Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ECOLOGIE

Le "grand sommet" accouche d'une souris

· Inprecor n° 356, 3 juillet 1992 · p. 24-27 · 3 870 mots

Écologie États-Unis Économie mondiale

LES TRAVAUX du Sommet de la terre devaient porter sur les problèmes les plus brûlants de l'environnement : l'effet de serre, la diversité biologique (biodiversité), la destruction des forêts, etc.

De même, il devait être question de sujets concernant l'efficacité des efforts faits dans le cadre de la société actuelle pour lutter contre la dégradation de l'environnement. Les aspects économiques étaient partie prenante du programme de Rio : pauvreté, consommation et démographie ; économie internationale et environnement; transfert de technologies ; développement durable, etc. De fait, les problèmes économiques ont constitué la toile de fond de toute la réunion (2).

Tout cela a été couronné par un plan concerté d'action, l'Agenda 21. Ce plan, qui n'est pas obligatoire pour les pays, vise à améliorer l'environnement d'ici la fin du siècle.

Evidemment, les contradictions entre les pays riches et les différents pays pauvres, et entre les pays riches eux-mêmes existaient bien avant l'ouverture du sommet. Ce sommet, « le plus grand de l'histoire », ne pouvait pas s'achever sans de grands accords. Pour y parvenir, on a, bien sûr, arrondi les angles afin d'avoir au moins quelque chose entre les mains à la clôture, même si cela ne sert pas à grand chose.

Le président des Etats-Unis, George Bush, n'en est pas sorti grandi ; il est confronté à des problèmes intérieurs préoccupants — la récession ; la fumée des explosions raciales et sociales de Los Angeles et d'autres villes ; et la concurrence d'un millionnaire pour les prochaines élections présidentielles. En route pour Rio, Bush a fait escale au Panama - toujours sous la botte des Etats-Unis — où il a reçu des tomates, lancées par des manifestants en fureur, et des gaz lacrymogènes de la police.

A Rio, il n'a pas réussi à améliorer son image. Le "président-environnement" — comme il s'est nommé depuis quelques années —, ou le "dégénéré de l'environnement", comme l'a judicieusement rebaptisé Greeenpeace, avait été mis sur le banc des accusés avant même le début de la conféren-

Tous les commentateurs de la presse internationale sont d'accord pour dire que la Conférence des Nations-Unies sur l'environnement et le développement (UNCED), réunie à Rio au début du mois de juin, s'est soldée par un compromis

(voir Inprecor n° 354 et n° 355 des 5 et 19 juin 1992).

Cependant, cette réunion, qui a rassemblé plus de 10 000 représentants de 168 pays, a été incapable d'adopter des résolutions précises ou d'instituer un système de vérification de l'application des accords disposant d'une autorité réelle.

Les dizaines, pour ne pas dire les centaines, de millions de dollars qui ont été dépensés pour cet "événement" ont servi, dans le meilleur des cas, à ce que le monde prenne conscience de l'urgence des questions d'environnement (1).

Gilberto MURRIETA ce. Il a offert 150 millions de dollars pour protéger les forêts, tout en maintenant sa ferme opposition à la "sur-régulation" et aux clauses morales des traités. Un des membres de la délégation des Etats-Unis a même déclaré que « la protection de l'environnement s'est substituée au communisme parce qu'elle représente une grande menace contre le capitalisme » (3), donnant une idée assez claire de ce qui était en jeu.

Ce panorama ne reflète pas précisément l'esprit du "nouvel ordre international" que les dirigeants des pays riches, et en particulier les Etats-Unis, veulent nous vendre.

