Inprecor 1974–2004

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CUBA

Vertigineux mirages

· Inprecor n° 338, 11 octobre 1991 · p. 3-6 · 3 985 mots

Cuba URSS et Russie État espagnol États-Unis

SELON Mikhail Gorbatchev, 11 000 soldats soviétiques étaient détachés à Cuba. Les statistiques militaires internationales, en particulier celles de l'Institut international d'études stratégiques de Londres, font état de chiffres sensiblement inférieurs : selon ces sources, il y aurait à Cuba 7 700 soldats soviétiques, dont 2 100 destinés à des activités d'intelligence (concentrées dans un centre d'écoutes et de recherches sur les mouvements et activités militaires des EtatsUnis, le plus important du continent), 2 800 conseillers militaires (dont des officiers opérant dans des centres stratégiques du pays), et 2800 faisant partie d'une brigade d'infanterie motorisée (brigade d'instruction militaire selon le quotidien El Pais). Les estimations du département d'Etat sont plus modestes encore : le nombre total de militaires soviétiques serait de 5 400 (2). L'agence Tass, enfin, a corrigé Gorbatchev en évaluant à 3 000 hommes la brigade militaire (3).

Si Cuba fut considérée dans le passé comme présentant un intérêt stratégique pour l'URSS, compte tenu de la proximité américaine et des renseignements recueillis à la base de Lourdes, près de La Havane, la brigade n'a jamais représenté un élément important pour la défense de Cuba qui peut compter sur une des plus puissantes armées du continent ; de plus, la mobilisation populaire dans le cadre des milices territoriales ne fait de doute pour personne en cas d'agression (le gouvernement cubain estime que 80% des

FiDELi DOIT ABSOLUMENT Inprecor n° 338 du 11 au 24 octobre 1991

CUBA

Le retrait d'une brigade militaire soviétique de Cuba — annoncé par le président Gorbatchev, le 11 septembre

1991, lors d'une conférence de presse conjointe avec le secrétaire d'Etat américain James Baker — met un point d'orgue à un long suspense : quelle serait la réponse de

Moscou face aux exigences de George Bush, qui n'a cessé de conditionner l'aide américaine à l'arrêt de l'aide de l'Union soviétique à Cuba?

Janette HABEL personnes physiquement aptes au combat y sont organisées). La brigade ne pouvait d'autre part — de par ses effectifs mêmes

- représenter un danger pour les Etats-

Ce n'est donc pas le retrait de la brigade en tant que telle qui est en cause, mais la valeur symbolique — comme le souligne l'éditorial de Granma du 14 septembre 1991 (voir p. 24 ) — et les conditions de ce retrait annoncé en compagnie d'un porte-parole américain et dont le gouvernement cubain fut informé par la chaîne de télévision CNN et les agences de presse étrangères.

Petite histoire d'une brigade

La présence depuis 29 ans de cette unité de combat dans l'île — séquelle de la crise d'octobre 1962 — était doublement symbolique : d'un point de vue militaire, et d'un point de vue politique, en ce qu'elle « exprimait l'amitié et la solidari-

ÉCHOUER

N'iMPORTE

QUEL té [de l'URSS] face aux menaces des Etats-Unis » ; autrement dit, un certain engagement de la part de Moscou à riposter à toute attaque de

Washington (l'arrêt de tout envoi de matériel militaire à l'armée cubaine équipée de pied en cap par l'URSS est plus grave que le retrait lui- même).

Une telle présence était d'autant moins insolite qu'une portion du sol cubain est occupée militairement, depuis 1903, dans le cadre de l'intervention américaine de l'époque. La base de Guantanamo, héritage colonial s'il en fut d'un traité signé il y a presque 90 ans et renouvelé à perpétuité (!) en 1934. Isolée du reste du pays par des barbelés, elle accueille 2 000 marines, une base aérienne et un centre de renseignements. Elle a servi de centre d'entraînement pour contre-révolutionaires, et, dans les moments de tensions, c'est un foyer de provocations non négligeable. Elle est également utilisée comme base de surveillance des routes maritimes des Caraibes ; mais il existe d'autres bases militaires (à Porto-

Rico ou en Floride) et Guantanamo n'a qu'une importance relative — sa principale fonction est politique : en période de tensions avec Washington, les incidents s'y multiplient. Incarnation de la puissance américaine, elle est ressentie comme une humiliation de plus par le peuple cubain. Prétendre maintenir en vigueur un traité (celui de 1934) qui avait comme objectif de « renforcer les liens d'amitié entre les deux pays » ne manque pas de sel en 1991, dans un pays soumis en guise d'amitié à un embargo économi-

PRiX!

que féroce.

