autorisé la célébration du Newroz — le nouvel an kurde —, « à condition que n'était pas menacé », l'armée a tiré sur les manifestants. Le Newroz a été noyé soulèvement (voir l'interview de son dirigeant Abdullah Öcalan, en p. 6), alors organisation — les déclarations apaisantes de dernière minute de celle-ci n'ont
APRES la répression, quatorze des vingt députés kurdes du Parti populiste social-démocrate
(SHP, membre de la coalition gouvernementale et de l'Internationale socialiste)
ont démissionné de ce parti, mettant ainsi fin à l'"'entrisme" qu'ils y pratiquaient depuis les élections d'octobre
1991 (voir encadré en p. 4). La répression du Newroz et cette démission marquent, sans nul doute, un nouveau tournant pour la question kurde en
Turquie.
L'affrontement et la démonstration de forces du Newroz ont prouvé qu'aucun des deux antagonistes, ni l'Etat ni le PKK, n'avait encore la capacité de l'emporter définitivement sur l'autre. Après huit années de guérilla, le
PKK n'a pas réussi a étendre sérieusement son terrain d'action et ne peut agir en dehors de la région du Sud-
Est que pour réaliser quelques coups de main. De plus, il perd des forces sur son propre terrain.
Le PKK a pu atteindre une certaine force par la propagande armée, mais cette dynamique a tendance à se retourner contre la nécessité de trouver de nouvelles formes de lutte politique. Le mouvement national kurde ne se réduit pas au seul PKK, même si celui-ci est actuellement une force incontournable.
Grâce à la coalition entre le Parti de la
Juste voie (DYP, dirigé par Demirel) et le
SHP à la suite des élections, les députés kurdes du Parti du travail du peuple (HEP)
sont arrivés indirectement au pouvoir en tant que membres du SHP (1).
Ainsi, les interlocuteurs d'une solution négociée au sein du régime se sont retrouvés
« Si la Turquie reconnaît la réalité kurde, et c'est ce qu'elle a fait, c'est, à mon avis, l'événement le plus important de l'année », déclarait le Premier ministre Soliman Demirel, le 9 décembre 1991, au journal Milliyet.
Malgré ces déclarations et les promesses du gouvernement ture, qui avait les lois soient respectées » et malgré les directives de Demirel, qui avait ordonné aux forces de l'ordre de « ne pas intervenir tant que l'ordre public dans un bain de sang : une centaine de morts, des centaines d'arrestations, le couvre-feu dans plusieurs villes du Kurdistan de Turquie.
La tournure qu'allaient prendre les événements était plus que prévisible.
Depuis plusieurs semaines, la Turquie vivait à l'heure du "syndrome du printemps". Le Parti ouvrier du Kurdistan (PKK) avait annoncé un que l'Etat menaçait, lui, de une "opération de printemps" pour liquider cette pas suffi à éviter le massacre.
Fuat ORÇUN non seulement au Parlement, mais aussi au gouvernement.
accepter cette situation. Des incidents ont éclaté dès l'ouverture de la session parlementaire, car deux députés kurdes, Leyla
Zama et Hapit Dicle, ont parlé, en kurde, de fraternité entre Turcs et Kurdes. La presse et le DYP ont crié au scandale.
avaient démissionné du parti. Un autre député kurde du SHP a été jeté manu militari de
Mais les faucons du DYP n'ont pas pu
Le SHP a considéré que, par cet acte, ils la tribune du Parlement par les députés du DYP, ses partenaires de coalition, pour être intervenu sur la question kurde.
Ainsi, dès les premiers jours, le terrain de conciliation volait en éclats ; surtout, à la même époque, le leader du PKK déclarait encore qu'il fallait
« donner une chance au gouvernement » (2).
Lescalade de la tension
Malgré des déclarations apaisantes de
Demirel, qui a « reconnu la réalité kurde » et autorisé la publication de journaux en kurde, les assassinats de militants kurdes par des "escadrons de la mort" se sont poursuivis.
