La conférence de Rio de 1992 a consacré la place décisive des problèmes écologiques. Non bien sûr qu'une quelconque solution ait été apportée à ces derniers; le déroulement de la Conférence a confirmé ce que tout observateur attentif savait déjà : les intérêts des puissances occidentales, ceux des Etats-Unis en particulier, empêchent toute prise en compte autre que démagogique et sans lendemain de questions peut-être décisives pour l'avenir de l'ensemble de l'humanité. Mais l'existence même de la Conférence est un signe d'une prise de conscience mondiale qu'on ne doit pas sous-estimer. Sami JOSHUA
La gauche socialiste révolutionnaire, avec quelque retard sans doute, a de son côté entamé une réflexion théorique et programmatique qui doit la conduire non seulement à "tenir compte" de l'écologie, mais aussi à renouveler ses conceptions traditionnelles. Ce processus n'en est qu'à ses débuts, mais déjà une question se pose à elle, celle de l'existence, parfois ancienne dans l'occident capitaliste, de mouvements qui prétendent fonder, à partir de l'écologie, une vision politique globale, conduisant à une critique sociale parfois radicale. D'où la question qu'aborde ce texte : quelles sont les bases possibles d'une alliance programmatique avec ces courants tels qu'ils sont ? Est-elle possible ? A quelles conditions ?
Il n'est que trop clair que l'approche en termes de "base sociale" n'est pas celle que je retiens. Je m'intéresse ici uniquement aux programmes et aux pratiques de ces derniers pour aborder la question. En ce sens, il est déjà entendu que je ne m'adresse qu'à une partie de l'écologie qualifiée ici de démocratique, pour aller à l'essentiel ; le terme de "gauche" serait plus compréhensible dans nos rangs, mais n'est guère utilisable tel quel pour distin-
ECOLOGIE guer entre les tendances écologistes. Cette restriction est déjà d'ailleurs une des conditions d'une alliance stratégique : tant que des écologistes "démocratiques" se vivront comme plus proches de certains éco-fascistes que des marxistes, rien ne sera possible.
Supposons tout de même que ce partage ait lieu, au moins sur le plan programmatique. Comment concevoir une alliance ?
Notre part du chemin
Il existe dans le domaine de la réflexion sur les rapports humains avec la nature deux grands courants traditionnels : les déterministes, qui considèrent que l'environnement écologique détermine pour l'essentiel ce que l'homme peut faire de la nature, et les possibilistes qui ne voient aucune limite a priori. Les premiers ont eu historiquement tort, puisque le développement des derniers siècles a montré, que cet environnement pouvait être réellement bouleversé. Cependant, ce déterminisme peut être récupéré sur un mode idéologique : la modification s'étant révélée réelle, la transgression d'un tabou majeur se payera, le drame est à venir. On ne touche pas impunément à l'équilibre naturel ! Après tout, le Docteur Frankenstein a effectivement transmis la vie à sa pauvre créature : mais pour quels malheurs ! Sur cette base idéologique, pas d'alliance possible ; elle permet le développement de toutes les tendances passéistes, et, comme mythe, n'en déplaise aux nouveaux amoureux du romantisme, elle est surtout paralysante quand à la possibilité d'imaginer et de construire des solutions neuves pour l'humanité — c'est-à-dire touchant à nouveau aux rapports de l'homme avec la nature. Il ne fait pas de doute que les marxistes, malgré tel ou tel garde-fou, ont en général versé du côté du possibilisme.
Le cadre en est une survalorisation des données sociales dans la délimitation des rapports possibles avec la nature. Seul un mode de production donné, le capitalisme, empêcherait un développement impétueux des forces productives, dans lequel la manipulation de la nature n'est qu'affaire de volonté, de rupture idéologique. Sous sa forme extrême, c'est Lyssenko, ce "biologiste" qui prétendait s'émanciper des lois de l'hérédité mendélienne, celles-ci étant par nature "bourgeoises". Mais même Engels y cède plus d'une fois, en
particulier dans la La Dialectique de la Nature où il décrit des "lois de la dialectique" à partir desquelles il juge du bien fondé de telle ou telle hypothèse scienti-
Ce type d'appréhension marque toute la littérature marxiste, plus spécialement quand sont évoquées des limites possibles à la toute puissance humaine dans le domaine du vivant. On peut s'interroger d'ailleurs sur le fait que la reconnaissance de contraintes physico-chimiques est d'emblée admise par tout le monde, mais pas celles de nature géologique ou surtout biologique. "Tous les corps s'attirent en raison directe de leur masse, et en raison inverse du carré de leur distance" : qui la reconnaissance de cette "loi d'airain" empêche-t-elle de dormir?