La vedette de Rio :

P'effet de serre

Nous connaissons maintenant, grâce aux scientifiques, le risque de réchauffement encouru par notre planète à cause des changements provoqués dans la composition de l'atmosphère par les êtres humains. Une série de gaz libérés par l'action industrielle permet aux rayons du soleil de parvenir jusqu'à la surface du globe, mais empêche la chaleur de se dissiper dans l'espace (selon le principe des serres, qui permet l'entrée de la lumière mais empêche la sortie de la chaleur). Depuis la révolution industrielle, la production utilise l'énergie provenant de la combustion du bois de feu, du charbon, du gaz naturel et du pétrole. Cependant, cette combustion dégage du gaz carbonique (CO2), dont l'effet de serre est bien connu (les fortes températures de la planète Venus sont dues précisément au fait que son atmosphère est composée principalement de ce gaz). La production de CO2 n'a pas cessé d'augmenter, et sa concentration dans l'atmosphère est en augmentation notoire depuis quelques décennies. La situation est aujourd'hui préoccupante, d'autant plus que d'autres gaz sont libérés par l'industrie dans l'atmosphère et qui ont le même effet, sinon pire. Si l'atmosphère de la planète augmente de quelques degré centigrades, cela pourrait entraîner des changements climatiques (ou cataclysmes climatiques) — altération des cycles de pluies, des récoltes, du niveau de la mer : inondations ou extension de la désertification.

Evidemment, les pays industrialisés sont ceux qui produisent le plus de CO2 (45 % du total pour les seuls pays du "Groupe des sept"). Pour le capital, l'augmentation de la productivité du travail, avec l'introduction de machines toujours plus sophistiquées, requiert des quantités croissantes d'énergie, visant à réduire l'intervention humaine, à produire plus vite, et à payer moins de salaires — cela réduit le nombre de travailleurs et donc les risques de grèves. Ce facteur est la clé de la compétition entre les grandes entreprises.

Bien sûr, il conviendrait tout à fait au système capitaliste d'utiliser des énergies

1) La Conférence a coûté 37 millions de dollars ; les coûts annexes des 30 000 participants se montent aux alentours de 100 millions de dollars, et la facture de téléphone à autant (Financia Times, 15 juin 1992). Si on compte que chaque voyage coûte en moyenne 1 000 dollars, il faut ajouter au moins 30 millions de dollars supplémentaires

2) Un des points égarés en chemin a été celui de la démographie. Les droits et la condition des femmes sont intimement liés à cette question. L'Eglise et d'autres ont usé de leur influence pour qu'il soit retiré de l'ordre du jour (voir Inprecor n° 355 du 19 juin 1992). Sur cette question, une conférence internationale est prévue pour 1994

3) Financial Times, 15 juin 1992.

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plus efficaces et plus rentables — dont la construction permettrait de substantiels profits. Cependant, les investissements nécessaires à ces nouvelles énergies sont importants et les industriels redoutent de s'engager dans de tels changements.

L'effet de serre était publiquement le principal sujet de l'UNCED. La résolution concernant cette question a été l'unique, mise à part celle sur la diversité biologique, dont l'application a un caractère obligatoire. Elle vise à réduire les émissions de gaz carbonique pour l'an 2000 au niveau de celles de 1990. Cependant, les Etats-Unis, principal producteur de CO2 dans le monde, ont menacé de boycotter la conférence si le projet de résolution n'était pas modifié. Trois semaines avant le sommet, Bush parvenait à ses fins. La conférence a finalement lancé un appel à réduire les émissions de gaz carbonique au niveau de 1990 pour... le plus tôt possible — aucune date butoir n'a été adop-

Les pauvres doivent retrousser leurs manches

Pour ce faire, on demande aux pays du tiers monde ne pas augmenter leurs émissions carboniques. S'ils n'obtiennent pas l'aide des pays les plus développés, ils seront obligés d'augmenter leur pauvreté endémique, le sous-développement et la dépendance, ou, au contraire, de continuer à contaminer l'atmosphère. Les pays de l'ancien bloc de l'Est, avec l'énorme crise qu'ils traversent, sont déjà en train de réduire leur production de CO2, mais cela n'est absolument pas dû à une plus grande conscience écologiste. De leur côté, les pays riches, peu à peu, changeront leurs installations de production d'énergie.