Quelques semaines plus tard, la tension a franchi un nouveau pallier : cinq militants du PKK ont été tués et, lors de leurs funérailles, la "brigade spéciale" de l'armée a tiré sur la foule, faisant huit morts (3). Le lendemain, un groupe de jeunes militants kurdes lançait des cocktails molotov sur un grand magasin de la banlieue populaire d'Istanbul — onze personnes, dont des enfants, trouvaient la mort dans l'incen-
1) Le HEP a été fondé par des députés kurdes du SHP, exclus de leur parti pour avoir participé à une conférence sur la question.
kurde à Paris, en octobre 1989, et par des députés syndicalistes originaires de la centrale ouvrière DISK. Le HEP ne pouvait pas participer aux élections législatives de 1991, n'ayant pas encore rempli les conditions légales. Finalement, le HEP a réalisé une alliance électorale avec le SHP. Le SHP, soutenu par le HEP, a obtenu une majorité écrasante de voix dans le Sud-Est et 22 députés kurdes ont été élus sur ses listes. L'ancien président du
HEP et ancien secrétaire général de la DISK, Fehmi Isiklar, a été vice-président du Parlement. Ainsi, pour la première fois dans histoire de la République, un parti kurde faisait son apparition au
Parlement turc, même si c'est "par la bande".
2) Voir Cumhuryiet, 7 décembre 1991.
3) Voir Inprecor n° 347 du 28 février 1992.
Özal a annoncé que l'armée allait réaliser une vaste "opération de printemps" pour nettoyer le pays du PKK, si celui-ci ne « déposait pas les armes », tandis que le PKK prévoyait un grand soulèvement pour le printemps, ainsi qu'un « gouvernement de guerre et un parlement kurde ». Tout le pays a ainsi été plongé dans l'attente de cette tuerie annoncée, ce que les journalistes ont appelé le "syndrome du printemps".
Certes, ni le dirigeant du SHP, Inönü, ni Demirel n'étaient partisans de l'utilisation des méthodes expéditives prônées par Ozal. Mais le gouvernement civil avait perdu de longue date le contrôle de la police, de l'armée et de la "brigade spéciale", qui constituent la réelle autorité sur le terrain... sans parler d'une quelconque emprise sur leurs ramifications secrètes comme les "escadrons de la mort". Par ailleurs, dans la mesure où le gouvernement a compris qu'il lui était impossible d'avoir un contrôle sur la région sans pratiquer la répression, il a opté pour la solution militaire, même s'il n'était pas satisfait du résultat et de l'ampleur des dégâts. Pour ne pas perdre la région, les autorités ont fait leur choix : « D'abord, le contrôle militaire, puis les réformes », comme l'a exprimé Inönü lui-même.
L'évolution du PKK
Depuis 1984, et le début de la guérilla, le PKK a réussi à passer d'un groupe relativement isolé de 500 personnes à une organisation qui regroupe une dizaine de milliers de militants et déploie une activité de propagande et d'organisation à l'échelle de masse, tant en Turquie qu'à l'étranger.
C'est essentiellement la répression pratiquée par l'Etat qui donne au PKK sa légitimité. Le Kurdistan de Turquie est dirigé par des régimes militaires d'exception (loi martiale, loi d'urgence) depuis plus de quatorze ans. Comme le reconnaît Demirel lui-même, un gamin qui avait cinq ans en 1978, a atteint sa majorité (et l'âge de rejoindre la droit culturel ont été niés depuis des années ; la langue kurde, les noms en kurde, ont été interdits. L'armée a insulté, emprisonné, torturé et tué ; une brigade de gendarmerie a même forcé la population d'un village à manger ses excréments. Ces actes donnent une "justification" au contenu des actions violentes du PKK.
