Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Vers la recomposition politique ?

· Inprecor n° 375, décembre 1993 · p. 7-10 · 3 862 mots

Pologne Femmes Économie mondiale Syndicalisme

Les élections du 19 septembre qui ont abouti à la formation du gouvernement de coalition entre le Parti populaire polonais (PSL) et l'Alliance de la gauche démocratique (SLD) ouvrent une phase de recomposition du champ politique polonais. Les partis de la droite tentent de se regrouper pour former un parti catholique conservateur et un autre bourgeois libéral. Au sein de la gauche, confrontée à la gestion gouvernementale, des fractures se dessinent. Mais surtout, c'est la fracture historique entre opposants et gérants du régime bureaucratique, que les électeurs ont jeté aux oubliettes, ouvrant ainsi la voie à des alliances croisées. Jan MALEWSKI

In comparaison avec la pré-

E

cédente échéance électorale, la SED et le PSL obtiennent deux fois plus de voix, alors que l'Union du travail (UP) triple ses voix. A l'inverse les partis engagés dans le gouvernement sortant qui ont fait du libéralisme économique leur étendard - le Congrès libéral démocrate (KLD) et le Parti populaire polonaisEntente populaire (PSL-PL) — voient leur électorat fondre comme neige au soleil. Si le principal parti libéral, l'Union démocratique (UD) parvient à stabiliser son électorat, il n'effectue pas la percée qu'il escomptait.

Ces élections sanctionnent également l'échec relatif de l'opération engagée cet été par le président Lech Walesa, qui avait tenté de regrouper au sein d'un Bloc des sans-parti en faveur des réformes (BBWR) (1) des syndicalistes de Solidarité, des patrons, des dirigeants paysans et des notables locaux : avec un peu plus de 5 % des suffrages exprimés, cette formation parvient tout juste à constituer un groupe parlementaire. Enfin la droite catholique (2), qui avait fait de l'épuration anti-

POLOGNE

Nous sommes venus vous initier aux lois du marché libre » communiste et de la cléricalisation de l'État ses chevaux de bataille, divisée en plusieurs petites listes, si elle maintient globalement ses voix, n'obtient pas de députés faute d'avoir pu franchir les seuils d'éligibilité (3).

Lorsqu'en juin 1989 lors d'élections partiellement libres, les Polonais ont massivement désavoué l'ancien régime et ainsi ouvert la voie à la formation du premier gouvernement issu de l'opposition antibureaucratique, il ne s'agissait pas seulement d'un vote contre la dictature. La chute de ce régime avait fait renaître l'espoir d'une nouvelle période de croissance, même si la majorité de la population admettait qu'il faille payer un prix pour "les années perdues" de la dictature et était donc prête à accepter l'austérité durant une période. Cet espoir avait un fondement historique : au cours des décennies passées, le régime bureaucratique avait modifié le partage du revenu national en faveur de la consommation lorsqu'il était ébranlé par les révoltes

1) Reprenant le sigle de l'ancienne organisation fondée par Jozef Pilsudski pour légitimer le régime bonapartiste issu du coup d'Etat de mai 1926, Lech Walesa a tenté de regrouper avec une phraséologie populiste et corporatiste diverses personnalités, dans le but de s'assurer une masse de mancuvre personnelle. La majorité des dirigeants d'une tendance "syndicaliste" de Solidarité, le Réseau des grandes entreprises ("Siec"), est entré en son sein, assurant à ce bloc une influence ouvriere non négligeable.

2) Représentée lors de ces élections par l'Entente du Centre (PC - formé lors d'une scission pro-Walesa des comités civiques en 1990, devenue depuis anti-Walesa) qui s'est allié avec d'autres petits groupes, le Rassemblement pour la République (RdR) de l'ancien Premier ministre Jan

I PRZYSZUSMY ZAZNAJOMIC PANA 2 PRAWANI WOLNEGO RYNKU populaires. Le nouveau régime a cruellement déçu ces espérances. Les élites politiques issues de Solidarité et gagnées à l'idéologie libérale aux cours des années 80 ont engagé le pays sur la voie de la restauration capitaliste avec la conviction que c'est non seulement l'absence de démocratie mais encore l'hypertrophie du système de protection sociale et le caractère rachitique du secteur privé qui étaient la source de la stagnation économique de l'ancien