Du point de vue du droit international, l'occupation de la base de

Guantanamo pourrait être assimilée — si elle était maintenue — à une annexion comparable à celle des Pays baltes, dont l'appartenance à l'Union soviétique était

1) ElPais, 26 septembre 1991.

2) Informe Latinoamericano, 26 septembre 1991.

ANCHO

3) bidem.

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CUBA le produit de circonstances historiques qui ne tenaient aucun compte de la volonté des peuples. Le gouvernement cubain est parfaitement fondé à exiger la restitution de ce territoire alors même que la brigade soviétique se retire : il a formulé cette exigence depuis le début de la révolution, en particulier lors de la crise d'octobre 1962 — le retrait américain figurait comme l'un des cinq points qui devaient garantir la sécurité de l'île après le retrait des fusées nucléaires de Cuba. Alors qu'aujourd'hui le prétexte traditionnellement invoqué par Washington (la menace soviétique) disparaît, il est particulièrement difficile de justifier le maintien d'une présence militaire étrangère (comparée par le président de la Junte de Galice, Manuel Fraga, à Gibraltar).

Et pourtant, c'est avec cynisme que le département de la Défense vient de réaffirmer sa volonté de garder ce territoire, selon le motif que « Guantanamo a une mission régionale qui va au-delà de l'opposition à la présence soviétique à Cuba», car « la base de Guantanamo fournit l'entraînement et le support logislique des unités de la marine américaine qui opèrent dans la région » (4).

Comment justifier l'affirmation d'un tel droit impérial au mépris des droits nationaux des peuples ? Le gouvernement de Washington, si soucieux de démocratie devrait, sur ce point, accepter de faire ratifier sa position par le peuple cubain et s'engager à en respecter le verdict.

L'embargo le plus long du siècle

Même si le retrait d'une unité militaire soviétique frappe les esprits, c'est pourtant la conjonction de l'embargo économique et de l'arrêt de l'aide soviétique qui représente un danger mortel pour Cuba. Toutes proportions gardées, la révolution se trouve dans une situation plus grave qu'il y a trente ans lorsqu'après la suppression des quotas sucriers par l'administration américaine le gouvernement cubain cherchait désespérément à écouler sa production sucrière (Cuba est le premier exportateur de sucre du monde) et à se procurer du pétrole. L'URSS khrouthchévienne s'était alors substituée, non sans mal, au fournisseur américain — le refus des entreprises américaines de ne plus envoyer un seul baril de pétrole et, de surcroît, de continuer à raffiner le pétrole soviétique avait provoqué leur expropria-

L'embargo total décrété le 3 février 1962 fut complété le 14 mai 1964, par l'interdiction de vendre des aliments et des médicaments. Aujourd'hui, cet embargo est non seulement maintenu mais renforcé par Bush qui prédit la chute rapide de Fidel Castro et se réjouit d'entendre « sa dictature gémir et s'écrouler peu à peu » (5). Simultanément, les accords de troc conclus avec l'URSS (sur des bases qui n'étaient pas toujours avantageuses, mais qui avaient l'avantage de la stabilité) sont remis en cause.

Certes, il n'est pas exclu que les achats de sucre se poursuivent, soit de la part des républiques, soit de la Russie (on ne trouve pas trois à quatre millions de tonnes de sucre sur le marché mondial — en dehors des accords préférentiels — à un prix accessible du jour au lendemain, d'autant plus que l'achat d'une quantité aussi importante ferait monter les prix du échanges commerciaux entre Cuba et l'URSS s'effectuaient avec quatre républiques : la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan, qui possède de vastes ressources de pétrole. Cuba a signé récemment un accord avec la Biélorussie : en échange de sucre et de la construction d'une raffinerie de rhum à Minsk, cette république livrera des machines industrielles et des véhicules (6). Mais le problème du pétrole risque d'être plus délicat : outre les difficultés rencontrées par l'URSS dans la production pétrolière, les quantités désormais fournies au prix du marché mondial seront limitées. Or, le manque de ressources énergétiques est le talon d'Achille de l'économie cubaine.

