Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

L'"ennemi public numéro un"

· Inprecor n° 361, 23 octobre 1992 · p. 28 · 974 mots

Pologne Syndicalisme

JOZEF PINIOR fut longtemps considéré comme l'"ennemi public numéro un" par le régime du général Jaruzelski. Trésorier de Solidarité de la région de Basse-Silésie, il prit l'initiative, à la veille du coup d'Etat du 13 décembre 1981, de vider le compte en banque du syndicat et de mettre en lieu sûr un trésor du guerre qui permit à Solidarité de se réorganiser dans la clandestinité. Il fut président de la direction régionale clandestine du syndicat et, de 1982 à 1987, membre de sa direction nationale. En mars 1990. lors du second congrès de Solidarité de sa région, il présenta un rapport détaillé sur les finances du syndicat durant la période clandestine et remis le reliquat — 50 000 dollars.

Son engagement lui valut plusieurs condamnations, sous des prétextes de droit commun. Accusé par le régime de "vol" de l'argent syndical, il vécut huit ans sous la menace continuelle de saisie de ses biens et salaires.

En mai 1988, alors qu'une nouvelle vague de grèves démarrait pour la légalisation de Solidarité, Jozef Pinior et ses camarades organisèrent un meeting à l'usine Dolmel de Wroclaw. Les policiers intervinrent et finirent par embarquer les orateurs. Pinior resta en garde à vue durant cinq mois, puis fut condamné, en octobre 1988, à un an de prison avec sursis et à une amende équivalente à la durée de l'emprisonnement déjà effectué.

La chasse aux sorcières

Trois ans plus tard, après d'infructueuses recherches de travail, son casier judiciaire lui fermant toutes les portes, Jozef Pinior saisit le ministère de la Justice pour réclamer une révision extraordinaire de ses nombreux procès. D'autre militants de Solidarité avaient pu obtenir une telle réhabilitation, certains recevant même de fabuleuses compensations financières. Pinior, lui, ne réclame pas de l'argent, mais seulement un casier judiciaire vierge.

Mais c'est encore trop pour le ministre de la Justice, Zbigniew Dyka, de la très réactionnaire Union catholique nationale

POLOGNE

Kafka est de retour en Pologne. Un des dirigeants historiques de Solidarité, Jozef Pinior, s'est vu refuser par le ministère de la Justice le droit de révision du procès en vertu duquel il fut condamné à la suite de grèves de 1988 pour la légalisation de Solidarité. Juriste de formation, considéré comme un condamné pénal, il fait ainsi l'objet d'une véritable interdiction professionnelle.

Jan MALEWSKI

(ZChN), qui a répondu à Pinior qu'il « n'y avait pas lieu de prendre en considération la demande et d'intercéder une révision extraordinaire dans cette affaire ». La relecture de l'acte d'accusation (fomentée par l'ancien régime) par le nouveau ministre mérite d'être citée : « Il en ressort de manière univoque que l'accusé J. Pinior a refusé de quitter l'enceinte de l'entreprise, où il se trouvait sans l'accord de la direction, et qu'il a opposé une résistance active aux fonctionnaires de la Garde industrielle et de

ORMO qui sont intervenus. A la suite de l'échauffourée et de coups de pieds de l'accusé, K. Woznica a subi un gonflement et un bleuissement de la main droite, l'empêchant de s'en servir durant une période pouvant atteindre sept jours. (...) De même, il n'est pas possible de mettre en cause le jugement accusant J. Pinior d'avoir employé des termes insultants envers des personnes qui ont procédé à son arrestation et l'ont convoyé. »

Outre l'incroyable acharnement contre un dirigeant syndical, ce qu'on appelle déjà en Pologne l'"affaire Pinior" dévoile des velléités de mettre en cause le droit de grève.

Vingt-huit commissions syndicales de

Solidarité des plus grandes entreprises de

Wroclaw, la commission femmes de

Solidarité de Basse-Silésie et le Comité de la jeunesse alternative ont été les premiers a protester (1), suivis par tous les députés de

Wroclaw de l'Union démocratique (2). Les députés de la Social-Démocratie (SDRP — issue de l'ancien Parti communiste) ont également élevé la voix, et l'un d'eux, Marek

Mazurkiewicz, a expliqué à propos des charges retenues contre Pinior : « La loi pénale avait été, dans ce cas, employée de manière instrumentale pour isoler en prison un représentant de l'opposition démocratique de gauche dangereux pour les autorités de l'époque » (3). Comparant le cas Pinior au cas Walesa (ce dernier s'engagea également dans la grève de mai 1988), l'hebdomadaire Nie écrit : « La seule différence, c'est que Walesa a un travail, les autres grévistes sont également bien situés, en majorité sur des fauteuils de dignitaires, et Pinior non, car il est resté un militant ouvrier de gauche. (...)

Jozef Pinior doit rester un homme marqué, condamné pour une activité qui donne à d'autres le titre pour gouverner l'Etat. » (4).

Ce qui est paradoxal, c'est de lire ces phrases dans le journal de l'ancien porte-parole du général Jaruzelski, alors que c'est un gouvernement issu de Solidarité qui s'acharne

* contre Pinior.

20 octobre 1992

1) Selon Gazeta Wyborcza (quotidien dirigé par Adam

Michnik) du 29 septembre 1992 qui commente l'affaire sous le titre: "Un tribunal de la République de Pologne légalise la condamnation du dirigeant de Solidarité clandestin — Pinior toujours hors la loi"*

2) Dont est issue l'actuelle Premier ministre, Hanna Suchocka.

3) Texte de l'interpellation à la Diète le 3 octobre 1992

4) Nie, n° 39 du 24 septembre 1992

SOLIDARITE !

a décision inique du ministre pol

_nais de la Justice doit souleve l'indignation de tous ceux qui n'accep tent pas de voir bafoués la justice et les droits de l'homme, comme le droit de grève

Pour protester, il faut écrire à :

Zbigniew Dyka, ministre de la Justice,

Ministerstwo Sprawiedliwosci, Al.

Ujazdowskie 11, 00-950 Warszawa, Skr.

poczt. 33, Pologne.

Copie à : Jozef

Pinior, c/o

Pracowniczy Fundusz Przemyslowy,

Rekodzielnicza 16, 50-991 Wroclaw,

Skr. Poczt. 1442, Pologne.

Jozef Pinior et ses camarades doivent également pouvoir faire face à d'exorbitants frais de justice pour obtenir une réhabilitation totale.

Envoyez le soutien financier par transfert bancaire à :

Jozef Pinior, Bank Zachodni,

Wroclaw, Pologne, compte n° 389206

01020386-017879-152-1.*

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