La négation de l'identité kurde, la misère, la répression et la violence d'Etat ont produit une contre-violence qui s'est trouvée justifiée aux yeux des masses kurdes soumises à ce traitement.
Le PKK a donc une influence de masse ; les autres courants politiques n'ont pas encore pu se manifester dans la région et ceux qui ont osé le faire ont été liquidés par le PKK — celui-ci s'auto-proclame seul représentant des Kurdes.
Le PKK se revendique du monopole du mouvement national kurde et refuse d'accepter la moindre concurrence dans ce domaine. Il rejette aussi toute opposition dans ses rangs et n'hésite pas à liquider physiquement toute contestation interne. C'est donc par des méthodes peu démocratiques que le PKK se propose de faire la "révolution démocratique"
Ses références idéologiques portent la trace du stalinisme — c'est d'ailleurs en faisant référence aux Procès de Moscou que sa direction avait justifié la liquidation physique de ses opposants au sein du mouvement national kurde. Cependant, ces derniers temps, ce sont surtout des thèmes nationalistes outranciers — voire même des thèmes religieux — qui forment sa propagande. Il est difficile de prétendre que le PKK, qui a un programme à contenu plus nationaliste que social, a une hégémonie totale sur le Kurdistan de Turquie. Toutefois, il est indéniable que les actions militaires du PKK ont donné une véritable confiance au mouvement national kurde, dans un contexte où tous les autres mouvements sociaux et politiques de gauche sont en stagnation, voire même en recul, dans le reste de la Turquie.
Les autres composantes du mouvement national kurde, comme la gauche turque, se trouvent coincés entre l'Etat et le PKK. La gauche turque se mord les doigts d'avoir sous-estimé la question kurde dans le passé et se retrouve moralement écrasée par le PKK, d'autant plus qu'elle ne représente plus grand chose, alors que le PKK, lui, représente la "force". Par ailleurs, la moindre critique envers le PKK est considérée comme un soutien aux politiques de l'Etat turc. On vit ainsi dans un monde totalement manichéen ; dans ces conditions, le soutien a-critique au PKK apparaît comme la seule alternative, et l'ensemble de la gauche turque a tendance à se transformer en un de ses appendices.
Devant cette passivité, le poids des actions militaires et massives de ce parti a réduit la situation politique en Turquie à la "question nationale", comme si elle était la seule question démocratique à l'ordre du jour. Lors du 8 mars 1992, par exemple, les mots d'ordre sur la question kurde sont devenus la principale revendication d'une manifestation — qui n'était pas organisée par le mouvement autonome des femmes — à laquelle ont participé 300 femmes à Istanbul.
Il en est de même dans le mouvement syndical. Toute lutte est réduite à une seule question : la proclamation de l'identité nationale kurde et celle-ci est elle-même
* Près de deux ans se sont écoulés depuis. Durant toute cette période, seul le mouvement national kurde poursuit sa progression, alors que les autres facteurs politiques de l'activité des masses — mouvements sociaux, socialistes, ouvriers, ou fascistes et islamistes - n'ont pas connu un tel développement.. die qui s'ensuivait. Cet événement a provoqué un grand émoi dans l'opinion publique, d'autant plus que le dirigeant du PKK "Apo", avait menacé d'avoir recours à ce genre d'actions de terrorisme aveugle en guise de représailles (voir l'encadré en p. 7). Certes, l'incendie et les résultats dépassaient sans doute l'intention des jeunes militants kurdes, mais le ton dans les milieux nationalistes kurdes était plutôt à la justification de ce genre d'actes, en riposte au terrorisme d'Etat au Kurdistan.
L'intensification du terrorisme étatique, d'une part, et du contre-terrorisme, de l'autre, a renforcé le climat de nationalisme exacerbé, tant chez les Kurdes que chez les Turcs. Le gouvernement avait promis de faire des réformes, mais ne fait en pratique aucune concession. C'est dans ce climat d'escalade que l'on est arrivé au Newroz.