Certes en Amérique latine parmi le "groupe des trois" (Mexique, Venezuela, Colombie), le Mexique et le Venezuela se sont déclarés prêts à fournir du pétrole à La Havane mais à quelles conditions ? Le pétrole venezuelien y est d'ailleurs livré depuis 1976 directement dans le cadre d'un accord triangulaire conclu entre le Venezuela, Cuba et l'URSS (qui fournissait du pétrole à une filiale venezuelienne en Hollande, en échange du pétrole vénézuélien livré à la Havane) (7). Cette opération permettait de diminuer les coûts de transport (il est même arrivé que le pétrole vienne d'Angola) ; en effet, en partant d'URSS, les tankers devaient parcourir 10 000 kilomètres pour atteindre l'île.

L'ile assiégée

A quelles conditions ces accords vont-ils être reconduits ? Les risques de chaos en URSS vont-ils même permettre qu'ils le soient ? Les Soviétiques ont déjà indiqué (8) que les livraisons de pétrole seraient réduites de manière significative en 1992 (en 1991, la baisse était déjà importante) (9).

En réalité, la situation est pire qu'en 1959 : les mesures soviétiques aggravent l'embargo qui, par certains aspects, s'ap parente à un blocus. L'amendement Mack (que Bush garde pour l'instant en réserve)

— du nom d'un sénateur républicain de Floride — soumis au Congrès des EtatsUnis en 1990, proposait d'interdire aux filiales d'entreprises américaines dans des pays tiers tout échange commercial avec Cuba, de réduire l'aide américaine aux pays qui achètent du sucre cubain, d'empêcher les bateaux ayant transporté des produits à Cuba de mouiller dans les ports américains, etc.

Sur le plan sportif ou artistique, des mesures similaires ont été prises : le cinéaste Sidney Pollack a dû tourner son film Havana à Saint Domingue pour ne pas procurer des dollars à Cuba ; les chaînes de télévision américaines n'ont acquitté aucun des droits de retransmission prévus lors des jeux panaméricains, en août 1991, Washington ayant opposé

Ainsi, la construction d'une centrale nucléaire destinée à diminuer la dépendance pétrolière du pays est l'objet d'une campagne de dénigrement et de mise en cause des normes de sécurité ; alors qu'elle est loin d'être terminée, elle est présentée comme un Tchernobyl potentiel menaçant la Floride.

Les conseillers soviétiques qui se sont engagés de longue date dans la construc tion de deux réacteurs nucléaires (qui devraient permettre à Cuba d'économiser 1 200 000 tonnes de pétrole par an) (10) semblent mettre comme condition à la finition des travaux l'acquisition d'équipements de sécurité que le gouvernement cubain devrait financer, ce qu'il peut difficilement se permettre dans les circonstances présentes (11).

Si l'on ajoute à ce tableau les conséquences de ces mesures en termes d'accroissement de la dette, que le gouvernement cubain estime à 1,7 milliards (12) — par rapport à une dette d'environ 7 milliards de dollars —, l'arrêt de tout crédit occidental depuis plusieurs années (le gouvernement cubain conditionne la reprise du paiement des intérêts de la dette qu'il a suspendus à l'octroi d'argent frais), on peut mesurer l'asphyxie à laquelle un petit pays de 11 millions d'habitants est soumis de la part des plus grandes puissances du monde, aggravée aujourd'hui par le lâchage d'un parte-

4) International Herald Tribune, 17 septembre 1991.

5) Le Monde du 22-23 septembre 1991.

6) Carbbean Report, 3 octobre 1991.

7) Jorge F. Perez Lopez, "Socialist Cuba Past Interpretations and Future Challenges", Westview Press. Boulder & London.

8) International Herald Tribune, 28-29 septembre 1991.

9) Voir Inprecorn° 328 et 330 des 12 avril et 10 mai 1991.

10) Ibidem Jorge F. Perez Lopez

11) International Herald Tribune, 28-29 septembre 1991.

12) Informe Latinoamericano, 3 octobre 1991.

Inprecor n° 338 du 11 au 24 octobre 1991 =

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naire, qui n'a même pas négocié cet abandon.