En outre, il faut connaître le changement technologique qui est proposé. A part les usines thermo-électriques, plus efficaces, on a beaucoup parlé d'augmenter l'utilisation de l'énergie nucléaire. La France, leader mondial en ce domaine, était donc satisfaite du projet d'accord. Cependant, on sait que les installations nucléaires n'offrent pas une sécurité absolue. En plus, l'accumulation des déchets nucléaires est trois fois plus importante qu'en 1980 et vingt fois plus qu'en 1970. Enfin, parmi les 25 pays qui utilisent cette énergie, aucun n'a trouvé de solution satisfaisante au problème posé par les déchets (4).

Certains gouvernement proposent de faire des économies d'énergie en introduisant des impôts spéciaux. La commission européenne sur l'environnement a décidé de ne pas aller à l'UNCED précisément parce que la Communauté européenne (CE) était en désaccord avec idée. Cela prouve que les grands de l'économie mondiale préfèrent attendre avant d'entreprendre de grands investissements sur cette question. Après Rio, la question demeure : parviendra-t-on à limiter les émissions de CO2 à temps pour éviter une catastrophe mondiale à la moitié du XXIe siècle ?

Bush et les bébés-phoques

La seconde résolution du sommet concerne la préservation de la diversité biologique, qui a provoqué le plus de troubles et de controverses à Rio, au point même que les Etats-Unis se sont refusés à signer le texte.

Cette résolution demande aux pays du tiers monde de prendre des mesures pour préserver la grande variété d'espèces qui vivent sur leur territoire. Pour cela, la diversité biologique doit être défendue contre la de la terre Tous ceux qui sont pour des réparations, lève la main ! croissance économique et l'augmentation de la pression démographique. Le projet adopté propose des mécanismes de compensation attribuant la plus grande aide au développement de la part des pays du Nord, en particulier en transférant des capacités d'investissement et des connaissances biotechnolo-

La réticence des Etats-Unis a été clairement exprimée par le directeur de son agence pour la Protection de l'environnement, William Reilly : « Nous aurions espéré que la conférence se limite à la protection de la flore et de la faune » (6). De nos jours, pourtant, la préservation de la biodiversité nécessite bien plus que la simple protection d'une série d'espèces animales et végétales menacées d'extinction. Alors que Bush parlait de ce sujet à la conférence de Rio, son hypocrisie était révélée par le Tribunal suprême de justice de son pays, qui était en train de limiter le droit des écologistes à attaquer devant la loi des projets d'autres pays, payés avec des fonds nord-américains, et qui mettraient en danger des espèces en voie d'extinction

(7). Les Etats-Unis sont préoccupés par les implications économiques du traité et, en particulier, ils veulent préserver leur place dominante sur le terrain de la biotechnologie.

La protection de millions d'espèces, non seulement végétales, qui existent dans les pays tropicaux, est aujourd'hui fondamentale pour, entre autres, augmenter le rendement de la production agricole. Cela pourrait limiter la crise alimentaire du tiers monde, ainsi que la destruction des forêts ; diminuer les réquisitions de terres pour la production agricole sans augmenter l'utilisation des engrais nocifs et des pesticides chimiques.

Cependant, ces mesures pourraient aussi faire chuter les prix du marché mondial, tant des produits des pays pauvres que de ceux des pays riches.

La relation entre la diversité biologique et la productivité de la terre peut paraître étrange. La clé de cette question réside dans l'information héréditaire des êtres vivants.

L'usage intensif de gènes de différentes espèces peut permettre, en effet, d'arracher plus de fruits à la terre et au travail humain. Le croisement de différentes variétés de

CAR plantes peut produire des semences et des végétaux plus résistants et plus productifs.

La manipulation génétique peut permettre l'introduction de caractéristiques nouvelles dans les organismes, comme, par exemple, ceux qui produisent leurs propres antibiotiques. Plus que tout, cela nécessite d'importantes ressources financières et techniques

— rares dans les pays du tiers monde — et le libre accès aux ressources génétiques — rares aussi dans les pays développés.

Ainsi, la conférence a dû faire face à chacun de ces problèmes et s'est heurtée à des intérêts contradictoires : l'accès à la

4) Nicholas Lenssen, "Facing up to nuclear waste", World

Watch, mars-avril1992.