Et bien il convient désormais d'admettre que des contraintes du même type existent dans les relations avec la nature prise dans son approche écologique, (écosystèmes, biocénoses et biotopes). C'est une limitation supplémentaire de principe à la toute puissance humaine sur laquelle on peut aisément s'entendre (1).
Dominer la domination
Mais pas au nom d'un introuvable équilibre naturel. Sur la plus grande partie de la planète désormais, le paysage, les espèces végétales et animales dépendent très directement de l'activité humaine. Ce processus déjà ancien n'a fait évidemment que s'accélérer. Ce qui fait de "l'équilibre naturel" un référent introuvable, à moins d'inclure d'une manière intrinsèque l'activité transformatrice de l'homme dans la définition éventuelle de cet équilibre. C'est, me semble-t-il le seul cadre raisonnable où poursuivre la réflexion sur les problèmes écologiques.
Reconnaître une contrainte ne veut pas dire s'en accommoder ; c'est en revanche la condition sine qua non de la possibilité de la dominer. De la loi newtonienne de l'attraction des corps (tous les corps s'attirent en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leur distance), il s'en suit que tous les corps tombent vers la terre. Mais il ne s'en suit pas que l'on ne puisse pas voler, et même si l'on n'est pas un oiseau. Imaginer le faire comme Icare, ou Léonard de Vinci, c'est échouer à coup sûr.
Ce n'est qu'en ayant l'humilité de reconnaître d'abord que je ne peux que tomber que j'ai des chances d'inventer l'avion, lequel "tombe" aussi, mais supplée à cette chute en permanence. L'alchimie ne peut rien, que se nourrir de faux espoirs, dans sa recherche de la pierre philosophale qui devait transformer le plomb vil en or pur. La reconnaissance de la contrainte imposée par la nature, et énoncée par Lavoisier (« rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ») permet au contraire la naissance de la chimie. Dans une conception non positiviste de la science, les contraintes mises à jour par l'écologie sont exactement de la même nature que celles touchant aux sciences plus anciennes ; il n'y a pas de raisons particulières de leur réserver une place différente, sauf à reprendre la vieille hiérarchie des sciences d'Auguste Comte, avec la physique trônant au sommet, mais en renversant pour l'occasion l'impact idéologique de la classification (la physique du côté de la technique et du mal, l'écologie du côté du naturel et du bien).
Bien entendu, les objets traités par l'écologie sont des objets structurellement complexes. Les facteurs minimums à prendre compte pour produire un modèle pertinent dans le cas d'une étude écologique d'un système même fort simple sont tout de suite en nombre important, et le cadre théorique abstrait qui a fini par s'imposer en écologie est celui de la systémique, soit l'étude des objets complexes en évolution dynamique du fait de l'interrelation de leurs parties constitutives et des relations entretenues avec les autres systèmes. La plupart des systèmes de ce genre évoluent vers leur destruction. Certains évoluent vers un état d'équilibre, autrement dit, se survivent comme système identique (plus ou moins) à lui-même pendant un temps jugé suffisant dans le cadre du modèle choisi.
Prévoir par le chaos ?
La physique sait depuis longtemps prévoir a priori des cas d'une telle évolution. Elle essaie de prévoir, avec de plus en plus de succès, grâce aux théories du chaos, des situations en quelque sorte intermédiaires entre les deux cas extrêmes esquissés ci-dessus. De son côté, malgré les fulgurants progrès de l'écologie théorique, l'écologie est pour l'instant surtout fiable quand elle travaille a posteriori (un système qui dure longtemps a de bonnes raisons d'être en équilibre, et on va expliquer pourquoi, comme on va chercher, souvent avec succès, les raisons d'un déséquilibre soudain), et les mêmes théories du chaos inclinent plutôt au pessimisme quant à la pertinence des modèles prospectifs globaux et à moyen terme.