Elles ont imposé cette explication idéologique et ont commencé à mesurer leurs succès à l'aune des privatisations réalisées, de l'enrichissement de la nouvelle bourgeoisie et de la réduction des revenus de la majorité de la population. Elles ont interprété le désarroi et la passivité politique de leur base sociale originelle - les travailleurs des grandes entreprises en premier lieu — comme une acceptation de leur politique, se sont ainsi auto-intoxiquées et ont été incapables de saisir que leur politique excédait la population. Olszewski qui s'est constitué en 1992 pour lutter en faveur de l'épuration, ainsi que par la Ligue catholique nationale (ZChN - formée en 1990 avec le soutien de l'épiscopat) qui a formé un bloc électoral avec divers petits groupes.

3) Le nouveau système électoral est une proportionnelle d'arrondissement matinée d'une correction nationale pour les vainqueurs. Il instaure des seuil minimaux d'éligibilité (5% pour les partis et 8 % pour les blocs électoraux) et favorise les partis ayant obtenu plus de 7 % des suffrages exprimés, qui prennent part à l'attribution des sièges de réservés aux listes nationales.

4) L'entretien avec Jan Litynski, devenu depuis un des dirigeants de rUD, publié dans inprecor n ° 256 du 28 décembre 1987 témoigne de cette évolution idéologique.

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« Les recherches que je mène - écrit le psychologue Janusz Reykowski — indiquent que les Polonais n'ont pas en général un sentiment de citoyenneté, qui implique qu'on se sente être un interlocuteur du pouvoir et qu'on ait l'impression de participer à sa formation. Le Polonais moyen (...) se sent seul face à une situation qui le dépasse. Alors il se révolte. (...) Les Polonais qui penchent à gauche ne sont ni socialistes ni communistes. (...) Les gens ont voté non pour le programme de la gauche, mais contre le pouvoir »(5). Pour l'historien Tomasz Nalecz, la victoire électorale de la gauche est « l'expression de la nostalgie pour les mots d'ordre et les idéaux d'août 1980 » et le résultat « de la déception de la société envers les élites politiques » (6). Les sondages effectués après les élections confirment ces appréciations. Selon l'institut OBOP, pour 54% des personnes interrogées, la gauche a gagné car les coûts des réformes étaient trop élevés (7). Pour 35 % des personnes interrogées par l'institut CBOS, la SLD est arrivée en tête aux élections car les gouvernements précédents ont délaissé les problèmes des gens simples (et seulement pour 20 % « parce que la vie était meilleure du temps du POUP ») (8).

Nouvel espoir

Le nouveau gouvernement est ainsi confronté à de fortes aspirations et sera jugé en fonction des effets de sa politique sur la vie quotidienne. 47 % des personnes interrogés par le CBOS espèrent ainsi que le nouveau gouvernement ralentira les privatisations, 35 % qu'il améliorera leurs conditions de vie, 32 % qu'il parviendra à diminuer le chômage. Selon un autre sondage près de 80 % des Polonais pensent que le nouveau gouvernement augmentera les salaires de la fonction publique ainsi que les pensions et les retraites (9). Ces aspirations ne sont pas utopiques, car dans l'histoire récente, la population a vécu des périodes où leur réalisation pratique semblait engager : au cours des années 70, le niveau de vie de la population dans son ensemble s'est accru rapidement de manière quasi continue et pendant la montée révolutionnaire de 1980-1981, les Polonais ont pu vivre une expérience réelle de démocratie sur leurs lieux de travail.

Elles sont pourtant de plus en plus contradictoires avec la nouvelle structure sociale, qui a été profondément transformée au cours des quatre dernières années. La société, à dominante salariale dans les villes et faiblement différenciée du point de vue des revenus jusqu'en 1989, a subi une différenciation accélérée. Le nombre d'emplois salariés, toutes catégories confondues, a ainsi été réduit de deux millions (11,4 %) en quatre ans, diminution particulièrement importante dans la grande industrie étatisée alors que la croissance des emplois a été réelle dans le secteur des services et dans les entreprises privées.

