POUR s'être placé du "bon" côté. celui de la sainte alliance réactionnaire, le régime de Hafez El-Assad est considéré comme un partenaire fréquentable, voire même utile, par ceux-là mêmes qui feignent de s'indigner des prouesses répressives du régime irakien. Or, la tyrannie baassiste syrienne a peu à envier au chapitre de la répression à celle de ses "frères ennemis" d'Irak.
La loi martiale est en vigueur en Syrie depuis 29 ans sans interruption : elle a été décrétée en 1963, à l'avènement du pouvoir baassiste et maintenue depuis. L'engagement syrien dans la conférence de paix sur le Moyen-Orient parrainée par Washington ne change rien à l'état de "guerre" imposé à la population syrienne.
Les droits de l'homme sont une notion inconnue pour la dictature baassiste. Tout individu peut se retrouver, du jour au lendemain, arrêté, torturé et maintenu indéfiniment en prison sans aucune forme de procès. Certains sont dans cette situation depuis plus de vingt ans!
Record de barbarie
Le score est impressionnant : près de 10 000 détenus politiques, allant des intégristes islamiques à l'extrême-gauche révolutionnaire représentée par le Parti d'action communiste (PAC), en passant par les diverses composantes de l'opposition nationaliste ou communiste au régime. Chaque année apporte son lot d'arrestations, souvent tout à fait arbitraires. Une partie est relâchée après interrogatoire musclé ; en 1991, quatre prisonniers politiques sont morts sous la torture.
En décembre 1991, pourtant, le ministère de l'Intérieur syrien avait annoncé une grande vague de remises en liberté, près de 3 000. Ceci avait suscité de grands espoirs quant à une "libéralisation" éventuelle du régime, qui aurait été inspirée par les événements d'Union soviétique et d'Europe de l'Est et par le désir d'acquérir une nouvelle
SYRIE continue à sévir
Le contraste frappant entre le traitement réservé par les puissances impérialistes, Etats-Unis en tête, à chacune des deux dictatures baassistes jumelles d'Irak et de Syrie, est éloquent quant à l'hypocrisie de leurs prétentions face à
Saddam Hussein.
Salah JABER respectabilité dans le cadre de la nouvelle situation mondiale.
En fait, un millier de détenus seulement semblent avoir été libérés, dont beaucoup étaient incarcérés depuis une dizaine d'années. Toutefois, la "libéralisation" attendue s'arrêta là, pour être suivie d'une nouvelle vague d'arrestations, comme si le régime n'avait relâché d'anciens détenus que pour faire de la place à de nouveaux. Les prisonniers libérés sont d'ailleurs, en majorité, des Frères musulmans probablement concédés à l'Arabie saoudite, principal bailleur de fonds de la dictature baassiste, et d'anciens partisans du Baas irakien de Saddam Hussein, jugés probablement repentis.
L'année 1992 avait à peine commencé que le régime syrien lançait une nouvelle offensive répressive, particulièrement acharnée. Les premiers touchés furent, cette fois-ci. les Comités de défense des libertés démocratiques et des droits de l'homme en Syrie (1). Six militants des CDF ont été arrêtés et soumis à la torture. L'un d'entre eux, maître Aktham Nouaisseh, avocat, a dû être transféré à l'hôpital. Son état est préoccupant.
Le ler février, un des quinze services de renseignement (probablement un record mondial !) de la dictature syrienne arrêtait, dans une rue de Damas, deux des principaux dirigeants du Parti d'action communiste : Abdel Aziz Al-Khayer, médecin, et Bahjat Chaabou, ancien étudiant en médecine. Les deux militants, passés depuis longtemps dans la clandestinité, étaient activement recherchés par toutes les polices du régime. La compagne du premier avait été libérée récemment, après cinq années de détention à titre d'otage ! D'autres militants et militantes du PAC ont également été arrêtés.
Ils maintenaient sur pied l'activité du PAC, dans des conditions relevant de l'héroïsme : activités internes — y compris publication ininterrompue d'un bulletin de discusion —, et publiques, avec notamment la parution — certes irrégulière — de l'organe du PAC : Al-Raya Al-Hamra (Le Drapeau rouge). Ils sont aujourd'hui soumis à une torture féroce, visant à démanteler l'appareil de cette organisation en liberté. D'autres militants ont d'ores et déjà pris la relève ! Ils demandent notre soutien.
La IVe Internationale lance une campagne internationale de solidarité avec les détenus de l'opposition démocratique et de gauche syrienne et, en particulier, les camarades du PAC. *
20 février 1992
* Envoyez des télégrammes de protestation à l'ambassade ou au consulat de Syrie de votre pays — c'est plus efficace de les envoyer directement en Syrie
1) Adresse en France : CDF, 27, rue des 4 Moulins - 27400 Louviers.