La tension a atteint son comble avec deux déclarations belliqueuses : le président
réduite à une seule question : un contenu exclusivement nationaliste, sans projet ni programme précis — son dirigeant, A. Ocallan, "Apo", a récemment parlé de "fédération", mais en précisant qu'il s'agirait d'une société de "type occidental"!
Si la plus grande réussite du PKK est d'avoir donné confiance au peuple kurde, le type de conscience politique produit par sa pratique et sa propagande est plus que discutable. Lors des élections législatives, par exemple, l'attitude du PKK a été des plus floues ; il a beaucoup hésité sur le parti à soutenir. Le leader du PKK, "Apo", a déclaré, dans un premier temps, qu'Inönü était encore plus inféodé à l'Etat turc qu'Özal (4). Après les élections, il a confirmé que le PKK aurait très bien pu soutenir le Parti de la Mère-Patrie (ANAP, d'Özal) et le président — les successeurs du régime militaire ! « S'il [Özal] avait été homme à tenir ses promesses et si, concrètement, des développements positifs avaient eu lieu à la place du terrorisme [d' Etat], alors l'alliance du HEP se serait réalisée avec l'ANAP et non avec le SHP. L'ANAP aurait pu obtenir la majorité des voix avec au moins 35% et rester tout seul au pouvoir » (5).
Par la suite, le président du HEP a confirmé à son tour que des pourparlers pour une alliance électorale avaient été menés avec le Parti islamiste (RP), mais que l'alliance était « tombée à l'eau en raison d'un désaccord sur les régions et la répartition des listes » (6).
Après l'échec des négociations RPHEP, le RP s'est orienté vers un accord avec les fascistes turcs et le HEP a fait alliance avec le SHP d'Inönü. Autrement dit, pour faire entrer un maximum de députés kurdes au Parlement, les nationalistes kurdes étaient prêts à faire alliance avec n'importe qui, y compris leurs pires ennemis !
D'ailleurs, même après les tueries du Newroz, "Apo" a continué à accorder une place particulière à Özal : « En fait, celui qui nous comprend le mieux c'est Özal (...). Je suis certain qu'il a même un peu de sympathie pour nous. Il est clair qu'il pense beaucoup de choses à notre égard. Il pense peutêtre même à me téléphoner. Si quelqu'un va trouver une solution à notre problème, c'est Özal. Il dit qu'il est kurde, il parle de fédération. C'est Özal qui suit de plus près la situation » (7). Les traces que ce genre d'opportunisme va laisser dans la conscience politique des masses ne peuvent certainement pas être considérées comme positives.
Par ailleurs, les attentats terroristes aveugles (bombe au Bazar, bombe à la Chambre de commerce, etc.) dans les grandes villes ont aussi provoqué une grande indignation et une réaction nationaliste, voire même raciste antikurde dans la population turque. Certes, le PKK ne peut être tenu pour seul responsable et il y avait déjà pas mal de nationalistes chauvins, de fascistes et de racistes dans la société turque avant que le PKK n'existe. Mais cela ne justifie pas ces actions.
Une tactique à double tranchant
Le PKK devrait porter une attention particulière à ne pas s'aliéner les masses populaires, les travailleurs et les opprimés de la société turque, qui n'ont, elles, aucune raison de s'opposer au droit à l'autodétermination du peuple kurde.
Les attentats aveugles peuvent sembler permettre aux Kurdes des villes de l'Ouest — leur nombre est loin d'être négligeable d'affirmer leur identité, mais, en réalité, elles suscitent auprès de la plus grande majorité des travailleurs turcs une indignation que l'Etat peut récupérer à son compte. Pire encore, la passivité des couches sociales, qui auraient pu être les principales alliées du mouvement kurde, s'accroît elle aussi. Par ailleurs, le degré de soutien des Kurdes d'Istanbul au PKK est fort discutable.