En réalité, Gorbatchev et Eltsine ont donné le feu vert aux Etats-Unis pour toute opération de mise à mort que ceux-ci voudraient entreprendre. Il est vrai que l'impérialisme s'est rallié pour l'instant (mais personne ne peut préjuger ce qu'il en sera demain) à une tactique d'étouffement et d'usure tant économique que politique. Il mise sur un effondrement de l'intérieur qu'il tente de stimuler par une propagande sans précédent grâce à Radio Marti. Filiale de la Voix des Amériques, financée à hauteur de 15 millions de dollars par l'Agence d'information des Etats Unis (USIA), ses émissions occupent un espace de 70 heures hebdomadaires enviIon.

Radio Marti Saupoudrée d'intermèdes musicaux, de nouvelles parfois douteuses, telles cette déclaration d'un syndicat de machinistes croates qui aurait appelé les ouvriers cubains « à suivre l'exemple de leurs frères de l'Est » (13), Radio Marti bénéficie, selon les Cubains eux-mêmes, d'un taux d'écoute important, car c'est une source d'informations générales qui compense la pauvreté des médias cubains, leur rigidité et leur médiocrité. La Fondation cubano-américaine y joue un rôle éminent ; elle est dirigée par Mas Canosa, richissime homme d'affaires cubain, vétéran de la Baie des Cochons et représentant de l'extrême droite de l'émi= Inprecor n° 338 du 11 au 24 octobre 1991 gration cubaine à Miami (il s'est distingué, en juin 1991, à la télévision argentine par un appel à l'assassinat de Fidel Castro) (14). Pour accompagner le départ des militaires soviétiques et lever toute ambiguïté, le gouvernement russe et des représentants du gouvernement central multiplient les contacts avec Mas Canosa, présent à Moscou en septembre 1991, à la tête d'une importante délégation (15) — il est vrai que Mas Canosa avait parrainé le premier voyage de Boris Eltsine aux Etats-Unis. Les premiers contacts sont antérieurs à la chute du Mur de Berlin (16).

Pour faire bonne mesure, les Soviétiques ont accordé à la Fondation le droit d'ouvrir des bureaux à Moscou, « une concession stupéfiante » selon les termes de Lionel Barber, journaliste du Financial Times, qui rappelle que la Fondation « inclut d'anciens collaborateurs de la dictature de Batista » (17).

L'hallali

Des Etats-Unis à l'URSS, l'effondrement de l'économie du pays est jugé inévitable ; dans cette perspective, deux approches tactiques différentes sont préconisées par le gouvernement américain d'une part, et celui de l'Etat espagnol d'autre part. Ce dernier (principal partenaire commercial de Cuba au sein de la Communauté économique européenne) multiplie les contacts avec le gouvernement castriste (18). Il représente les points de vue des gouvernements latino-américains tels qu'ils se sont exprimés au Mexique, lors de la conférence de Guadalajara (19), ainsi que la position de la diplomatie française, qui souhaite favoriser une transition politique pacifique, graduelle et modérée afin d'éviter l'anarchie et la violence qui, selon elle, guettent le

Pour cela, il faut lever l'embargo économique (position adoptée officiellement par le gouvernement espagnol, le parlement latino-américain et par le secrétaire d'Etat français aux Affaires étrangères, Alain Vivien). Critiquant les déclarations "provocatrices" de Bush, ce dernier estime lui aussi qu'il faut favoriser l'« évolution du régime » plutôt que « de tenter de l'abattre » (20). Bush s'est ouvertement opposé à une telle orientation en condamnant toute tentative de coopération avec le régime tant qu'il n'aura pas procédé à des élections « immédiates » incluant les représentants de Miami.

Y a-t-il une différence substantielle entre les deux positions ? En visite officielle à Cuba, Manuel Fraga, président de la Junte de Galice (et ancien ministre de Franco), s'est référé à la transition espagnole pour préconiser une transition con-

CUBA trôlée d'en haut, à partir de l'équipe au pouvoir afin de garantir « un changement modéré, progressiste et réformiste » (21). En faisant miroiter une issue aussi rassurante, Fraga se référait à la possibilité d'assurer une évolution du régime avec Fidel Castro, en évitant, comme dans l'Etat espagnol, la liquidation violente de l'ancienne équipe (franquiste) au pouvoir (nous laissons à Fraga la responsabilité de la comparaison !). Dans cette hypothèse, Fidel Castro pourrait, comme le roi Juan Carlos en quelque sorte, être élu président honoraire à vie ; la réforme envisagée du mode de scrutin électoral pour élire le président de l'Assemblée nationale populaire pourrait s'inscrire dans ce cadre.

