La 8 ème conférence nationale du Parti des travailleurs (PT), qui s'est tenue du 11 au 13 juin, a confirmé l'ascendant des positions de gauche au sein du parti, ainsi qu'une unité plus affirmée de ses militants, deux aspects importants quand on sait que la presse brésilienne et internationale prévoyait des résultats fort différents. Alfonso MORO
Yes conclusions de la confé-
L
rence, qui ratifient une orientation explicitement classiste, démocratique et populaire pour le parti, et un accord sur des luttes pour des réformes à caractère antimonopoles, anti-impérialiste et contre les grands propriétaires terriens, sont à mettre à l'actif de l'expérience accumulée depuis le ler congrès du parti en décembre 1991, ainsi que de l'arsenal programmatique élaboré, non sans conflits et tensions, en 14 ans d'existence.
Entre ce congrès et la 8 ème conférence, le Brésil a vu se succéder la chute de Collor, les élections municipales et fédérales fin 92, l'accentuation de la crise et économique du gouvernement Itamar, et des personnes comme l'ex-maire de São Paulo, Luiza Erundina ont décidé de participer à la nouvelle administration fédérale, avec l'idée d'aller de l'avant par les alliances de "centre-gauche" proposées par les secteurs les plus conservateurs du parti.
Entre cette toile de fond et la perspective des élections de 1994, les travaux de la rencontre, comme la discussion préparatoire qui l'a précédée, se devaient de tirer le bilan de la ligne du parti, de trouver des alternatives aux impasses de la direction et de progresser dans le sens d'une stratégie qui pourrait éventuellement mener le PT au gouvernement. L'option adoptée à la majorité des 518 délégués, qui se regroupent derrière la thèse "Une
BRESIL option de gauche" (fruit d'une fusion de quatre thèses initiales : celle de l'Articulation-Heure de vérité, celle de Démocratie socialiste, celle du responsable de la fraction parlementaire à la chambre des députés, Vladimir Pereira et celle de Versant socialiste) synthétise les aspirations de la base pétiste à consolider un projet permettant au parti de conquérir l'hégémonie sociale et politique dans la population.
Cet objectif implique de préciser très précisément la politique d'alliances, le type de mobilisations sociales à impulser dès aujourd'hui, le rôle du parti et surtout le schéma de gouvernement qu'on se propose de diriger. A ce sujet, il faut se souvenir que le premier congrès du PT avait déjà adopté une ligne politique favorisant la gauche du parti, mais alors, les forces coincidant avec cette orientation n'avaient pas la force nécessaire pour la répercuter à l'extérieur. Aujourd'hui, non seulement la pratique de la dernière année et demie sert à confirmer le bien-fondé de ces positions, mais les changements dans la direction nationale du parti, qui reflète maintenant davantage les rapports de forces réels entre courants, permettent de supposer que beaucoup de tensions et de contradictions accumulées seront dépassées.
Ce sont tous ces aspects, aux multiples traductions en termes stratégiques, qui étaient à l'ordre du jour de la 8 ème conférence, et c'est pourquoi la gauche latinoaméricaine tenait à en connaître le dénouement, lequel n'a par contre suscité que de brefs commentaires dans la presse française qui a écrit : « Pour la première fois dans l'histoire du parti fondé en 1979, les groupes radicaux de gauche ont gagné 30 des 82 sièges à la direction du parti, contre 24 pour la tendance modérée de Lula » (Le Monde, 16 juin 1993). *
23 Juin 1993