Le dimanche 10 mars 1991, un programme de la première chaîne de télévision portugaise a pris une initiative inédite: confronter différents points de vue sur le thème « A quoi servent aujourd'hui les
Forces armées ? ». La question est d'autant plus brûlante, alors que la guerre du Golfe a accentué les pressions pour le réarmement et la professionnalisation de l'institution militaire qui, au Portugal, a gardé les caractéristiques les plus répressives héritées du régime fasciste.
Connu par sa campagne contre le militarisme, le Parti socialiste révolutionnaire (PSR, section portugaise de la IVe Internationale) fut donc convié à défendre ses positions au cours de l'émission. Francisco Louçã (PSR), Alfredo Frade (PSR et député municipal à Lisbonne) et Alcides Vilar (Jeunesse ouvrière catholique, organisation qui collabore avec le PSR dans la campagne en défense des objecteurs de conscience) étaient donc face à Azevedo Soares, militaire, membre de la commission politique du parti libéral au pouvoir, Carlos Coelho, vice-président du groupe parlementaire de la majorité, et enfin Cardoso
Ferreira, vice-président de la commission parlementaire sur la Défense et membre du conseil de Défense nationale (qui nomme l'état-major militaire).
Le débat a surtout porté sur le fonctionnement de l'institution militaire, ses compromissions avec l'OTAN, sa discipline et ses règlements, sur le droit à l'objection de conscience (Alcides Vilar est l'un des premiers insoumis au Portugal), et sur les plans de professionnalisation de l'armée.
A la fin du débat, un sondage a été effectué sur un échantillon d'un millier de téléspectateurs. D'après les résultats, les positions défendues par le PSR ont obtenu 43 % d'opinions favorables (le PSR obtient 1 % aux élections générales) contre 53% pour les positions traditionnelles du régime, ce qui fut annoncé comme un résultat scandaleux et surprenant. *