Cette hypothèse présenterait pour les gouvernements latino-américains l'avantage d'éviter des affrontements violents, qu'ils jugent inévitables en cas de chute du castrisme, et dont on ne peut prédire quels seraient les effets à Cuba même et en Amérique latine, dans une situation socialement et économiquement de plus en plus précaire. Ce scénario "à l'espagnole" bute cependant sur deux obstacles de taille. D'abord, l'économie de l'Espagne franquiste était une économie de marché et si la transition institutionnelle et politique fut pacifique c'est qu'il n'y avait pas de changement radical à l'ordre du jour sur le plan économique ; or, dans l'esprit de Fraga et des gouvernements, c'est bien évidemment de ce changement là qu'il s'agit aussi. En second lieu, on imagine mal Fidel Castro inaugurer les chrysanthèmes, même si le rôle de Juan Carlos ne se limite pas à cela. Là aussi, la comparaison espagnole trouve ses limites.

Or, pour Bush et les secteurs les plus puissants de la communauté cubaine de Miami, l'élimination de Fidel Castro est déterminante. Carlos Alberto Montaner, l'un des porte-parole de la Plate-Forme démocratique cubaine (22) (qui se présente elle aussi comme favorable à une transition "pacifique" ) s'est empressé à l'avance de « condamner tout type d'investissement espagnol », donnant ainsi la mesure de la modération dont il se réclame. Bien que Castro n'ait pas ménagé ses efforts pour accueillir son hôte, allant jusqu'à qualifier d'irréprochable l'atti-

13) Pensamiento Propio, septembre 1991.

14) ibidem.

15) Financial Times, 13 septembre 1991.

16) Ibidem.

17) Ibidem.

18) A preuve, la récente visite du cardinal Suquia, représentant de l'épiscopat espagnol, à Cuba.

19) Cette conférence s'est tenue en juillet 1991, réunissant les chefs d'Etat latino-américains "hispanophones", avec le roi Juan Carlos et Felipe Gonzalez, pour traiter de coopération. Fidel Castro y a participé.

20) Le Monde, 28 septembre 1991.

21) El Pais, 30 septembre 1990.

22) Voir Inprecorn° 330 du 10 mai 1991.

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CUBA tude du gouvernement franquiste à l'égard de Cuba, tout le problème est de savoir si — et jusqu'où

- le gouvernement espagnol conditionne son aide et celle des pays latino-américains producteurs de pétrole à l'application d'un tel scénario et comment le congrès du Parti communiste cubain (PCC) va y répondre.

Scénario américain, variante espagnole ?

Si l'on s'en tient à la simple descrip tion des scénarios possibles, les Cubains n'ont plus qu'à choisir à quelle sauce ils vont être mangés.

Cependant toutes ces "solutions" font l'économie d'un facteur essentiel : l'attitude des masses cubaines. Or, s'il est vrai que la population proteste contre les difficultés économiques qui s'aggravent — le nombre d'usines qui ferment par manque de pièces détachées ou de matières premières n'est pas connu, mais il ne fait aucun doute que le problème du recyclage des travailleurs sans emploi, que l'on cherche à orienter vers l'agriculture, est très important — elle ne remet pas encore en cause le système politique.

Ce constat, fait par les diplomates en place dans la capitale, par des journalistes du Herald Tribune présents après les Jeux panaméricains et par des commentateurs avisés du Financial Times (23), s'explique non sculement par l'attachement encore significatif de secteurs de la population à la révolution, mais aussi par le sentiment de résistance nationale qu'inspire au peuple le cynisme première de la puissance mondiale qui, tout en prenant comme emblème la défense des droits de l'homme, est prête à l'asphyxier.

Le peuple cubain ne peut guère se faire d'illusions sur le sort qui l'attendrait au cas où le voisin honni du

Nord prendrait, après 32 ans, une revanche lant attendue.