5) Le Monde diplomatique, mai 1992.

6) Financial Times, 15 juin 1992.

7) International Herald Tribune, 13 juin 1992.

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Accélère diversité biologique permet d'améliorer, ou de rendre plus productives les espèces végétales, et non végétales. Cela se réalise surtout dans les laboratoires situés dans le Nord.

La législation des Etats-Unis sur les droits de propriété intellectuelle permet de breveter les variétés résultantes. Lorsque les pays du Sud peuvent y avoir accès, elles ne leur sont pas vraiment utiles, puisqu'elles sont conçues pour les climats - froids -des pays où se réalise la recherche. Entre temps, la pauvreté ou la soif de profits conduisent à l'abattage des forêts dans les pays tropicaux. Or, la diversité biologique est extrêmement importante dans ces forêts (8). En conséquence, les pays du tiers monde ont opté pour limiter l'accès aux ressources génétiques situées dans leurs pays au nom de leur souveraineté nationale. Ils demandent, en échange de la protection de la diversité biologique, que l'argent destiné à cette question ou que les transferts de technologie nécessaires soient administrés par un fonds international.

De son côté, le président nord-américain, préoccupé par le libre commerce, le facile accès aux ressources génétiques pour la biotechnologie, la possibilité d'obtenir par là de nouveaux êtres vivants que l'on puisse breveter, les augmentations de la productivité et la récession dans son pays, s'oppose à toute régulation en la matière.

Cette question a été le plus grand échec de la conférence. Aucun document n'a pu être adopté, et la déclaration de principe dit à la fois tout et rien, elle récapitule, de fait, les contradictions apparues dans les deux points précédents.

Depuis le début de l'ère industrielle, la superficie forestière de la terre est passée de 1.8 milliard d'hectares à 1 milliard. En d'autres termes, l'humanité a détruit 40 % de ses forêts depuis l'aube du capitalisme.

Jusqu'à il y a quelques décennies, cette destruction avait surtout progressé dans les pays les plus industrialisés, dans le Nord et en Océanie ; maintenant elle frappe tous les pays tropicaux.

La lente agonie des forêts

Les forêts jouent un rôle fondamental dans les équilibres écologiques de notre planète. Elle constituent, en effet, l'habitat d'au moins la moitié de l'ensemble des espèces vivantes ; comme elles se composent principalement de carbone, les forêts représentent un énorme réceptacle de ce composé — qui, autrement, se trouverait sédimenté dans la mer, incrusté dans les roches ou inondant l'atmosphère terrestre sous forme de gaz carbonique renfermant une immense quantité de chaleur. De plus, les forêts jouent un rôle clé dans les cycles de l'eau, par des processus de condensation et de précipitation, qui ont une grande importance dans la régulation du climat à l'échelle de la planète.

La situation est inquiétante, lorsque l'on sait que 17 millions d'hectares de forêts disparaissent chaque année. Tant la diversité biologique que le réchauffement de l'atmosphère se trouvent affectés par ce processus. Pour faire face à cette situation, les pays riches exigent de ceux du Sud qu'ils cessent d'abattre les forêts, puisqu'elles sont, selon leurs propres arguments, le "patrimoine de toute l'humanité". Les pays du Sud, de leur côté, revendiquent leur souveraineté sur les ressources situées à l'intérieur de leurs frontières. Ils affirment qu'il est facile aux pays industriels de donner des leçons de morale sur l'environnement alors que leur propre industrialisation s'est faite au détriment de leurs forêts. Celles-ci ne servent pas seulement comme bois de chauffe pour les secteurs les plus pauvres de la population, mais elles occupent aussi des terres convoitées tant par les paysans déshérités que par l'agro-industrie moderne nationale ou multinationale. De plus, sous ces terres, il y a souvent des métaux précieux ou qui ont une utilité industrielle.