Le secteur privé emploie ainsi aujourd'hui 46 % de la main d'œuvre. En même temps, on a assisté à une hausse de 100 % en trois ans du nombre de ceux qui travaillent à leur propre compte. On compte actuellement 1,6 millions d'entrepreneurs privés, dont 15 % d'anciens nomenklaturistes. Le chômage touche 2,8 millions de personnes (15,4 % de la population active) et 40 % d'entre elles sont des chômeurs de longue durée. La structure sociale des campagnes a aussi été modifiée, en premier lieu par le début de la privatisation du secteur agricole étatique et coopératif, mais également par les premier signes d'une pénétration capitaliste de l'agriculture, rendue possible par la suppression du contrôle administratif sur les ventes de terres. On a vu ainsi apparaître à la campagne, selon Mikolaj Kozakiewicz « des gens qui exploitent des centaines d'hectares, qui sont engagés dans l'industrie et dans le commerce extérieur » (10).

Pourtant la modification rapide de la structure sociale n'a pas encore conduit à l'articulation d'intérêts politiques des nouvelles classes et couches sociales. Ainsi, à en croire l'institut de sondages INFAS qui a réalisé une enquête à la sortie des urnes, les votes de la nouvelle bourgeoisie se sont répartis de manière similaire à ceux de l'ensemble de la population, avec une légère inflexion en faveur des partis libéraux :17 % des entrepreneurs privés ont voté pour la SLD, 13 % pour PUD, 9 % pour le KLD et 8 % pour le BBWR(11).

Fractures politiques

La scène politique reste encore tributaire des fractures historiques tout en étant de plus en plus marquée par les débats actuels d'orientation politique et économique et leurs conséquences sociales. Les lignes de fractures ne manquent pas, tant en ce qui concerne la politique économique et sociale qu'en ce qui concerne les relations du nouvel État avec l'Église. Si les partis issus de la mouvance de Solidarité ont eu pendant quatre ans l'occasion de s'affronter sur des questions d'orientation des gouvernements successifs — affrontements qui ont conduit à un morcellement de cette mouvance - ceux qui plongent leurs racines dans l'ancien régime, confinés jusque là dans l'opposition, ont pu préserver leur unité de facade tout en connaissant un processus de différenciation interne.

Il en est ainsi de la social-démocratie et de son bloc parlementaire, la SLD. « Ce qui uni la SLD — écrit Adam Michnik — c'est la communauté biographique et l'opposition envers les purges anticommunistes. Le reste, ce sont des désaccords: des attitudes, de la mentalité, des opinions politiques et des intérêts.» (12). La socialdémocratie a été formée sur les décombres du POUP, à l'initiative d'une fraction intellectuelle de gauche, le "Mouvement du 8 juillet", qui voulait dissoudre le parti de l'ancien régime pour faire la place à une formation de la gauche moderne. Lors du dernier congrès du POUP cette minorité a fait alliance avec une aile de l'appareil du parti qui cherchait l'auto-préservation. Mais cet appareil lui même était hétérogè-

5) Gazeta Wyborcza n° 220 du 20 septembre 1993 Janusz Reykowski, professeur à l'Université de Varsovie est un des fondateurs de la SDRP

6) Ibid. Tomasz Nalecz, professeur à l'Université de Varsovie, fut un des fondateurs du Mouvement du 8 juillet, une fraction du POUP qui a entrepris sa dissolution en 1989. Dirigeant de la SDRP, il l'a quitté en considérant que ce parti ne parvenait pas à "couper le cordon ombilical" avec le POUP

7) Sondage effectué les 4-5 octobre 1993

8) Sondage réalisé entre le 24 et le 29 septembre1993

9) Sondage réalisé entre le 13 et le 20 octobre par SMG/KRC Poland

10) Gazeta Wyborcza n° 212 du 10 septembre 1993

11) Cité par dans Gazeta Wyborcza n° 227 du 28 septembre 1993.