Mais la science bouge vite et cela aussi peut changer. Finalement, s'il est vrai que les résultats de l'approche écologique bouleversent le contenu de ce que l'on peut entendre par "domination de la nature" ; mais comme le fait toute révolution scientifique. En aucun cas, ils ne remettent en cause la spécificité de l'activité humaine qui est principalement de se soumettre la nature, de la faire fonctionner à son profit (ce qui suppose, on l'a vu, d'en déterminer les contraintes), bref, de la dominer. Admettre l'importance majeure des effets de la révolution capitaliste ne conduit-il pas à reconnaître qu'aucun retour en arrière n'est possible ? En dehors donc de la recherche d'un mythique équilibre naturel, la plupart des mouvements de l'écologie politique ne prêchent-ils pas pour "d'autres rapports avec la nature", "un éco-développement" ? Or un "éco-développement", c'est un développement quand même, c'est-à-dire une maîtrise accentuée, et non pas diminuée, sur la nature.
Si cela est, ne pourrait-on se passer de quelques facilités démagogiques, qui font tilt dans le grand public, mais n'ont pas d'assises autres qu'idéologiques ? Un des trois "principes" dont certains ont affublé l'écologie propose la "solidarité inter-espèces" . Nul ne conteste que la disparition d'une espèce animale ou végétale soit irréversible, entravant gravement l'utilisation future de la diversité génétique. Au point que les américains comptent bien "protéger" ces espèces à leur manière, c'est-à-dire en préservant d'un côté un accès totalement libre à toutes les souches dans le monde entier, tout en soumettant de l'autre la conservation à brevet. Mais s'en suit-il qu'il faille imaginer une solidarité au sens plein de ce terme ? D'où vient ce "principe" sinon de la référence toujours mythique à un "équilibre" introuvable ? Il est facile d'obtenir la une des médias avec la défense des baleines, de l'ours des Pyrénées et de l'éléphant d'Afrique. Mais en quoi serions-nous "solidaires" des insectes ravageurs ? L'objet même de l'agriculture "biologique" n'est-elle pas de modifier l'équilibre entre espèces au détriment de celles considérées comme nuisibles ? Belle "solidarité" pour les espèces éliminées !
Gare à l'angélisme !
C'est l'écologie elle-même qui devrait nous garder de l'angélisme sur cette question. L'équilibre d'un écosystème y apprend-on est le produit d'une lutte entre espèces aussi souvent que d'une coopération entre elles, bien loin d'une toute anthropomorphique solidarité. La partie rationnelle du bien-pensant "principe" de la solidarité inter-espèces tient en ceci que, contrairement à la croyance qui a sous-
1) Biocénose : Association d'animaux et de végétaux qui vivent en équilibre dans un milieu biologique donné Biotope : milieu biologique déterminé offrant à une population animale et végétale bien déterminée des conditions d'habitat relativement stable
tendu des pratiques millénaires, l'intervention en un point d'un écosystème a un effet sur l'ensemble de la chaîne, et donc, un coût potentiel. Il s'en suit un brutal rappel aux réalités en ceci que non seulement il faut évaluer, si on le peut, ce coût, mais qu'il faut abandonner l'idée d'une solution définitive, même à des problèmes apparemment bien maîtrisés. A l'exemple de l'apparition du phénomène de la résistance aux insecticides et aux antibiotiques, la presse écologiste est pleine de ces mises en garde. Salutaire rappel à l'ordre. Mais par quelle contrebande ceci se traduit-il par un principe général de non-intervention ? Par le détour idéologique de "l'équilibre naturel". Encore et tou-
« Etre radical, c'est prendre les choses à la racine ; or, pour l'homme, la racine, c'est l'homme lui-même ». Cette citation du "Jeune Marx", celui des
Manuscrits, tout pétri d'idéalisme, a du bon, me semble-t-il.
Quel autre référence que l'intérêt de l'humanité pour se guider dans des choix toujours difficiles ? Mais, sous cette forme, avec les bémols nécessaires, cette référence est-elle vraiment inacceptable pour tous les écologistes ?
Rejeter le productivisme
Admettons donc qu'un accord puisse être trouvé sur la base d'une intervention raisonnée sur la nature. Encore faut-il lui donner un contenu. Comment juger de la "raison" en la matière ? Par la science, lit-on chez trop d'écologistes. Mais aussi chez les signataires du manifeste "anti-écologiste" de
Heidelberg (2). Dans ce dernier, une constellation de prix Nobel est venue mettre en garde contre les "choix irrationnels" imposés par les écologistes et réclamer "qu'on tienne compte de la science".