Pour le moment, celui-ci préfère se lancer dans un duel avec l'Etat. Devant la quasi-impossibilité d'obtenir une victoire militaire face à l'armée turque, le mouvement kurde semble avoir opté pour des méthodes de pression internes et internationales afin de "convaincre" le gouvernement turc.
Après le Newroz, les députés kurdes ont demandé un référendum sous contrôle des Nations-Unies. Autrement dit, ils veulent utiliser les pressions extérieures pour porter le problème sur l'arène internationale, et forcer le gouvernement à s'asseoir à la table des négociations pour discuter des "droits" de la minorité kurde — toutes les relations intérieures et extérieures du PKK vont tourner autour de cet axe.
Certains accords internationaux signés par la Turquie donnent une marge de manœuvre internationale au mouvement kurde en ce qui concerne les droits culturels et certains réaménagements administratifs locaux. Par ailleurs, le HEP sera représenté au Parlement - pour le moment, il )1' s'agit toujours d'une représentation indirecte par l'intermédiaire des députés indépendants. Il dispose d'une forte base électorale. Le HEP a, par ailleurs, décidé de demander son adhésion à l'Internationale socialiste, ce qui dévoile clairement les limites idéologiques de sa démarche, malgré les discours et actes radicaux.
Certes, le PKK est un mouvement issu du stalinisme. Mais il en est arrivé à un point où le nationalisme l'emporte, un nationalisme outrancier (8).
Par ailleurs, le poids des intégristes et des sectes musulmanes dans la région kurde a conduit le PKK à rechercher des alliances de ce côté, puis à utiliser de façon de plus en plus ouverte l'élément religieux dans sa propagande (9).
De plus, le PKK a une alliance de fait avec l'Iran, qu'il considère comme un régime anti-impérialiste, en omettant de dire que ce régime massacre aussi les Kurdes sur son territoire. Cet opportunisme est aussi lourd de conséquences, surtout quand on sait que l'Islam et les mouvements intégristes représentent un frein et un danger important pour la lutte des classes dans la région. En outre, il est notoire que le PKK entretient d'étroites relations avec le régime baassiste syrien.
La situation est donc relativement bloquée en l'état actuel des choses : la faiblesse du mouvement des travailleurs à l'Ouest laisse les mains libres à l'Etat pour mener sa politique de répression dans la région kurde, répression qui renforce le PKK. Celui-ci bloque à son tour toute possibilité d'émergence d'autres alternatives au sein du peuple kurde, capables de réaliser des alliances avec les secteurs populaires à l'Ouest de la Turquie, et ainsi de suite. L'Etat parvient malgré tout à manœuvrer et pourrait chercher à couper l'herbe sous les pieds du PKK par une nouvelle politique de concessions. Mais, en dernier ressort, c'est aujourd'hui de l'issue des luttes politiques et des différenciations au sein du peuple kurde lui-même que va dépendre la possibilité de sortir du cercle vicieux.
Quels que soient les jugements que l'on puisse porter sur le PKK et ses actes, il représente, sans nul doute, une composante légitime du mouvement kurde — la plus importante sur le terrain. A ce titre, et face à l'Etat turc, il faut soutenir la lutte du mouvement nationaliste kurde. *
Ankara, 3 avril 1992
4) Voir Nokta, 8 août 1991
5) Voir Cumhuryiet, 7 décembre 1991.
6) Voir Cumhuryiet, 20 décembre 1991. Voir également l'interview d"Apo" en p. 6.
7) Voir Milliyet, 25 mars 1992.
8) Le PKK avait d'ailleurs essayé de chercher la "supériorité" des Kurdes dans les profondeurs de l'histoire, en remontant jusqu'aux Mèdes d'il y a 2 600 ans !
9) Lors d'une grève de la faim symbolique pour protester contre les massacres de Newroz, un mufti nationaliste kurde a déclaré que Demirel était un "infeèle"...