En outre, malgré l'extrême gravité des choses, la situation de l'île n'est pas comparable avec le sort guère enviable de ses proches voisins (d'Haïti, en passant par

Saint Domingue et la Jamaïque, sans oublier le Nicaragua). Cela remet à leur juste place les promesses américaines : le nouvel ambassadeur américain au Costa-

Rica n'a-t-il pas déclaré que l'aide économique avait été « artificiellement élevée » pendant les années 80 et que les priorités ont changé depuis que les sandinistes ont quitté le pouvoir (24) ?

Ni le scénario américain ni sa variante espagnole ne semblent imminents ; mais pour combien de temps ? Les assemblées de préparation du IVe Congrès du PCC

(qui se tient, pour la première fois depuis la révolution, à huis-clos à partir du 10 octobre) avaient, il y a quelques mois, mis en évidence les aspirations populaires et les critiques suscitées par certains aspects du processus de rectification — notamment la suppression des marchés libres paysans et des activités artisanales privées, la mise en cause du volontarisme et du fonctionnement des micro-brigades de construction de logements (25).

D'autre part, l'important mouvement de réflexion critique, qui s'est développé parmi les intellectuels et les artistes, depuis le début des années 80, avait donné lieu à une floraison de groupes politicoculturels. Certains d'entre eux, tels le groupe PAIDEIA (26), tout en se situant dans le cadre de la révolution, affirment la nécessité « d'une critique marxiste des marxismes » afin de

« dépasser les déformations structurelles

→ des socialismes historiques ». Ils préconisent la plus large démocratisation de la vie sociale, ce qui implique de mettre en question « la nature, la structure et les fonctions des organes de pouvoir politique et, en première instance, du parti unique » ; anti-impérialistes, ils dénoncent

« le projet restaurationniste », « mi-libéral sur le plan économique et néoconservateur sur le plan politique » des Etats-

Unis.

Mais jusqu'à présent leurs préoccupations sont restées sans écho, simplement rejetées par certains ou condamnées par d'autres au risque de démoraliser les intellectuels les plus liés à la révolution. Or, on sait depuis l'effondrement à l'Est, le prix qu'il faut payer pour la dépolitisation et le cynisme qui découlent du monolithisme de façade.

L'argument traditionnel de la direction castriste, selon lequel l'unité serait la garante de la défense du pays, ne peut signifier une homogénéité politique factice ; des divergences, des choix existent, dont le peuple est exclu (27).

Les options aujourd'hui discutées concernent l'extension de l'ouverture économique déjà en vigueur dans les entreprises mixtes (bien que les appels aux capitaux étrangers n'aient rencontré, pour l'instant, que peu d'échos) à l'agriculture, l'artisanat et la distribution, et le degré d'ouverture politique possible. Pour une partie de l'appareil, l'exemple du Nicaragua montre l'impossibilité de réformes politiques sous la pression américaine : seuls la levée du blocus, le retrait de Guantanamo et l'engagement de non-agression envers Cuba pourraient conduire à des changements éventuels. Pour d'autres secteurs du Parti, les changements politiques ne peuvent plus attendre et il faut, tout en préservant les références marxistes-léninistes, revenir aux sources nationales de la révolution et remettre en cause le monolithisme politique. Par ailleurs, il existe d'autres clivages qui sont loin d'être aussi formalisés et d'autres options peuvent se recouper.

Il faut espérer que la tenue du congrès à huis-clos stimulera et facilitera les changements : seule une révision des institutions, un réel contrôle démocratique décentralisé à tous les échelons et la remise en cause des pratiques bureaucratiques permettront au pays de faire face aux épreuves cruciales qui l'attendent. *

8 octobre 1991

23) Financial Times, 14 septembre 1991.

24) Mexico and Central America Report, 26 septembre 1991.

25) Des incidents ont eu lieu lors de la construction des logements prévus pour les athlètes devant participer aux jeux panaméricains. Initialement, les travailleurs des micro-brigades devaient récupérer pour eux les logements en question, ce qui comptait pour beaucoup dans leur motivation. En cours de route, la direction du Parti de la province de La Havane décida d'attribuer ces logements à des installations touristiques. Les réactions des travailleurs des brigades furent violentes et il semble que la direction du PCC ait dû revenir sur sa décision.

26) Voir l'article de F. Pisani dans Le Monde Diplomatique, août 1991.

27) Informe Latinoamericano, 19 septembre 1991.

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