12) Gazeta Wyborcza n° 213 du 11 et 12 septembre 1993

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ne. Pour une part, il tirait sa force des investissements faits par des membres de la nomenklatura (à titre personnel comme au profit du parti), pour une autre de son insertion dans le mouvement syndical et dans divers "fronts de masse" de l'ex-POUP. Si l'aile néo-libérale du parti est parvenue à s'imposer à la direction de la Social-démocratie et à dicter ses choix économiques, elle a dû composer avec l'appareil traditionnel. reconverti aujourd'hui dans la défense des opprimés et disposant de soutiens sérieux tant dans le mouvement syndical que dans le mouvement des femmes. La chasse aux sorcières anticommuniste, initiée l'an dernier par la droite, a resserré les rangs du parti.

Les divisions se maintiennent pourtant et ont déjà donné lieu à des esclandres entre ministres social-démocrates (13). La présence au sein du nouveau groupe parlementaire de la SLD de 61 députés du syndicat OPZZ ainsi que de quelques militants de groupes violemment opposés à l'option néo-libérale, tels les 3 députés du petit Parti socialiste polonais (PPS), permet aujourd'hui au courant anti-libéral de la SLD d'envisager son autonomie sans crainte de se voir marginalisé. Le vice-président de l'OPZZ a d'ailleurs laissé entendre que ses camarades pourraient même renverser son gouvernement si celui-ci devenait trop oublieux des promesses électorales. D'autre part, le courant libéral aspire de plus en plus à une alliance gouvernementale avec l'UD.

Aleksander Kwasniewski, chef du groupe parlementaire de la SLD et fer de lance de ce courant expliquait dans une récente interview : « L'Union [démocratique] serait un bon partenaire de gouvernement : avec ses spécialistes, son prestige à l'étranger et les médias amis. (...) Nous avons aujourd'hui un gouvernement avec le PSL, mais la SLD ne ferme jamais les portes sur son chemin. » (14). Déjà au printemps lors du vote de la loi sur le programme de privatisation généralisée (15) la SLD s'était divisée : 28 députés ont voté en faveur de la loi et 17 contre, les autres s'abstenant. Aujourd'hui il s'agit pour les ministres de la SLD d'en assurer l'application, alors que selon un récent sondage du CBOS, 61 % des salariés des entreprises publiques ne veulent pas que leur entreprise soit inclue dans le programme (16) et que les bases syndicales de l'OPZZ sont hostiles à la privatisation. L'autre parti de la coalition gouvernementale, le PSL, est également divisé. Pour son ancien vice-président Mikolaj Kozakiewicz, « le PSL est uni par son aspiration à gouverner, son sentiment du danger qui menace l'agriculture, son appréciation de la souveraineté limitée du pays qui capitule devant les diktats du FMI et de la Banque mondiale. Les différences viennent de la richesse de ses membres » (17). Ce parti fait aujourd'hui l'objet d'une offensive de charme de la hiérarchie catholique.

L'échec électoral des partis catholiques a en effet laissé un vide que tant l'épiscopat que la direction pragmatique du PSL cherchent aujourd'hui à combler. L'épiscopat a semble-t-il délégué Mgr Orszulik, qui fut longtemps son secrétaire et qui est un politicien expérimenté, pour suivre ce parti. L'annonce par Waldemar Pawlak, chef du PSL et nouveau premier ministre, de sa volonté de voir ratifier le concordat, est significative du rapprochement en cours.

Multiples chausse-trapes

Confrontés à la gestion gouvernementale le PSL aussi bien que la SLD ne pourront donc éviter de trancher les divergences qui cohabitent aujourd'hui en leur sein. Et le nouveau gouvernement ne manquera pas de chausse-trapes, tant sur le terrain économique que sur le terrain social et idéologique.Il hérite d'une situation économique délicate. Le budget de l'État est surendetté, avec une dette publique de 1 100 000 000 000 000 zlotys (soit environs 55 milliards de dollars au taux actuel), et le service de cette dette sera de l'ordre de 18 % du PNB au cours de l'année 1994. De plus, au cours de l'année 1993 est apparu un important déficit du commerce extérieur, atteignant en huit mois près de 2 milliards de dollars. La négociation en cours de la réduction de la dette extérieure est tributaire de la préservation des accords avec le FMI dont les exigences sont loin d'être purement éco-

13) Zycie Warszawy du 18 novembre 1993 rapporte ainsi un conflit entre le ministre duTravail Leszek Miller, qui voulait obtenir une revalorisation des retraites pour l'an prochain et le vice-premier ministre, ministre des Finances, Marek Borowski, opposé à toute remise en cause des accords avec le FMI, qui aurait demandé la tête de son camarade

14) Gazeta Wyborcza n ° 254 du 20 octobre 1993.

