Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté, le 25 janvier 1992, à Paris, à l'appel d'un collectif de 70 organisations. Toutes les associations antiracistes (SOS-Racisme, Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples — MRAP,
Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés — FASTI, et la Ligue des droits de l'Homme - LDH), l'ensemble des syndicats et des organisations de gauche et d'extrême gauche (à l'exception du courant lambertiste, récemment reconverti en Parti des travailleurs), les associations antifascistes (Appel des 250, Coordination contre le
Front national....) étaient au rendez-vous.
Ce succès fait écho aux mobilisations puissantes contre Jean-Marie Le
Pen, président du Front national (FN), qui, en province, accompagnent sa tournée électorale. La présence massive de jeunes, et parfois même de très jeunes, au défilé parisien prouve qu'un "déclic" s'est enfin produit. Des profondeurs du pays grandit la perception du danger que représente un Front national qui se nourrit des scandales politiciens, des inégalités et du discrédit des partis traditionnels (voir Inprecor n° 344 du 17 janvier 1992).
A mesure que s'affirme le rejet du néofascisme, s'impose également, dans une large fraction du mouvement ouvrier et de la jeunesse, le constat que la politique de la gauche au pouvoir ouvre le chemin au FN. Il est ainsi significatif que la foule rassemblée le 25 janvier ait voulu se réapproprier ces revendications traditionnelles que sont le droit de vote pour les immigrés, le respect du droit d'asile et la suppression de la "double peine" (des immigrés condamnés pour un délit sont ensuite expulsés de France). Et qu'elle ait abondamment conspué le ministre socialiste de l'Intérieur, Philippe Marchand, auteur d'une loi scélérate permettant d'incarcérer arbitrairement, durant 30 jours, les étrangers désireux d'entrer en France. Une disposition qui n'est pas sans rappeler l'une des propositions du Front national en matière d'immigration...
Le Parti socialiste (PS) a éprouvé, dans la rue, l'ampleur de son discrédit. Ayant appelé au rassemblement du 25 janvier sur l'unique thème de la lutte contre le Front national, il n'avait pas signé l'appel des 70 organisations initiatrices, mais entendait se joindre au cortège et réaliser une démonstration de force. Mais il se retrouva si isolé, en queue de manifestation, qu'il finit par renoncer à défiler.
Le succès du 25 janvier et des mobilisations locales anti-Le Pen doit, à présent, servir de tremplin à des initiatives de plus grande ampleur encore.
Déjà, les associations antiracistes se sont constituées en Collectif unitaire permanent. L'enjeu n'est pas mince, nul n'ignorant que, sur fond d'effondrement électoral du Parti socialiste, les élections régionales et cantonales du mois de mars 1992 enregistreront une nouvelle et importante poussée du
FN - l'extrême droite pourrait même devancer le PS dans plusieurs dépar-
Dans ces conditions, le Premier Mai devient le nouveau rendez-vous des antiracistes et des antifascistes. Depuis des années, les lepénistes prétenagjad élections, par une nouvelle montée en masse de toute la
France, il s'agira de se réapproprier cette
Well étaill journée de lutte et de reprendre la rue aux tenants de la ségrégation et de la haine. *