ILIESCU et son parti apparaissent comme issus largement des vestiges de l'ancien régime stalinien, hérité du dictateur Nicolae Ceaucescu, exécuté en 1989. Depuis, Iliescu et son ancien Premier ministre Petre Roman, les deux principales figures du coup anti-Ceaucescu qui avait donné naissance au Front de salut national (FSN), sont tombés des nues ; en septembre 1991, une montée massive de mineurs mécontents sur Bucarest avait contraint ce dernier à démissionner. Par la suite, le FSN s'est divisé en deux ailes, l'une proRoman (le FSN) et l'autre pro-Iliescu — le Front démocratique du salut national (FDSN).
Les termes du débat entre Iliescu et Roman ont été résumés par le successeur de celui-ci, Theodor Stolojan qui a expliqué à un journal roumain que les prétendus bénéfices de la privatisation rapide n'étaient rien d'autre qu'un « mythe importé plein d'idéologie » (1).
En fait, même si une partie de la victoire d'Iliescu peut être attribuée à la puissance des réseaux dont il a hérité, il peut aussi compter sur un soutien réel du fait de ses promesses de protéger les masses paysannes et travailleuses des horreurs de la "privatisation rapide".
Le nationalisme à la barre
Les Roumains ont déjà eu un avant-goût des joies du marché. En 1991, la production brute de biens de consommation a chuté de 13,5 % par rapport à 1990 et la production industrielle de 21 % ; le taux d'inflation a avoisiné 10 % par mois et les salaires réels auraient perdu 20 % de leur valeur. Durant le printemps 1992, un chômage significatif est apparu. Les voix se sont portées sur Iliescu et son parti dans l'espoir qu'ils arrêteraient la débacle.
Le vote contre les privatisations est aussi purement défensif. Iliescu et son parti n'ont pas de perspectives alternatives aux réformes de marché. En l'absence de tout programme pour revitaliser l'économie roumaine, Iliescu va sans doute finir par s'appuyer sur un
ROUMANIE
Le dimanche 30 septembre 1992, ont eu lieu, en
Roumanie, des élections parlementaires et présidentielles. Le président sortant, Ion Iliescu, a obtenu 48 % des voix au premier tour — avec une forte avance sur son concurrent de la Convention démocratique, Emil Constantinescu avec près de
30 % — tandis que le Front démocratique du salut national (FDSN) d'Iliescu, avee 28 % des suffrages, est le principal parti du nouveau Parlement.
Le second tour des présidentielles se tiendra dimanche
11 octobre et devrait se solder par la réélection d'Iliescu.
Colin MEADE nationalisme primaire, dirigé contre la minorité hongroise, concentrée en Transylvanie.
Les professions de foi du FDSN montraient une Roumanie sans la Transylvanie — "bradée" par l'opposition, qui comprend l'Union démocratique des Magyars de Roumanie.
Iliescu apparaissait comme l'homme « qui peut éviter le démembrement du pays ».
Le nouveau Parlement est très fragmenté et il sera difficile à Iliescu de former un nouveau gouvernement. Il dispose de deux forces d'appoint pour constituer une majorité stable. La première est constituée d'éléments de l'opposition "démocratique"
qui veulent faire alliance avec lui. L'autre est constituée des partis nationalistes roumains, le Parti de l'unité nationale des Roumains de Gheorghe
Funar, et Romania Mare (Grande-Roumanie).
Cette dernière alliance est fort dangereuse, elle pourrait entraîner des conflits avec la
Hongrie où les forces nationalistes seraient inévitablement renforcées par des attaques contre les droits des Hongrois en Transylvanie. L'importante vague d'émigration de la forte minorité gitane — que le recensement de 1992 chiffrait à 409
723 personnes — est un symptôme des tensions ethniques en Roumanie.
L'ancienne République soviétique de
Moldavie, dont la population est roumaine, représente un problème pour le régime de
Bucarest. Jusqu'à présent, Iliescu a résisté à la tentation de jouer la carte de la réunification avec la Moldavie, ceci pour plusieurs raisons. Tout d'abord, la majorité, en
Moldavie, est favorable à l'indépendance plutôt qu'à l'unification avec la Roumanie.
BLIESCU TRI
Ensuite - C est un argument d loppé par les nationalistes roumains - parce que si la Moldavie quittait la Communauté des Etat indépendants (CEI) pour rejoindre la Roumanie, cela constituerait un précédent pour que la Transylvanie quitte la Roumanie pour la Hongrie. Enfin, et c'est une raison de poids, la Russie est pour la Roumanie un allié économique et stratégique vital. Une variante possible serait une partition de la Moldavie, la partie occidentale allant à la Roumanie et la République du Transdniestr devenant indépendante.
Hormis son manque de soutien populaire, l'opposition "démocratique" en Roumanie ne peut pas compter sur le même niveau de soutien politique et matériel occidental que certaines de ses homologues dans d'autres pays d'Europe de l'Est. Aux yeux des capitales de l'Ouest, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et la Pologne forment un premier groupe qui peut être amené dans l'orbite "européenne". La Russie mérite de l'attention à cause de son importance stratégique. Les autres pays devront se prendre en charge.
Après la consternation de rigueur — motivée par des considérants idéologiques — l'administration des Etats-Unis a déjà annoncé sa volonté de lever les restrictions commerciales contre la Roumanie.
La politique en Roumanie, dans un futur proche, va être focalisée de façon croissante sur la question transylvanienne. Les efforts pour briser la poussée nationaliste ne seront efficaces que s'ils répondent aussi aux soucis économiques qui ont favorisé l'élection d'Iliescu.
Les protestations syndicales contre les implications économiques de l'économie de guerre" actuellement appliquée peuvent jouer un rôle crucial dans la formation d'une nouvelle opposition. Les syndicats roumains, déjà très affaibliss, sont apparemment divisés sur le soutien à Iliescu, à l'opposition ou sur la création d'un parti du travail indépendant. *
3 octobre 1992
1) Adevarul du 4 novembre 1991, cité par Radio Free Europe. le 10 janvier 1992.