15) Ce programme prévoit la privatisation en bloc de 600 entreprises (pour le moment seulement 367 ont été désignés), ayant chacune un chiffre d'affaires supérieur à 10 millions de dollars et ayant réalisé un bénéfice net au cours des années précédentes. Les actions de ces entreprises seront distribués pour 15 % parmi les salariés et le reste sera versé à une vingtaine de fonds nationaux d'investissements, gérés par des banques ou des entreprises de management, qui émettront pour leurs part des parts accessibles à chaque Polonais, en échange d'un certificat d'investissement dont le coût ne devrait pas dépasser 10 % du salaire moyen. Il s'agit ainsi d'un mélange de privatisation et d'épargne quasi-forcée.

16) Gazeta Wyborcza n ° 231 du 2 et 3 octobre 1993.

17) Interview publié dans Gazeta Wyborcza n ° 212 du 10 septembre 1993.

18) Gazeta Wyborcza n ° 262 du 9 novembre 1993.

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nomiques (cf. tableau ci-contre).

Les marges de manœuvre du nouveau gouvernement en matière de politique économique et sociale seront donc singulièrement réduites tant qu'il ne se décide pas à remettre en cause les "réformes économiques" entamées il y a quatre ans. Mais comme l'a annoncé Waldemar Pawlak en présentant son gouvernement : « Le nouveau gouvernement ne se pose pas la question — continuer la politique économique précédente ou bien la rejeter ? Nous demandons par contre, à quel point et comment il est possible et nécessaire de l'améliorer » (18). Le second terrain miné, sur lequel la coalition gouvernementale aura beaucoup de mal à préserver son unité, est celui des rapports Église-État. L'Eglise avait réussi sous la précédente législature à faire imposer le "respect des valeurs chrétiennes" aux médias, le catéchisme dans les écoles, l'interdiction de l'avortement et la signature du concordat avec le Vatican qui lui garantit de nombreux privilèges, tant idéologiques que matériels.

Le Premier ministre a annoncé que le gouvernement prendra « les mesures nécessaires afin de clore positivement le processus de ratification du concordat déjà signé », bien que la majorité des députés de la SLD s'y oppose. Il s'est gardé de mentionner la question de l'avortement, alors que selon un récent sondage 65 % des femmes sont en faveur de sa libéralisation et que 80 % d'entre elles considèrent que l'interdiction de l'avortement est un coup porté à la situation matérielle de leurs familles (19). Des femmes députés ont mis sur pied un intergroupe parlementaire des femmes qui a demandé au premier ministre la nomination d'une plénipotentiaire pour les femmes et a annoncé le dépôt d'un projet de loi libéralisant l'avortement (20). Barbara Labuda (députée UD), qui préside cet intergroupe, annonce également qu'elle exigera la légalisation du concubinage et s'opposera à la ratification du concordat. Entre ses velléités de servir l'Église et la pression de sa base féminine, le gouvernement devra faire un choix difficile pour sa cohésion. Ces grandes manœuvres dégagent un espace pour la gauche.

L'Union du travail (UP), qui a effectué une percée électorale, est la mieux placée pour occuper ce terrain. Elle est le premier parti dont l'identité n'est pas tributaire de la fracture historique entre les partisans et les adversaires de l'ancien régime. Si l'UP considère que « le marché, la privatisation, la concurrence ne devraient pa s être remis en cause », elle n'en affirme pas moins « rejeter le dogme » selon lequel« la régulation marchande doit avoi

