Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

YEMEN

Loi religieuse et loi laïque

· Inprecor n° 348, 13 mars 1992 · p. 23 · 558 mots

Femmes

Raoufa Hassan est une féministe qui a longtemps milité au sein de l'Association des femmes yéménites (Nord). Elle est aussi gérante d'un centre d'esthétique et de rencontre pour les femmes, journaliste au quotidien Althaura (Révolution) et présidente du Comité de révision des lois, mis en place à Sanaa, après la réunification.

INPRECOR : Vous êtes la présidente du Comité de révision des lois ;

pouvez-nous nous préciser ses objectifs ?

Raoufa HASSAN : Ce comité a été constitué récemment à l'initiative d'hommes et de femmes, avec quatre représentantes de l'Union des femmes yéménites et six membres du ministère de la Justice et des

Affaires juridiques. Il se réunit toutes les semaines pour élaborer une nouvelle loi sur la famille suite à l'unification. Pour mener à bien un tel objectif, il nous faut trouver un juste compromis entre le Code de la famille du Sud — qui date de 1974 — et celui du

Nord - 1978. Ces deux lois, l'une religieuse et l'autre laïque, seront encore appliquées au Yémen pendant une période transitoire de deux ans. Quels seront les résultats d'un tel compromis ? Le comité essaye de suivre avec une grande prudence certaines règles de la Sharia. Ce qui est sûr, c'est que le Sud risque de perdre certains acquis, tandis que le Nord a des chances de progresser. Au

Yémen, on ne parle pas de droits de la femme, mais plutôt de droits de la famille.

Nos orientations portent essentiellement sur

• La polygamie. Désormais, l'homme, pour se remarier, devra obtenir l'accord d'un juge, demander l'autorisation de sa première puis de sa deuxième femme, apporter une aisance matérielle à chacune d'entre elles.

La première femme, elle, pourra réclamer le divorce.

• L'âge du mariage. Conformément à la

Sharia, l'âge minimum est de 9 ans pour les filles et de 12 ans pour les garçons — pratique largement appliquée dans les régions du Nord et de l'Est. Le comité réclame un âge minimum de 18 ans pour les deux sexes.

• La garde des enfants. Selon le Code de la famille de 1978, la femme a le droit de garder ses enfants sept ans après le divorce et cinq ans si elle se remarie. L'homme peut récupérer ensuite les enfants. Selon la loi de 1974, l'enfant est confié à la mère jusqu'à l'âge de 10 ans si c'est un garçon, et jusqu'à 15 ans si c'est une fille. Pour le comité, seul le juge décidera du montant de la pension alimentaire, et du temps de la garde, après analyse des situations matérielles et morales du père et de la mère.

Toutes ces propositions seront normalement soumises au Parlement à la fin 1991. Pour éviter toute contestation de la part des partis politiques les moins progressistes, nous avons fait part de nos propositions à chacun des 37 partis existants, et nous sommes prêts à nous entretenir avec eux.

• Y avait-il des organisations de femmes dans le Nord ?

Rappelons, qu'en 1973, les associations pour la défense des droits de la femme ont été fermées par les pouvoirs islamiques au Nord ; les activités militantes étaient contraires aux intérêts traditionnalistes et religieux. Il en a été de même dans les années 80, lorsque les acquis sociaux des femmes, loin d'être légitimés, étaient réellement appliqués. *

Août 1991 Propos recueillis par Michèle Pisigo

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