La presse dominicaine fait état de la remise par l'ambassadeur US à Santo Domingo de 214 véhicules tactiques à l'armée dominicaine, pratiquement neufs (stocks de réserve venant de Porto-Rico, Allemagne, Luxembourg) destinés officiellement à la lutte antidrogue. Or, ce ne sont pas des véhicules de guerre qui peuvent enrayer le passage de la drogue et il n'y a ici aucune "narco-guerilla".
De plus, tout le monde sait que certains réseaux sont protégés de très haut, notamment par les généraux dominicains liés aux généraux haitiens. Dans ces conditions, ne s'agit-il pas d'un plan de renforcement de la capacité de mobilité et d'action pour une autre mission ? Laquelle ?
Certes, le Conseil électoral dominicain est désavoué par toute l'opposition qui dénonce les fraudes en préparation pour mai 1994 et le risque d'impasse et d'"aventure". Mais il pourrait y avoir une échéance plus immédiate et plus importante : une explosion sociale et politique en Haïti.
Le vice-ministre dominicain des Affaires étrangères Fabio Herrera Cabral a d'ailleurs fait allusion à cette échéance le 13 de ce mois. Après avoir tenté de justifier le commerce plus que jamais florissant avec Haïti par des nécessités "humanitaires", il a ajouté une autre justification : « l'autorisation de ce commerce a empêché que se développe en Haïti une explosion sociale incontrôlable ».
Le viol des résolutions d'embargo de l'OEA, qu'il a pourtant toutes votées, ne peut être plus clair. A noter de plus que l'armée américaine est déjà présente en République dominicaine où elle participe à divers travaux : elle vient de construire un pont à Bani, s'apprête à moderniser la base des forces aériennes de Puerto Plata (à 150 km de vol de la ville haïtienne du Cap) et à construire un centre médical dans cette même ville de Puerto Plata. L'année dernière la marine de guerre américaine a signé un accord de coopération avec la marine US.
Quant à la France, elle continue à former des pilotes de guerre des Forces aériennes dominicaines. C'est cette même force aérienne qui a pilonné les quartiers populaires de Santo Domingo lors de la révolution de 1965, y faisant des milliers de morts. •