Exprimés 1993

Exprimés 1991

SLD 1993

SLD 1991

UP 1993 |

UP 1991**

PSL 1993

PSL 1991

PSL-PL 1993

PSL-PL 1991

BBWR 1993***

UD 1993

UD 1991

KLD 1993

KLD 1991

UPR 1993

UPR 1991

Solidarité 1993

Solidarité 1991

PC 1993

PC 1991

RDR 1993 ****

7ChN 1993*****

ZChN 1991*****

KPN 1993

KPN 1991

Autodéfense 1993

Parti "X" 1993

Parti "X" 1991

Minorité allemande 1993

Minorité allemande 1991 régions, n'ont pas de signification.

un caractère généralisé » et proclame sa mique alternatif(20).

du gouvernement de Waldemar Pawlak nombreux dirigeants aspiraient à entrer dans le gouvernement et étaient prêts à l'UP a réussi un retournement spectaculaire, en mettant en avant son programme et en refusant de se plier à l'option néo-libérale des dirigeants de la SLD (22). L'UP reste cependant une organisation peu militante, bien implantée dans le milieu intellectuel, mais peu liée au mouvement syndical et faiblement présente parmi les travailleurs.Au cours de l'année 1992, les mobilisations sociales sont allées crescensourdine à ces mouvements. Aujourd'hui l'attentisme, lié aux espoirs mis dans le vraisemblable que les revendications resurgiront dès qu'il s'avérera que le gouvernement ne peut ni ne veut les satisfaire.

Résultats des législatives en milliers de voix

% des inscrits

13 800

51,00

11 219

40,77

2 815

10,23

1 344

4,88

1 000

3,63

282

1,03

2 124

973

327

613

746

1 460

1 381 x: les résultats nationaux en voix et en pourcentages de la minorité allemande, présente dans deux xx: 39 autres députés élus en 1991 n'apparaissent pas dans ce tableau, leurs formations ayant disparu.

* Il y a de plus 4 sénateurs (1 Solidarité rurale et 3 indépendants) qui n'apparaissent pas dans le tableau ;

nous ne disposons pas de la répartition des sièges au Sénat en 1991.

** En 1991 il s'agit des résultats cumulés par Solidarité du travail (SP) et le Mouvement démocratique social (RDS) qui ont fusionné ensuite pour former l'UP

*** Le Bloc sans parti pour les réformes a été constitué en juin 1993 à l'initiative de Lech Walesa.

**** Le RdR, dirigé par l'ancienPremier ministre J. Olszewski, de droite.

***** L'Union nationale chrétienne s'est présentée à chaque fois en coalition avec d'autres groupes.

volonté d'élaborer un programme écono-

Les discussions précédant la formation ont constitué un test pour l'UP, dont de endosser l'option néo-libérale. Finalement do. La préparation des élections a mis une

16 novembre 1993.

gouvernement, dominent. Il est cependant

% des exprimés

Sénateurs députés

100,00

100

460

100,00

XX

20.41

37

171

11,98

60

3

7,28

2,51

15.40

36

132

8,67

48

2,37

5,46

28

5,41

16

10,59

74

12,31

62

3,99

7,48

37

3,18

0

2,25

4,90

5,05

4,42

8,71

44

3,00

6,37

8,73

49

5,77

0

22

7,50

46

2,78

2,74

0,47

De la capacité de l'UP et des représentants syndicalistes au sein du Parlement à servir de caisse de résonance à ces mouvements sociaux et à les aider à formuler un programme de revendications transitoires dépendra pour une large part le caractère de la radicalisation ouvrière dans le futur.

Si cette gauche parlementaire s'avère incapable de se lier aux mouvements grévistes à venir, c'est la droite catholique qui en tirera partie, en faisant une surenchère anticommuniste. Le succès que la gauche a obtenue lors de ces élections risquerait alors d'être remis en cause.

19 novembre 1993

19) Sondage CBOS cité par Gazeta Wyborcza n° 267 du

20) Il compte 52 membres sur les 73 femmes présentes dans le parlement. Des députées de la SLD, de l'UP, de l'UD et du PSL en font partie.

21) Przywrocmy nadzieje (Rendons l'espoir), document programmatique de l'UP, Varsovie, août 1993, brochure.

22) Un de ses dirigeants, Marek Pol, directeur de la fabrique automobile FSR et ancien du POUP a accepté le poste de ministre de l'industrie " à titre personnel ».

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