Avec la crise économique, le poids de la dette extérieure, le développement difficile d'engrais plus productifs, sans parler de l'argent et de la technologie nécessaire et des régimes de propriété capitaliste de la terre, il est impossible de freiner la déforestation.

Le développement inégal

Les autres points à l'ordre du jour de Rio concernaient les moyens d'arrêter la détérioration de l'environnement au niveau planétaire. Cela concerne non seulement les plans d'action, mais aussi la manière dont la société gérera ces problèmes. Mais comment faire pour que le système économique aille de pair avec la protection de l'environnement ? Les riches se posent cette question sérieusement, puisqu'il ne servirait à rien d'être président d'une multinationale dans le futur s'il n'était pas possible de disposer d'un lieu pour profiter de ses richesses. Et, surtout, il faut être sûr d'avoir accès aux ressources nécessaires pour continuer à produire, tant dans son propre pays que dans le reste du monde

Voilà pourquoi le concept de "développement durable" a été inventé. D'après ce concept, les nations industrialisées devraient réorienter leurs systèmes productifs et leurs styles de vie, arrêter l'usage intensif des ressources et réduire drastiquement la pollution. De leur côté, les pays en voie de développement devraient pratiquer une agriculture moins destructrice, s'industrialiser en y portant une attention particulière, et réduire leur taux de natalité Dans ce but, les pays riches devraient apporter des aides importantes.

La conférence a adopté l'Agenda 21. Avec l'aide demandée aux pays du Nord, ceux du Sud seraient capable d'obtenir une technologie alternative moins nocive pour l'environnement ; réparer ses systèmes de drainage des eaux boueuses ; traiter les déchets ; replanter des forêts ; améliorer le niveau de vie de la population afin de permettre un changement d'attitude vis-à-vis de l'environnement, et asseoir les bases permettant de limiter la croissance démographique.

8) D'après les calculs de l'écologiste britannique Norman Myers, en 1980, dans 10 aires sélectionnées de forêts tropicales humides, qui occupaient moins de 3,5 % de ce qui restait de ce type de forêts, on rencontrait au moins 27 % des plantes de ces lieux et, au moins, 13 % de toutes les plantes de la terre. Selon lui, pour l'an 2000, ces zones pourraient perdre jusqu'à 90 % de la superficie de leurs forêts. Voir E. Wolf, Survival of the rarest dans World Watch, mars-avril 1991.

9) Business Week, 11 mai 1992.

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Ce programme nécessiterait 125 milliards de dollars par an, venus des pays riches, ce qui équivaut à 0,7 % de leur produit national brut. Pour parvenir à ce but, ces pays devraient accroître leur aide à l'étranger, pour un montant de 70 000 millions de dollars supplémentaires, ce qui pourrait être obtenu par une diminution de 3 % leurs dépenses militaires (9).

Le libéralisme pollue

On ne pouvait pas s'attendre à ce que les pays développés appuient une telle proposition. Les plus pessimistes parlaient de 5 milliards de dollars, les plus optimistes de 10 à 15 milliards. La ridicule somme de 2,5 milliards de dollars finalement adoptée est une plaisanterie non seulement pour le tiers monde mais aussi pour l'environnement que le Nord prétend protéger.

Beaucoup de pays du Sud voulaient qu'un nouveau "fonds vert" soit créé dans lequel ils pourraient avoir un certain poids - pour gérer l'argent ainsi obtenu, même s'il s'agit d'une somme dérisoire. En fait, la conférence a tranché en faveur des riches : ce sera l'Agence mondiale sur l'environnement (GEF), dépendant de la Banque mondiale en coordination avec les Nations-Unies, qui sera chargée de la gestion des fonds de l'Agenda 21. Ainsi, on sait à l'avance qui dominera à l'heure de prendre des décisions sur la destination des fonds aux différents projets. Ce ne seront certainement pas les pays receveurs, ni l'ensemble des pays et des populations concernés, qui prendront les décisions démocratiquement ; ce seront, au contraire, les chefs de la Banque mondiale.

