce soit le colonel Seineldin (condamné à une réclusion dorée dans la province de Neuquen, suite à la dernière rébellion militaire) qui prenne la tête des forces armées.
Ce soulèvement n'est pas le premier. En avril 1987, deux ans après l'arrivée du gouvernement constitutionnel de Raul Alfonsin, avait eu lieu la première rébellion. Le lieutenant Aldo Rico, à la tête de ceux qu'on appelera désormais les carapintada (les visages peints) exigeait l'arrêt de toute poursuite pénale contre les militaires coupables de crimes durant la dictature. Alfonsin négociait en sous main et promulguait, quelques mois après, la loi dite du "devoir d'obéissance", selon laquelle les soldats et les officiers n'avaient fait qu'obéir à leurs supérieurs en massacrant et en faisant disparaître 30 000 Argentins, entre 1976 et 1982.
De rébellion en rébellion, le gouvernement radical allait jusqu'à adopter la loi du "point final" qui arrêtait toute poursuite contre les militaires ; aucun véritable procès n'a eu lieu contre eux, à l'exception de celui intenté, pour l'exemple, contre les membres de la Junte militaire au pouvoir (que Menem a, par ailleurs, promis de grâcier).
La vie politique argentine a ainsi été soumise au bon vouloir et aux coups de gueule d'une armée fasciste, intouchable depuis les heures sombres du coup d'Etat et de la guerre des Malouines.
Aujourd'hui, dans l'atmosphère de débâcle économique que connaît le pays (en 1989, 10 850 personnes sont mortes de faim, selon des données officielles), nombreux sont les Argentins qui voient dans ce coup de force autre chose que le malaise économique et corporatiste de l'armée, et qui parlent d'un coup d'Etat de certains militaires (sûrement appuyés par des secteurs financiers) qui ne supporteraient plus l'incapacité du gouvernement à enrayer le déclin. En effet, le budget de l'armée — et donc ses privilèges — subit aussi les contrecoups de la crise.
Menem, contrairement à Alfonsin, a senti venir le vent et a employé la méthode forte contre les mutins, allant même jusqu'à les menacer de mort. Il peut ainsi essayer de tirer profit d'une telle attitude auprès d'une population lasse des capitulations répétées du pouvoir civil face aux militaires. Le 6 décembre, la traditionnelle marche de la Résistance, organisée par les Mères de la place de Mai et par les associations des droits de l'homme, réunissait quelques 60 000 personnes dans la seule ville de Buenos Aires. *