Les éditions de l'ISP, à Francfort, sont sous le coup de poursuites judiciaires : un tribunal local leur a enjoint d'interrompre la diffusion d'un livre, à moins d'en supprimer certains passages.
Fait surprenant à notre époque, il s'agit d'un ouvrage de l'historien Hans Schafranek, Entre le
NKVD et la Gestapo, qui traite de la remise par l'Union soviétique à l'Allemagne nazie d'antifascistes allemands et autrichiens dans les années
1937-1941. On estime leur nombre à 858 hommes et femmes sortis du Goulag et qui ont péri nombreux dans les camps nazis.
L'auteur de la plainte est un stalinien de 78
Emil Carlebach, qui s'était déjà illustré en
1949, lors de la parution du livre de Margarete Buber-Neumann, Prisonnière chez Staline et chez Hitler. Il jugeait alors que l'on avait réservé aux victimes du stalinisme le sort qu'elles méritaient et que Buber-
Neumann n'était, ni plus ni moins, qu'un agent de la Gestapo. Celle-ci l'attaqua en justice, et un tribunal le condamna pour diffamation en
1951. On releva, en particulier, au cours du procès, le témoignage de
Benedikt Kautsky — fils du théoricien de la social-démocratie — co- détenu de Carlebach dans la baraque 22 des juifs, au camp de concentra-
Kautsky déclara que Carlebach, en tant que chef du Bloc 22, n'hésitait pas à sévir contre des adversaires politiques ou d'autres détenus qui lui déplaisaient. A titre d'exemple, il l'accusa d'être à l'origine de l'assassinat de deux juifs polonais, battus à mort par des co-détenus à sa solde. Un autre ancien prisonnier, August Cohn, qui dépeint Carlebach comme un homme d'appareil sans scrupules, lui fit grief d'avoir tenté de faire transférer un militant autrichien au Bloc 46 des cobayes hu-
Ce sont les témoignages de Kautsky et Cohn, au procès de 1951, reproduits textuellement dans le livre de Schafranek, dont s'est saisi Carlebach pour faire interdire cet ouvrage. Il ne peut, par ailleurs, s'empêcher, au passage, d'esquisser un amalgame entre l'extrême droite et les