Les déclarations de Bush concernant la récession ont marqué la conférence. Bush prétendait qu'il ne pouvait pas compromettre son pays dans des grands projets pour protéger l'environnement de la planète, alors qu'il était confronté à une forte crise économique. En réalité, les différents groupes de pression (lobbies) de son pays avaient eux-mêmes protesté contre la participation à la conférence, la considérant opposée au libéralisme mercantile. Ils craignaient, qu'au terme du sommet, les Etats-Unis soient obligés de respecter des réglementations, d'assommer les contribuables d'impôts "écologiques" ou de collaborer dans le financement des résolutions.

Bush a finalement participé à la conférence, mais sans décevoir ses patrons. Dans ses discours, il a assuré que son pays était en tête en matière de protection de l'environnement et qu'il n'avait de leçons à recevoir de personne. Au-delà des apparences, les changements technologiques nécessaires pour la protection de l'environnement, pourraient, à un certain moment, jouer un rôle positif pour certains secteurs de la bourgeoisie dans le marché mondial. Ce n'est pas par hasard si les Japonais insistent tant sur l'importance d'opérer ces changements à ce niveau. Dès à présent, pour obtenir une unité de produit intérieur brut, il leur faut moitié moins de ressources matérielles et énergétiques que les Etats-Unis (10).

L'exploitation contre Pécologie

Il faudrait étudier en détail dans quelle mesure la nouvelle technologie, destinée à économiser les ressources naturelles et énergétiques, pourrait encourager un nouveau décollage économique durable, comme dans les années 50 avec l'automobile et l'électroménager. Mais, au vu des résultats du Sommet de la terre, cette perspective ne paraît pas être à l'ordre du jour, en tout cas à moyen terme.

Quelle que soit sa forme, le principe même du capitalisme est l'exploitation du travail humain et de la nature ; sans comprendre cela, il est impossible d'expliquer les profits des détenteurs de capitaux. Quand ils rencontrent des problèmes dans la réalisation de leurs profits, il leur faut extraire encore plus de jus des éléments qui participent à la production et à la reproduction du système. Ainsi, ils réorganisent le travail, ils font fonctionner leurs machines 24 heures sur 24, et saccagent la nature. C'est pour cela, en général, qu'ils préfèrent verser leurs déchets industriels dans la rivière la plus proche, plutôt que de les recycler ou de les céder à d'autres qui les transformeraient.

Sans doute, les secteurs dominants de la bourgeoisie s'efforcent de changer cette situation ; mais pour d'autres secteurs, plus attardés, il s'agit de déroger aux nouvelles règles du jeu. Un des moyens pour contourner la loi est de déménager les entreprises, comme cela se fait déjà aujourd'hui, vers les pays pauvres qui ont besoin d'investissements.

Toute solution de fond aux grands problèmes qui touchent notre planète ne peut se réaliser avec les racines du capitalisme. On peut nous objecter que, bien que jusqu'à présent ce système a montré son incapacité à sauvegarder l'environnement, les autres sociétés qui s'y sont opposées au cours du siècle furent tout aussi inefficaces en la matière. En effet, les pays d'Europe de l'Est et l'Union soviétique ont été des exemples parfaits d'irresponsabilité vis-à-vis de l'environnement.

Il ne paraît donc pas légitime de se demander si la propriété et la gestion collectives de la production peuvent réellement être efficaces en tant que telles pour satisfaire les nécessités matérielles de tout le monde sans amputer la nature. Mais si la propriété et la gestion collectives ne sont pas identifiées avec la propriété d'Etat et l'administration bureaucratique, la situation est totalement différente.

Un des moyens pour y parvenir serait de libérer l'intelligence et l'imagination de millions de personnes. De plus, cela pourrait se combiner avec les ressources (humaines, matérielles et énergétiques)

qui sont aujourd'hui destinées à l'industrie de guerre, la publicité, l'opulence des classes possédantes, pour réaliser au contraire la nouvelle révolution industrielle nécessaire pour protéger l'environnement, en garantissant un niveau de vie, d'éducation et de santé correct à l'ensemble de la population mondiale.

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30 juin 1992

10) Ibidem.

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