C'est-à-dire leur science à eux, la seule vraie, tout le monde l'aura compris, et non celle de ces petits barons qui se poussent du col, font leur beurre de prévisions alarmistes et grugent leur monde par médias ignorants interposés.
Or, il faut à tout prix s'en persuader :
la science ne permet pas de trancher dans beaucoup de cas considérés pourtant comme cruciaux. La politique doit reprendre ses droits, et conduire à des choix quant à l'avenir que nous voulons pour l'humanité. Seule la projection dans l'avenir, avec une gestion risquée, aléatoire, des choix nouveaux (et toujours renouvelés) qui seront à faire ouvre en fait des perspectives réalistes.
Les écologistes affirment que la mise en coupe réglée de la planète, ies taux de croissance de la production des biens matériels, les taux de croissance de la population elle-même nous conduiront à l'implosion. Bien qu'on ne puisse savoir avec certitude s'ils ont raison sur tel ou tel point, on peut en effet être impressionnés non par la comparaison statique des chiffres de progression, mais par le rythme de celle-ci. L'Afrique pourrait abstraitement vivre avec une densité de population proche de celle de la Hollande, mais on ne voit pas par quel miracle elle pourrait, à échelle prévisible et quelque soit le régime social en place, supporter à temps l'augmentation de sa population.
Pour les écologistes, combattre cette évolution, c'est aussi combattre l'idéologie productiviste pour qui l'accroissement des biens matériels est un bienfait en soi, indépendamment du contenu qualitatif de cette production. L'appel des écologistes doit être entendu comme une volonté de changer en partie les bases du calcul économique, en intégrant les coûts lointains et indirects de la production, tout en engageant un débat multidimensionnel sur les choix d'orientation de celle-ci. Qu'importe après tout si certains d'entre eux estiment avoir déjà tranché l'essentiel de ce débat
(entre autres, sur la façon d'assurer une progression massive des capacités productives dans les pays dominés de la planète) :
cette exigence générale rencontre absolument la nôtre.
Pour moi, l'abandon du productivisme ne tient pas seulement à des questions écologiques. Il me semble que c'est aussi une condition nécessaire au communisme lui-même : la construction de ce dernier est autant liée à l'accroissement de la maîtrise populaire sur le procès de travail qu'à la diminution relative de la sphère du travail contraint.
En ce sens, le productivisme comme idéologie est effectivement incompatible avec l'avancée vers l'extinction de la division sociale du travail (or, sans cela, pas de communisme), et avec la maîtrise démocratique des choix sociaux. Je ne reprends pas cela ici, mais il est clair que je suis d'autant plus à l'aise pour juger possible d'accepter l'abandon du productivisme, que ça me paraît aussi une condition majeure du succès du communisme.
Nouveau débat sur la démocratie
Puisque l'on touche par là à la réflexion sur les conditions du pouvoir populaire, on peut aussi rencontrer par une autre voie les préoccupations écologistes. Par le biais de la "défense de l'environnement", s'ouvre tout un champ nouveau d'interrogations sur le fonctionnement et les conditions de la démo-
2) L'appel de Heidelberg, signé par des scientifiques et quelques autres personnalités, s'attaque « à l'émergence d'une idéologie irrationnelle qui s'oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement économique et social ». Plaidant pour une écologie scientifique, l'appel dénonce les a priori d'un "état de nature idéalisé". « Notre intention, disent les signataires, est d'affirmer la responsabilité et les devoirs de la science envers la société dans son ensemble. Les plus grands maux qui menacent notre planète sont l'ignorance et l'oppression et non pas la science, la technologie et dont les instruments, dans la mesure où ils sont gérés de façon adéquate, sont des outils indispensables qui permettront à l'humanité de venir à bout, par elle-même et pour elle-même, de fléaux tels que la surpopulation, la faim et les épidémies », Le Monde, 3 juin 1992.
cratie. Il s'agit en fait des conditions de compatibilité entre la réalisation d'exigences démocratiques locales (voilà comment, moi, je désire vivre) et la matérialisation du fonctionnement de la démocratie à l'échelon central. Souvent les écologistes présentent faussement ces rapports comme étant sans contradiction par nature, "l'environnement" souhaitable pour l'un étant aussi celui que souhaite l'autre. Il n'en est rien. On doit d'ailleurs à la vérité de dire que ce problème est aussi très sousestimé dans nos rangs, cette fois-ci par une candeur certaine sur l'abord de ces questions et l'universalisme un peu raide qui imprègne notre réflexion culturelle.
Ici, plus que de positions convergentes, c'est un espace de débat commun qui peut s'ouvrir avec l'écologie politique, au plus grand profit des deux
Si tout ceci pouvait trouver un prolongement dans une lutte commune contre le capitalisme en tant que système social, ce ne serait plus d'alliance mais de fusion qu'il faudrait parler. On n'en est pas là. Peut-être pour de simples raisons conjoncturelles, notre retard dans le renouvellement du marxisme sur ces questions d'un côté, mais surtout la crise de la perspective socialiste ayant séparé momentanément des voies cousines.
Contre le tout marché pour des raisons théoriques de fond. Dans la presse écologique, on ne voit guère d'alternative aux rapports sociaux globaux du capitalisme. Les plus systématisées "à gauche", admettent souvent ouvertement ces rapports comme incontournables, au moins pour toute une époque historique. Si bien qu'il n'est pas impossible d'imaginer une sorte de "compromis historique" entre la vision écologique et des capitalistes "modernes" qui accepteraient globalement la contrainte écologique. Cela reviendrait à faire rentrer cette contrainte dans le cadre plus général de la marchandisation, et donc à faire de l'écologie elle-même un nouveau marché. On en vit des signes tous les jours, depuis l'écologie comme argument de vente, jusqu'à l'industrie de dépollution, celle de la gestion des eaux, des déchets, etc. Il est donc absurde de poser comme principe que le capitalisme ne peut, par nature, faire face aux contraintes écologiques. Il le fait à sa manière, c'est entendu, ne s'occupant que de la demande solvable, et donc presque uniquement de la sphère "développée" du monde. Mais il le fait, et de plus en plus. Ce faisant, il a potentiellement les mêmes capacités, et les mêmes limites, que dans d'autres domaines ; c'est
Cependant, sur certaines de ces questions, ses limites traditionnelles — liées à l'incapacité de dépasser durablement un point de vue local, immédiat, dominé par la recherche du profit — ne peuvent-elles heurter des exigences écologiques de portée mondiale et de moyen terme ? Certainement, mais c'est déjà le cas pour une pléiade d'autres domaines, dont le domaine économique "classique".
En conséquence, si les problèmes à résoudre se modifient, ceux de nature écologique s'ajoutant aux autres, l'incapacité — ou la capacité limitée — du capitalisme à y faire face s'enracine toujours dans ses principes de fonctionnement majeurs. Si on estime que l'urgence des problèmes écologiques à résoudre à l'échelle mondiale rend vital le fait de dépasser cette incapacité constitutive, cela devrait conduire à renforcer encore la lutte contre un système qui empêche, structurellement, de rechercher et de mettre en œuvre des solutions à ce niveau.
Sauf exceptions, parfois notables, on ne trouve pas dans la presse des écologistes politiques une option aussi nette.
Cela dit, dans les mêmes documents, la critique du profit immédiat, de la toute puissance de la marchandise, de la dictature du marché sont partout.
Incohérence pour les uns...
Ce qui apparaît comme une incohérence théorique pour nous ne semble pas l'être pour eux. Voilà donc déjà un terrain de débat. Mais aussi un réel terrain d'alliances. Dans chaque choix à effectuer, depuis celui de l'aménagement d'une piste de ski jusqu'à celui de la politique démographique, en passant par celui entre le train et l'auto, se laisse t-on guider d'abord par la "rentabilité économique" (le profit capitaliste), ou mettons-nous en avant d'autres
Evidemment, la lutte contre les rapports sociaux capitalistes, et non seulement leurs conséquences, même majeures, est liée à d'autres options théoriques stratégiques, exemple la construction de l'unité et de l'indépendance de classe. Elles ne peuvent sans doute pas être l'immédiat, ceci tenant aussi à la faiblesse des perspectives de classe elles-mêmes. Mais la plage de recouvrement des préoccupations est déjà notable en l'état.
En définitive le débat
Hakeu."
sur les bases d'une alliance possible avec l'écologie politique se révèle donc utile et efficace. Utile en ceci qu'elle devrait conduire à reconsidérer toute une partie de l'approche marxiste.
Intéressante car, au delà des rejets sectaires comme des importations frauduleuses, elle permet de dégager de véritables bases d'alliance durables, lesquelles devraient bien finir par avoir leur traduction dans la pratique sociale quotidienne. Mais cela est
Mars 1993